Albert Folens
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Albert Joseph Marcel Folens, né le à Bissegem et mort à Enniskerry le , est un éditeur belge spécialisé dans les supports pédagogiques[1]. Il fonde et dirige la maison d’édition Folens, laquelle s’impose comme un acteur significatif de l’édition de ressources didactiques. Il est également l’auteur de Aiséirí Flóndrais (« Résurrection des Flandres »), ouvrage rédigé en langue irlandaise, consacré à l’essor et à l’évolution historique des Flandres ainsi qu’à la mise en perspective de la place respective du néerlandais et du français en Flandre, avec des éléments de comparaison relatifs à la situation de la langue irlandaise[1].
Implication des nationalistes flamands
Il naît à Bissegem, localité aujourdhui rattachée à la commune de Courtrai, en Flandre-Occidentale[1]. Il est issu d’un milieu familial flamand d’obédience catholique fervente[1]. Il accomplit sa scolarité dans un internat confessionnel avant d’intégrer le noviciat des Frères des écoles chrétiennes[1]. Il quitte toutefois cette période de formation religieuse en 1939, avant la profession de ses vœux définitifs, ce qui coïncide avec une rupture durable avec son milieu familial[1].
Selon un témoignage, il rompt avec le noviciat afin de manifester son désaccord à l’égard de la pratique consistant, au sein de l’ordre, à dispenser l’enseignement du français à des enfants flamands[1]. Folens soutient par ailleurs que la lecture du roman Le Lion des Flandres, de Hendrik Conscience, constitue dans son enfance un facteur déterminant ayant contribué à façonner et à renforcer son adhésion précoce à une conception de l’identité flamande[1].
Allégations de collaboration nazie
En 1941, Folens est intégré à la Légion flamande, formation à matrice nationaliste flamande regroupant des collaborateurs du régime d’occupation allemand[1]. Ce groupement nourrit alors l’espérance qu’une coopération avec le Troisième Reich puisse déboucher sur l’établissement d’un État flamand autonome[1]. Dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale, la Légion est ultérieurement incorporée aux structures de la SS[1]. À cette période, Folens ainsi que le capitaine de l’unité refusent de prêter serment à Hitler, invoquant leur fidélité antérieure au roi des Belges et soutenant que la légion n’a vocation à combattre que pour l’indépendance de la Flandre contre les Wallons. Peu avant son engagement sur le théâtre des opérations, Folens regagne la Belgique et exerce des fonctions d’interprète et de traducteur. À l’issue du conflit, son nom figurant sur la liste CROWCASS des collaborateurs présumés, il est condamné par une juridiction belge à une peine de dix années d’emprisonnement, tout en affirmant n’avoir agi qu’en qualité de traducteur. Après trente mois de détention, il s’évade de prison et rejoint l’Irlande en compagnie de son épouse Juliette[2].
Histoire cachée : Les nazis irlandais
Une série documentaire en deux volets, diffusée sur la chaîne publique irlandaise RTÉ, met au jour des allégations relatives à une prétendue collaboration avec le Troisième Reich. La première partie est diffusée sur RTÉ One le 7 janvier 2007, tandis que la seconde l’est le 16 janvier de la même année. Par la suite, Juliette Folens, veuve de l’intéressé, obtient de la Haute Cour une ordonnance provisoire visant à interdire la diffusion ex parte d’un entretien enregistré en 1987 avec son époux[3]. Cet enregistrement, réalisé environ vingt ans auparavant, ne comporte aucun élément probant susceptible d’étayer les accusations selon lesquelles il aurait appartenu à la Gestapo. Il est en outre établi que, si ces allégations avaient été publiées du vivant de M. Folens, elles auraient relevé de la qualification de propos diffamatoires.
En droit irlandais, la diffamation à l’encontre d’une personne décédée n’est pas susceptible de poursuites, de sorte que toute action en ce sens se trouve juridiquement exclue après la disparition de l’intéressé. Il est établi que Folens est mort au moment de la diffusion du documentaire. À la suite de cette émission, sa famille rend public un communiqué dans lequel elle conteste formellement toute participation de sa part à des crimes de guerre imputés au nazisme, tout en reconnaissant son appartenance passée à la Légion flamande[4],[5].
Après la Seconde Guerre mondiale
À l’issue des hostilités, il est fait prisonnier sur le territoire allemand par les forces britanniques, puis transféré en Belgique en vue de son rapatriement judiciaire. Dans ce pays, il est frappé d’une peine de dix années d’emprisonnement pour faits de collaboration[1]. Son épouse se voit infliger une condamnation à deux années de détention, dont l’exécution est toutefois interrompue par une libération au terme de six mois. Après avoir purgé trente et un mois de privation de liberté, Albert s’évade dans des conditions demeurées équivoques[1].
Folens arrive en Irlande en octobre 1948, muni d’un passeport falsifié, et Juliette le rejoint peu de temps après. Sa peine est ultérieurement commuée et limitée aux trois années d’incarcération déjà effectuées ; son passeport belge lui est restitué, ce qui lui permet de regagner la Belgique[1]. Ses qualifications professionnelles dans l’enseignement n’étant pas reconnues sur le territoire irlandais, il obtient en 1951 un diplôme d’études supérieures en éducation (H.Dip.Ed.) au sein de l’University College Dublin[1]. Parmi ses élèves figure notamment Alan Dukes[1].
En 1957, il et son épouse entreprennent la reproduction de supports pédagogiques au moyen d’un miméographe pris en location, destiné à la diffusion de notes scolaires polycopiées. En 1960, il se retire de l’activité d’enseignement afin de se consacrer à l’édition, démarche qui conduit à la fondation de la société Folens Educational Publishing Company. L’entreprise établit initialement son siège sur Scholarstown Road, puis le transfère ultérieurement sur Naas Road, avant de procéder à une relocalisation à Tallaght[1].
En 1978, il entre dans une phase de retrait progressif de la vie professionnelle. En 1984, la famille Folens est la cible d’une prise d’otages perpétrée par des malfaiteurs, lesquels exigent le versement d’une rançon en échange de la libération des personnes retenues. En 2001, il est frappé par un accident vasculaire cérébral, à la suite duquel il est admis dans un établissement d’hébergement pour personnes âgées situé à Dargle Valley, à Enniskerry, où il décède ultérieurement[1].