Alfred Filuzeau
From Wikipedia, the free encyclopedia
Alfred Filuzeau, né le à Saint-Pierre-du-Chemin et mort le dans cette ville, est un ingénieur polytechnicien et officier militaire français. Il fut directeur général de la Compagnie des Eaux et Électricité d'Indochine dès 1926.
Saint-Pierre-du-Chemin
Saint-Pierre-du-Chemin
| Nom de naissance | Alfred Aimé Clément Filuzeau |
|---|---|
| Naissance |
Saint-Pierre-du-Chemin |
| Décès |
(à 84 ans) Saint-Pierre-du-Chemin |
| Nationalité | Française |
| Activité principale |
Directeur général de la Société Industrielle de Chimie d'Extrême-Orient Directeur général de la Compagnie des Eaux et Électricité d'Indochine Administrateur de l'Union Financière d'Extrême-Orient |
| Formation | |
| Famille |
Bazile Filuzeau (père) Justine Suaud (mère) Abel Filuzeau (Oncle paternel, architecte municipal) Marcel Filuzeau (cousin germain, sous-préfet) |
Biographie
Jeunesse
Alfred Aimé Clément Filuzeau, appelé Aimé dans sa jeunesse, est né le à Saint-Pierre-du-Chemin. Il est le fils de Bazile Aimé Léopold Filuzeau et de Justine Marie Suaud. Ses parents y tiennent l'Hôtel des voyageurs depuis 1876[1]. Son oncle paternel est l'architecte municipal Abel Filuzeau, père de Marcel Filuzeau, futur sous-préfet de l'Ouest de la France.
Il a de bons résultats au collège François Viète de Fontenay-le-Comte, (finalisé dans sa construction par son oncle Abel entre 1883 et 1888[2]). Il entre, en 1892, au lycée de Nantes et y obtient une bourse entière pour continuer ses études à l'issue d'un examen d'admissibilité[3]. En 1898, il obtient son baccalauréat avec le deuxième prix en algèbre et en physique[4], et la même année, obtient le prix de la Ville de Nantes pour ses compétences en mathématiques spécialisées[5].
Il quitte la région pour intégrer l'École polytechnique à Paris, aidé par une bourse avec trousseau qu'il a décroché après son bac[6]. Alfred est admis au Génie militaire en 1901, 37ᵉ de sa promotion[7]. Il entre à l'école d'application de l'artillerie et du génie comme sous-lieutenant[8].
Carrière militaire
En 1907, et jusqu'en 1912, il est envoyé au Sénégal par le ministère des Colonies, afin d'assurer la bonne continuité des travaux ferroviaires entre relient Kayes et Thiès, pour faciliter le transport de matières premières de l'arrière-pays de l'Afrique-Occidentale française jusqu'à la métropole[8],[9]. Il est promu capitaine le [8].
Lorsque débute la Première Guerre mondiale, il commande le 8e régiment du génie, et est chargé d'assurer la cohérence du recrutement des troupes sur le territoire national. En première ligne, dans la Meuse, il fait embarquer des radiotélégraphistes à bord d'avions et les envoie près du front ennemi pour capter les communications allemandes[10]. Il organise la stratégie des transmissions sur le front des Balkans, en Roumanie. Ses qualités lui valent d'être remarqué comme un « officier très méritant par les services qu'il a rendus avant et pendant la guerre actuelle »[11]. Le , il est nommé chevalier de la Légion d'honneur[12].
La Russie, en pleine ébullition révolutionnaire depuis 1917, perd la confiance des pays occidentaux, du Japon et des États-Unis, qui se rallient à la cause anticommuniste. Les légions tchécoslovaques, troupes alliées des Européens, se retrouvent bloquées à cause du chaos et se replient vers la Sibérie, occupée par les forces japonaises. Alfred Filuzeau, comme spécialiste de la stratégie ferroviaire, est envoyé en 1919 en tant que représentant de la France au comité ferroviaire interallié en Sibérie, afin de secourir ces légions et soutenir les anticommunistes. Il garde ce poste jusqu'en 1920, date à laquelle la France se retire de ce comité[13].
En parallèle, il participa à la mission Berthelot dont le but était la modernisation de l'armée roumaine. Ses services jusqu'en 1919 lui valent d'être nommé officier de l'Ordre de la Couronne de Roumanie[8].
Carrière en Indochine
De retour en France, il s'installe brièvement à Tours avant de déménager au Tonkin, à Haïphong[12]. Il devient directeur général de la Société Industrielle de Chimie d'Extrême-Orient dès 1922, dont l'usine est mise en marche la même année. Il reçoit notamment la visite de Martial Merlin, tout juste nommé gouverneur général de l'Indochine, le ; il lui recommande de rechercher de nouveaux marchés pour l'acquisition de sel pour la colonie[14]. Le , Alfred Filuzeau reçoit à l'usine la visite de Paul Claudel, ambassadeur de France au Japon, et du prince japonais Yamagata Isaburō[15].
En 1926, Alfred Filuzeau s'installe à Saïgon, au 72 rue Paul Blanchy, siège de la Compagnie des Eaux et Électricité d'Indochine. Il en devient le directeur général la même année.

L'année suivante et jusqu'en 1930, il subit une vague de critiques soutenue par Le Merle Mandarin, journal satirique indochinois. Ce dernier le caricature et lui prête l'écriture d'une fausse lettre qui le dépeint comme « jaloux », « médisant », « crapuleux »[16]. Dans ses attaques, le journal lui reproche d'avoir préféré l'achat d'acier allemand plutôt que de fonte française, alors que le prix de cette dernière était plus avantageux en comparaison de la qualité[17]. Le journal dénonce aussi, en , la surfacturation établie par la société des Eaux dirigée par Alfred Filuzeau pour la ville de Saïgon, proposant 28 millions de piastres de plus que ses concurrents[18].
À partir de 1929, le détournement de la rivière Bé est acté afin de compléter l'apport en eau potable de Saïgon[19].
Le premier , il est promu officier de la Légion d'honneur en lien avec son grade de lieutenant-colonel en réserve. Cette promotion confirme son influence dans la colonie et lui permet de côtoyer les sphères dirigeantes indochinoises. Il se lie d'amitié avec le maire de Saïgon Etienne Landry-Boy et le résident supérieur Yves Châtel. Il travaille avec Paul Baudouin, un des administrateurs de la Société des Eaux et d'Électricité d'Indochine[20], futur ministre des Affaires étrangères et de l'Information du régime de Vichy, et futur artisan de la loi sur le « statut des Juifs ».
Alfred Filuzeau est élu représentant des « Industries de transformation » au Grand Conseil des intérêts économiques de l'Indochine, le . Face à l'augmentation des risques de guerre, aussi bien en Europe qu'en Extrême-Orient, il est appelé, en qualité de conseiller économique, par le gouverneur général Jean Decoux, afin de discuter de la menace nipponne[21]. Cette réunion ne va pas modifier la stratégie japonaise, et l'Indochine est envahie dès le 22 septembre 1940. Jean Decoux sera maintenu à son poste, comme le reste des élites françaises établies, dont Alfred Filuzeau.
Il est d'ailleurs membre de la délégation présidée par l'ancien gouverneur général de l'Indochine, Eugène Robin, qui part à Tokyo négocier les nouvelles relations commerciales à établir entre l'Indochine française et le Japon[22]. Ces négociations sont menées exclusivement dans le sens des intérêts du gouvernement nippon. Du même coup, la délégation est aussi appelée à accepter une paix arrangeante pour le Japon dans le conflit entre la colonie et la Thaïlande. Alfred Filuzeau rentre à Saïgon en , alors que les pourparlers sont encore en cours[23] et, trois mois plus tard, l'Indochine est contrainte de céder ses provinces de Battambang, de Siem Reap, de Champassak et de Sayaburi.
Après ce traité de paix défavorable, Jean Decoux convoque à nouveau Alfred Filuzeau, accompagné des autres acteurs financiers et militaires de la colonie, afin d'évoquer le rétablissement d'une situation économique en Indochine[24].
Ne semblant pas s'opposer frontalement à l'occupation japonaise, Alfred Filuzeau est invité, le , à une soirée mondaine organisée par le chef de la mission japonaise en Indochine, M. Uchiyama[25]. Quelques jours plus tard, le , il réaffirme le soutien du Grand Conseil des intérêts économiques de l'Indochine au régime de Vichy en ces termes : « Dans les heures angoissantes que nous vivons, nos pensées vont vers le Maréchal Pétain, Chef de l'État français, qui, pour nous, incarne le pouvoir, l'esprit de sacrifice dans lequel nous plaçons tout notre espoir »[26].
À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Alfred Filuzeau retourne en France, dans son village natal de Saint-Pierre-du-Chemin. Il continue alors de travailler pour l'Union Financière d'Extrême-Orient, installée à Djibouti[27].
Il meurt le , à Saint-Pierre-du-Chemin, à l'âge de 84 ans[12].
Vie privée
Alfred Filuzeau se marie le 1/12/1942 à Saïgon avec Madeleine France Vinot[12].
Distinctions
Officier de la Légion d'honneur à titre militaire, le
Chevalier de la Légion d'honneur à titre militaire, le
Officier de l'Ordre de la Couronne de Roumanie à titre militaire, c. 1919
