Alexis Spire
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Alexis Spire est un sociologue français né le [1].
Chercheur au CNRS, il enseigne à l'EHESS en étant associé au laboratoire Iris (institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux)[2]. Ses travaux portent sur la sociologie de l'État et en particulier sur les politiques fiscales et les inégalités face aux impôts depuis la Seconde Guerre mondiale.
Ancien élève de l’École normale supérieure de Cachan et agrégé de sciences sociales[Quand ?], Alexis Spire a soutenu une thèse de doctorat en sociologie à Nantes en 2003. Intitulée « Sociologie historique des pratiques administratives à l’égard des étrangers en France (1945-1975) », elle a donné lieu à une publication en 2005, Étrangers à la carte. L’administration de l’immigration en France (1945-1975)[3].
En 2005, il devient chargé de recherches au CERAPS (Centre d'études et de recherches administratives, politiques et sociales) de l'université Lille-II.
Travaux
Résistances à l'impôt
Dans son ouvrage de 2018, Résistances à l'impôt, attachement à l'Etat, Alexis Spire traite la question du consentement à l'impôt. À la fois dans sa dimension pratique, c'est-à-dire le fait de s'acquitter ou pas d'obligations fiscales (on parle alors du civisme fiscal[4]) et dans sa dimension symbolique, qui désigne l'évaluation comme juste ou injuste, légitime ou illégitime d'un impôt.
Alexis Spire avance l'idée que les critiques envers les prélèvements obligatoires sont de plus en plus virulentes en France (avec comme exemples les plans d'austérité à la suite de la crise de 2008)[5].
Dans ce même ouvrage, Spire s'appuie sur une enquête Elipss réalisée en auprès de 2676 personnes de 18 à 75 ans qui ont été sondées sur leurs contacts, leurs représentations et leurs interactions avec les services fiscaux. Spire a également réalisés des entretiens qualitatifs dans centres d'impôts et d'URSSAF en région parisienne, dans le Nord et en Seine-Maritime[6]. Il observe que les classes moyennes et les ménages pauvres sont plus hostiles aux impôts que les classes supérieures[7]. Ainsi, les classes populaires sont proportionnellement plus nombreuses à trouver l'impôt injuste[8]. Pour expliquer ce phénomène, Spire avance l'idée que la faible maîtrise du fonctionnement de la fiscalité entraine un sentiment de rejet ainsi qu'une considération de l'impôt comme d'un obstacle au travail.
Domestication de l'impôt par les classes supérieures
Alexis Spire avance l'idée que les classes supérieures ont une meilleure connaissance du système fiscal et de ses principes. Ceci peut les amener à mieux accepter l'impôt et parfois à développer des stratégies d'évitement de celui-ci. Il écrit ainsi : "En l’espace d’un peu moins d’un siècle, ceux qui se situent en haut de l’échelle sociale sont passés d’une opposition à l’impôt frontale et collective à des stratégies plus individualisées, visant à retourner à leur avantage les normes juridiques organisant les prélèvements sur les revenus et les patrimoines"[9]. Les deux stratégies d'évitement étant soit l'exit : le départ vers une région à la fiscalité plus avantageux soit la voice qui désigne l'intervention sur le processus de définition des politiques fiscales.
Alexis Spire voit un continuum entre l'optimisation fiscale (la pratique tolérée) et la fraude fiscale (la pratique illégale), ces différentes pratiques relevant du même processus de domestication de la contrainte fiscale[9].
Sociologie du guichet
À la fois dans ces travaux sur la fiscalité et sur l'immigration, Alexis Spire étudie le rapport d'une population avec l'administration française. Il choisit souvent l'échelle du guichet pour mener ses enquêtes. Par exemple, en 2008, il s'intéresse à des guichets de préfectures, de directions du travail et de consulats et ambassades français à l'étranger pour son ouvrage Accueillir ou reconduire. Enquête sur les guichets de l’immigration[10]. Dans ce livre, Spire interroge les positions administratives, les représentations et les cadres politiques et idéologiques des agents de ces guichets[11].