Albatros de Tristan da Cunha
espèce d'oiseaux
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Diomedea dabbenena
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Chordata |
| Sous-embr. | Vertebrata |
| Classe | Aves |
| Ordre | Procellariiformes |
| Famille | Diomedeidae |
| Genre | Diomedea |
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CR A4ade :
En danger critique
L'Albatros de Tristan da Cunha (Diomedea dabbenena) est une espèce d'oiseaux de mer de la famille des Diomedeidae. Il se reproduit presque exclusivement sur l'île Gough dans le sud de l'océan Atlantique, et est en danger critique d'extinction.
L'Albatros de Tristan da Cunha est une espèce d'assez grande taille, au plumage brun chocolat qui s'éclaircit au fil des années. Il peut être difficile à distinguer des autres espèces du genre Diomedea, notamment de l'Albatros hurleur (Diomedea exulans), un peu plus grand, et de l'Albatros des Antipodes (Diomedea antipodensis).
Anciennement nicheur dans tout l'archipel Tristan da Cunha, il a disparu de l'île principale au XIXe siècle et a drastiquement baissé sur l'île Inaccessible, où on ne compte plus que deux ou trois couples chaque année. L'essentiel de sa population vit sur l'île Gough où il niche sur des terrains plats et ouverts en altitude. Hors de sa période de reproduction, il survole le sud de l'Atlantique jusqu'aux côtes africaines, et dans une moindre mesure l'océan Indien jusqu'au sud de l'Australie.
Il atteint sa maturité sexuelle en moyenne à dix ans, puis se reproduit tous les deux ans. Le cycle complet, de l'arrivée des parents dans la colonie à l'envol de leur unique poussin, dure généralement douze mois. Après son envol, le jeune ne retourne à sa colonie qu'au bout de trois à sept ans.
L'espèce a connu un déclin très important au cours du XXe siècle. D'abord chassée pour sa viande par les colons de l'île Tristan da Cunha, elle a ensuite été victime des espèces invasives, comme les porcs retournés à l'état sauvage, le Rat noir (Rattus rattus) et la Souris grise (Mus musculus). Les souris sont encore aujourd'hui une des principales menaces pour la survie de l'espèce, car elles causent des blessures mortelles aux poussins. Depuis 2021, un programme de restauration écologique tente de les éradiquer de l'île Gough. L'Albatros de Tristan da Cunha est aussi une victime fréquente de la pêche à la palangre et pourrait souffrir du changement climatique, qui risque d'altérer ses sites de reproduction et ses sources de nourriture.
Description
Dimensions et plumage
L'Albatros de Tristan da Cunha est un grand oiseau, qui peut mesurer 110 cm de long avec des ailes de 60 à 65 cm. Son bec, rose avec le bout jaune, mesure 11,4 à 15 cm de long[1] et ses tarses en moyenne 11,3 cm pour les femelles et 12,1 cm pour les mâles[2]. Les mâles sont plus grands que les femelles[3].
Son plumage est principalement blanc, avec des marques brunes[1]. Les jeunes ont un plumage brun chocolat, avec la face et le dessous des ailes blanc et un bec rose[1]. Le plumage s'éclaircit de plus en plus au fil des années : le dos, le ventre et le dessus des ailes blanchissent, avec néanmoins une bande pectorale sombre qui reste longtemps en place[4].
- Chez les adultes, le plumage est principalement blanc avec le dessus des ailes sombre.
- Le plumage est brun chez les jeunes et s'éclaircit avec l'âge.
Voix
Les Albatros du genre Diomedea produisent une variété de sons complexes. Selon Marchant et Higgins (1990), les sons émis par l'Albatros hurleur (Diomedea exulans) et ses anciennes sous-espèces, dont l'Albatros de Tristan da Cunha, comprennent des croassements, des sifflements stridents, des gargouillis, des claquements et des cliquetis de bec, ainsi que des vibrations des mandibules[5].
Espèces ressemblantes
Il peut être facilement confondu avec d'autres espèces du complexe des Albatros hurleurs — un ensemble d'espèces qui comprend aussi l'Albatros hurleur (Diomedea exulans), l'Albatros des Antipodes (Diomedea antipodensis) et l'Albatros d'Amsterdam (Diomedea amsterdamensis) — mais il est plus petit que l'Albatros hurleur[1],[6],[3]. Lorsque les Albatros de Tristan da Cunha juvéniles quittent le nid, ils sont plus pâles et gris que les jeunes Albatros hurleurs. Ils acquièrent leur plumage adulte plus tardivement et ils ont encore souvent le dessus des ailes noir lorsqu'ils commencent à se reproduire[7]. Néanmoins certains individus ont les ailes très pâles, ce qui les rend difficiles à différencier de l'Albatros des Antipodes qui a des dimensions similaires[7],[3].
Il se distingue de l'Albatros royal (Diomedea epomophora) et de l'Albatros de Sanford (Diomedea sanfordi), car il n'a pas de ligne noire entre les mandibules[1].
- Très similaire, l'Albatros hurleur est plus grand que l'Albatros de Tristan da Cunha.
- L'Albatros des Antipodes a un plumage variable qui peut être difficile à distinguer de celui de l'Albatros de Tristan da Cunha.
- L'Albatros royal, comme l'Albatros de Sanford, a une ligne noire entre les mandibules que n'a pas l'Albatros de Tristan da Cunha.
Distribution et habitat
Distribution

L'Albatros de Tristan da Cunha se reproduit exclusivement dans l'archipel Tristan da Cunha, dont il est considéré comme endémique[8]. Comme le Pétrel de Schlegel (Pterodroma incerta), il se reproduit essentiellement sur l'île Gough après avoir disparu de l'île Tristan da Cunha elle-même, bien que quelques individus y aient été vus en train de rechercher des sites de nidification en 1999[9],[10]. On compte aussi deux à trois couples nicheurs chaque année sur l'île Inaccessible[9], mais cette colonie n'est pas considérée comme viable, car elle produit en moyenne moins d'un poussin par an depuis les années 1990[8].
En période de reproduction, il est cantonné à l'Atlantique sud, entre le 30e et le 45e parallèle sud[11]. Hors de sa période de reproduction, il se disperse dans l'ouest de l'Atlantique sud en été, puis longe les côtes africaines vers le nord, jusqu'aux côtes de la Namibie et de l'Angola[11]. Environ 15 % de la population migre dans l'océan Indien et au sud de l'Australie[9].
Habitat

L'archipel Tristan da Cunha, unique lieu de reproduction de l'espèce, est un petit archipel volcanique isolé dans l'Atlantique sud, à peu près à mi-chemin entre l'Amérique et l'Afrique, à la limite des quarantièmes rugissants[12]. Il est constitué de trois îles principales éloignées de 20 à 30 km chacune, et de l'île Gough, à 380 km au sud-sud-est. Le climat y est tempéré, mais plus froid, humide et venteux sur l'île Gough[10]. La température moyenne y est de 12 °C, avec des extrêmes à −3 et 25 °C. Des fronts froids venant de l'est causent des pluies fréquentes et abondantes[13].
Les îles où se reproduit l'Albatros de Tristan da Cunha sont inhabitées, à l'exception d'une station météorologique sur l'île Gough[13]. Le paysage de cette île est montagneux, avec des vallons profonds et des tourbières à sphaignes en altitude, alimentées par les fortes pluies[14]. La végétation typique y est constituée de fougères Blechnum palmiforme, de l'arbuste Phylica arborea et de hauts buissons de graminées Spartina arundinacea et Poa flabellata[15]. L'Albatros de Tristan da Cunha niche dans des terrains de type lande, suffisamment ouverts pour pouvoir décoller et atterrir, à une altitude comprise entre 400 et 700 m et rarement à 300 m[16],[9],[17].
Écologie et comportement
Alimentation
Le comportement alimentaire de l'Albatros de Tristan da Cunha est mal connu, car il est très difficile à distinguer de l'Albatros hurleur lors des observations en mer[11]. Il se nourrit de proies capturées à la surface de l'eau, notamment des céphalopodes luminescents, ce qui laisse penser qu'il se nourrit souvent la nuit. Il se nourrit aussi de poissons et crustacés[11]. Il se nourrit plutôt en solitaire, mais des groupes peuvent se former sur des carcasses ou derrière des bateaux qu'il suit[16],[9],[11]. Il ingère parfois des morceaux de plastique[11].
Reproduction
Le cycle de reproduction de l'Albatros de Tristan da Cunha est long : un cycle complet dure généralement douze mois, et il ne se reproduit que tous les deux ans[8]. Les adultes arrivent dans leur colonie entre novembre et décembre et pondent un seul œuf entre janvier et février (exceptionnellement fin décembre), qui éclot entre mars et avril[8]. Les petits prennent leur envol au mois de novembre suivant, après avoir passé huit à neuf mois dans leur nid[16],[17],[8]. Les jeunes reviennent pour la première fois dans leur colonie entre trois et sept ans, puis se reproduisent en moyenne à dix ans (entre quatre et vingt ans pour les extrêmes)[16],[9],[8]. Son aire de recherche de nourriture est très variable pendant sa période de reproduction[16].
Une génération dure en moyenne 28,7 ans et l'âge maximum connu est de 38 ans[16],[9].
Effectifs, menaces et conservation
Suivi des effectifs
Selon les estimations de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) de 2018, il y a entre 5 200 et 7 300 Albatros de Tristan da Cunha au total[16]. En 2010, le nombre d'individus matures est estimé entre 3 400 et 4 800, soit environ 1 250 à 1 750 couples reproducteurs chaque année[16],[9], contre 2 200 en 2004[17]. Sur l'île Gough, son succès reproducteur et le taux de survie des adultes sont jugés trop bas pour assurer la viabilité de l'espèce[18].
D'après des données de 2014 et 2018, la population de l'île Gough aurait décliné de 28 % en 46 ans, avec un déclin annuel moyen de 3 % de 2000 à 2011 et un déclin total de 50 % entre 2001 et 2016[16],[9]. Mais selon des données de Birdlife International (2018), le déclin de l'espèce pourrait atteindre 80 % à 100 % de la population dans les trois générations à venir, soit 86 ans[16].
Disparition des îles Tristan da Cunha et Inaccessible
L'Albatros de Tristan da Cunha était anciennement assez commun dans les îles Tristan da Cunha et Inaccessible. Les premiers colons l'ont chassé pour sa viande, le faisant disparaître de Tristan da Cunha entre 1881 et 1907[18]. Environ 200 couples étaient présents sur l'île Inaccessible dans les années 1870, puis des porcs (Sus scrofa domesticus) retournés à l'état sauvage l'ont fait quasiment disparaître[18]. Seulement un ou deux couples étaient connus au début des années 2000[17],[18]. La prédation par le Rat noir (Rattus rattus) a aussi pu jouer un rôle dans sa disparition[16].
Menaces
Captures par des palangriers

Les captures accidentelles par des palangriers sont une menace majeure pour l'espèce[19],[20], dont l'aire de répartition recoupe plusieurs zones de pêche dans l'Atlantique sud[21]. Une étude de 2010 estime qu'environ 500 individus pourraient être tués chaque année[16]. Ces captures, qui sont surtout connues dans le sud-ouest de l'Atlantique, au large du Brésil et de l'Uruguay, sont suspectées de jouer un grand rôle dans le mauvais taux de survie des adultes[22].
Prédation des poussins par des espèces invasives
Les espèces introduites invasives causent des dégâts importants sur l'île Gough et peuvent être des prédateurs des poussins, impactant le succès reproducteur de l'espèce[10]. Par rapport aux autres espèces du genre Diomedea, l'Albatros de Tristan da Cunha a un taux de reproduction très faible, et de nombreux échecs surviennent au cours de l'élevage des poussins[23]. La Souris grise (Mus musculus) et le Rat noir (Rattus rattus) sont les principales menaces dans l'archipel[19],[11] : dans son rapport sur l'espèce de 2018, Birdlife International considérait que la souris pourrait à elle seule causer un déclin de plus de 50 % de la population sur l'île dans les trois générations à venir[16],[9]. Elle s'attaque aux poussins, causant des blessures puis leur mort[19]. En 2015, l'étude d'une colonie sur l'île Gough par caméras à détection de mouvement a permis de mieux comprendre ces attaques. Sur les 123 poussins surveillés, 20 ont été blessés et seulement cinq d'entre eux ont survécu à leurs blessures, généralement infligées par une ou deux souris à la fois[23].
Des modèles de prévision estiment que, même si le taux de survie des adultes était amélioré en prenant des mesures contre les captures par les bateaux de pêche, le faible taux de survie des poussins continuerait de faire décliner l'espèce[11]. En 2014, le succès reproducteur de l'espèce est tombé pour la première fois en-dessous de 10 % sur l'île Gough[23]. D'autres espèces d'oiseaux sont victimes des souris, comme la Rowettie de Gough (Rowettia goughensis), également en danger critique d'extinction[19].
Conditions météorologiques et changement climatique
Sur l'île Gough, les tempêtes peuvent occasionnellement causer des glissements de terrain qui détruisent les nids et ensevelissent poussins et adultes, mais ce genre d'événements reste très rare[16]. Le changement climatique pourrait avoir des conséquences négatives dans les îles, en altérant la végétation nécessaire à l'espèce pour nicher et en favorisant l'invasion d'espèces ravageuses, et en mer, en modifiant les sources de nourriture dont l'Albatros de Tristan da Cunha est dépendant[24],[11].
Statut et mesures de protection
L'Albatros de Tristan da Cunha est considéré comme une espèce en danger critique d'extinction par l'Union internationale pour la conservation de la nature depuis 2008, ce qui signifie qu'il est « confronté à un risque extrêmement élevé d'extinction à l'état sauvage »[25]. D'après la dernière évaluation, qui date de 2018, sa population est en déclin et remplit le critère « A4ade » de la liste rouge de l'UICN[26]. Ce critère signifie qu'une réduction des effectifs de plus de 80 % est constatée, estimée, déduite ou supposée sur trois générations dans le passé et l'avenir, et que les causes de cette réduction n'ont peut-être pas cessé ou ne sont peut-être pas réversibles, d'après l'observation directe, les niveaux d'exploitation et les effets d'espèces introduites[25].
Il est inscrit à l'annexe 1 de l'Accord sur la conservation des albatros et des pétrels et à l'annexe II de la convention de Bonn. Il est aussi inscrit dans des plans de conservation nationaux en Australie, au Brésil, en Afrique du Sud et dans le territoire britannique d'outre-mer de Tristan da Cunha[27].
Il est présent dans trois zones importantes pour la conservation des oiseaux dont l'île Gough, qui est une zone protégée[9]. Les îles Gough et Inaccessible sont des réserves naturelles et forment un site inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO[24]. Elles sont toutes les deux des sites Ramsar[28],[29],[30]. Les rares visiteurs qui se rendent dans ces îles doivent nettoyer leurs vêtements et leur équipement avec précaution. Ils ont l'interdiction d'apporter de la nourriture sur l'île Inaccessible et la cigarette est interdite pour éviter les risques d'incendie[31].
Éradication des souris
Dans les années 2000, éradiquer les souris de l'île Gough est considéré comme la principale mesure à mettre en place pour protéger l'espèce, mais les moyens humains manquent alors pour mener à bien des opérations de conservation[32],[33]. En 2021, le Gough Island Restoration Programme (en français « Programme de restauration de l'île Gough ») a mené un projet complexe d'éradication des souris. Bien que leur population ait baissé, elles n'ont pas été complètement éradiquées[34],[35]. En 2023, des scientifiques continuent de récolter des données pour poursuivre la restauration écologique de l'île[34].
Taxonomie
Classification
L'Albatros de Tristan da Cunha est décrit pour la première fois par l'ornithologue australien Gregory Macalister Mathews en 1929[36],[37]. Il fait partie du « complexe des Albatros hurleurs » (en anglais Wandering albatross complex), un ensemble d'espèces génétiquement et morphologiquement proches qui comprend aussi l'Albatros hurleur (Diomedea exulans), l'Albatros des Antipodes (Diomedea antipodensis) et l'Albatros d'Amsterdam (Diomedea amsterdamensis). Ces deux derniers, comme l'Albatros de Tristan da Cunha, étaient auparavant considérés comme des sous-espèces de l'Albatros hurleur. En 1998, Christopher J. R. Robertson et G. B. Nunn renouvellent la classification en élevant les sous-espèces de l'Albatros hurleur au rang d'espèces[38],[36]. D'autres études ont depuis entériné cette distinction entre l'Albatros hurleur et l'Albatros de Tristan da Cunha[3]. Génétiquement, l'Albatros de Tristan da Cunha est le plus éloigné des autres espèces du complexe des Albatros hurleurs[7].
Noms et étymologie
Son nom binominal, Diomedea dabbenena, fait référence au mythe grec de Diomède, dont les compagnons auraient été transformés en oiseaux de mer à sa mort, et à l'ornithologue argentin Roberto Dabbene[39]. Le nom générique Albatros viendrait d'un mélange de l'arabe al-gattas signifiant « aigle marin », et du latin albus signifiant « blanc », en référence au ventre et au dessous des ailes blancs chez les Albatros[40].