Aloïse Guthlin

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Aloïse Guthlin
Fonctions
Vicaire général
Diocèse d'Orléans
à partir de
Chanoine ad honorem
Diocèse d'Orléans
à partir de
Conseiller (en)
André Raess
Biographie
Naissance
Décès
Nationalité
Activités
Fratrie
François-Joseph Guthlin (d)
Philippe GuthlinVoir et modifier les données sur Wikidata

Aloïse Guthlin (ou Aloïs ou Aloyse) est né le [1] à Folgensbourg (Haut-Rhin) et mort le [2] à La Combe-de-Lancey (Isère), français et alsacien, prêtre catholique ordonné le , théologien, écrivain, métaphysicien, défenseur du catholicisme libéral.

Au diocèse de Strasbourg, il est professeur de philosophie au Grand séminaire, puis de grammaire au collège libre Saint-Arbogast de Strasbourg (1851-1855) et de philosophie au collège libre Saint-André de Colmar (1855-1872), également conseiller théologique de André Raess au concile Vatican I (1869). Au diocèse d'Orléans à partir de 1872, il est nommé chanoine honoraire (1875) et vicaire général de Félix Dupanloup (1877)[3].

Naissance et famille

Il naît le à Folgensbourg, où sa famille est ancrée depuis des générations. Il est le sixième des huit enfants[a] de François-Joseph Guthlin (1791-1855), boucher, et de Marie-Anne Studer (1795-1834)[4] qui se sont mariés le [5] dans ce même village. De la fratrie, cinq meurent en bas âge, seuls trois garçons survivent (François-Joseph l'aîné, Aloïse le sixième et Philippe le septième). Le , âgé de seulement six ans, il perd sa mère qui meurt prématurément en couche[6]. Le , son père se remarie avec Anne-Marie Grollÿ originaire de Kappelen[7].

Son frère aîné François-Joseph (1822-1890), menuisier, épouse Marie-Anne Christ (1817-1890), devient père de six enfants[b], et est membre du conseil général de la Haute-Alsace pendant de longues années[c]. Le second de ses frères est Philippe Guthlin (1831-1888), écrivain, poète, professeur d’allemand, de littérature et de poésie, et époux de Mathilde Delaporte.

L'aîné de ses six neveux et nièces[b] est Joseph Guthlin (1850-1917), prêtre catholique, professeur d'apologétique, chanoine honoraire, docteur en droit canon et canoniste à l'ambassade de France près le Saint-Siège, clerc national, conseiller et prélat du pape.

Parmi les enfants et petits-enfants de Mathilde (1860-1934)[8], la plus jeune de ses neveux et nièces, il y a deux prêtres catholiques en fonction dans le Haut-Rhin, tous deux nés comme lui à Folgensbourg, son petit-neveu le chanoine Philippe Sauner (1890-1956)[8] et son arrière-petit-neveu le curé Philippe Sauner (1943-2020)[9].

Enfance et scolarité

Aloïse prépare sa première communion avec l’abbé Faninger[d], curé de Folgensbourg pendant 40 ans[e] et qui connait bien la famille Guthlin. En , après que son curé lui eut montré une édition polyglotte de L'imitation de Jésus-Christ, il lui manifeste son désir de connaître les langues, et débute avec lui des leçons de latin et d’italien deux fois par semaine[10],[11]. « L’heureux naturel, la vive imagination, la curiosité ardente et la piété sérieuse de cet enfant »[10] décident son curé à le prendre sous son aile. C'est ainsi qu'il commence avec lui ses études élémentaires et découvre les grands écrivains. Sa vocation de prêtre et de métaphysicien naît et grandit grâce à la rencontre de son curé[12] pour qui il a une véritable admiration[f]. Il est fidèle dans la prière et fréquente l'église de son village. Il se rend un jour au pèlerinage de Mariastein pour demander à Dieu sa bénédiction et pour comprendre davantage sa vocation[13]. Déterminé, il poursuit ses études au petit séminaire de Lachapelle-sous-Rougemont[14],[15], dirigé par l’abbé Guénot. En , après quelques mois de préparation, il est admis en classe de 3e[16]. Les cours de rhétorique et de philosophie le familiarisent avec les vérités invisibles dont il deviendra un démonstrateur[16].

Étudiant et enseignant, jusqu'à la prêtrise

En [17], alors qu'il n'est âgé que de 17 ans, il entre au Grand Séminaire de Strasbourg. Il y enseignera aussi la philosophie alors qu'il est encore séminariste. Il songe un moment à devenir religieux dominicain ou jésuite pour se consacrer à l'enseignement, mais se ravise, non seulement en raison de l'opposition de ses amis, mais aussi encouragé par l'ouverture d'un petit séminaire par son évêque Raess dans les locaux de l'ancienne abbaye Saint-Étienne à Strasbourg, bâtisse acquise par son évêque en 1847[17],[18],[19]. En effet, Raess, lui confie dès 1848 la classe de sixième du petit séminaire[18], puis à partir de 1851 la chaire de grammaire du nouvel établissement[18].

Il est ordonné prêtre pour le diocèse de Strasbourg le par Raess. Il célèbre sa première messe à Folgensbourg son village natal, premier villageois ordonné prêtre depuis la Révolution française.

Prêtre et professeur en Alsace (1851-1872)

L'équipe fondatrice des enseignants du collège libre Saint-André de Colmar-Lachapelle, dont Aloïse Guthlin (au deuxième rang, quatrième en partant de la gauche)[20]

Professeur de grammaire à Strasbourg (1851-1855)

De 1851 à 1855[15], il est professeur de grammaire au collège libre Saint-Arbogast de Strasbourg, fondé par Raess en 1850 dès après le vote de la loi Falloux du 15 mars 1850, dans le petit séminaire installé au sein de l'ancienne abbaye Saint-Étienne acquis par son évêque en 1847[19]. En effet, auparavant, depuis 1806, les écoles, lycées et facultés étaient regroupées dans un monopole d’État, auxquels seuls les petits séminaires diocésains échappaient, mais dont le nombre et les effectifs étaient strictement limités depuis 1828[21].Son premier directeur y fut en 1851 Charles-Emile Freppel[17],[22],[23]. Il entreprend par ailleurs avec ce dernier une traduction de la mystique de Joseph Görres, projet qu'ils abandonnent quand est publiée à la même époque une autre traduction réalisée par Charles Sainte-Foi (1805-1861)[17],[24].

Les professeurs du Collège Libre de Colmar en 1863[25]

Professeur de philosophie à Colmar (1855-1872)

De 1855 à 1872, il est professeur de philosophie pendant 17 années au collège libre Saint-André de Colmar, fondé le par l'évêque de Strasbourg André Raess, deux années après avoir fondé le Collège Saint-Arbogast à Strasbourg. L'établissement a été placé sous la direction de l'abbé Charles Martin (alors professeur de littérature grecque aux Carmes à Paris).

Il y débute comme professeur titulaire avec la quatrième rentrée du nouvel établissement, mais est considéré comme faisant partie du noyau fondateur, n'ayant pas été étranger à sa fondation[g].

Il est reconnu dans ses compétences en grammaire, en langues et en philosophie.

La notoriété de l'équipe et de la qualité de leur enseignement se démarque à Colmar, ils sont sous la direction de trois prêtres, Charles Martin (1822-1873)[h], le principal, Paul Müller-Simonis (1862-1930), politique et futur fondateur de Caritas-Alsace, et Auguste Hanauer (1828-1908), historien[26]. En quelques années, ils dépassent le nombre d'élèves du collège public de Colmar[27].

Les professeurs du collège catholique de Colmar sont, tout comme lui, des "libéraux", et cela leur vaut forcément la méfiance de la hiérarchie romaine après le Concile Vatican I[28],[27].

Les petits séminaires de Strasbourg et de Zillisheim ont été supprimés par les autorités après avoir refusé l'inspection prussienne, ce qui a fait des collèges libres les nouvelles "pépinières" pour les vocations sacerdotales alsaciennes. Le collège estimait, en 1908[29], avoir formé 80 futurs prêtres à Colmar et 120 à Lachapelle[30].

Plusieurs de ses élèves se sont démarqués par leur parcours de vocation sacerdotale, dont on peut citer : le spiritain Jean Martin Ebenrecht (1837-1914)[31], le spiritain supérieur du séminaire français romain Alphonse Eschbach (1839-1923)[32], l'évêque de Trèves, Michael Felix Korum (de) (1840-1921), le chanoine Edmond Brunck de Freundeck (1842-1927)[33], le spiritain Prosper Goepfert (1842-1918), l'évêque de Tarbes-Lourdes, François-Xavier Schoepfer (1843-1927), les deux frères devenus jésuites Pierre Brucker (1842-1927)[34] et Joseph Brucker (1845-1926)[35], le sociologue Henri Cetty (1847-1918)[36], son neveu le clerc national Joseph Guthlin (1850-1917), le médecin et saint martyr jésuite Victor Lomüller (1852-1902), l'évêque de Langres Sébastien Herscher (1855-1931)[37], le jésuite Etterlé (1855-1906), les missionnaires Max Seegmüller et Aimé Raess[38].

Plusieurs personnalités laïques ont également été ses élèves, dont on peut citer le journaliste et député Léon Lefébure (1838-1911), le politicien et écrivain Charles Grad (1842-1890), le général Paul Kolb (1843-1932), le magistrat Jules Maillet (1844-1916)[39], le médecin, député et sénateur Charles-Louis Fréry (1846-1891), l'entomologiste Jules Bourgeois (1847-1911), l'attaché au service de santé du ministère de la guerre Césaire Zuber (1847-1895)[i], l'avocat et docteur en droit Armand Heisser (1848-1878), le sculpteur Théophile Klem (1849-1923), l'illustrateur Paul Adolphe Kauffmann (1849-1940), le médecin cardiologue Pierre Félix Merklen (1852-1906)[40],[41], l'ingénieur naval Gaston Romazzotti (1855-1915), le peintre Martin Feuerstein (1856-1931), le général Stéphane Victor Pillot (1856-1924)[42].

De 1851 à 1873, on compte 64 élèves issus du collège qui sont devenus officiers, dont le polytechnicien Alexandre Gilliot, le saint-cyrien Robert Didio et Marie-Célestin Ingold, qui ont tous trois perdu la vie dans les combats franco-allemands de 1870[43].

Il prononce plusieurs discours, notamment lors des distributions des prix du collège, comme celui du , publié à Colmar[15]. Il excellait en latin, sachant improviser souvent des discours en cette langue[44].

En 1862-1863, le collège, propriété personnelle de Raess, devint propriété du diocèse de Strasbourg.

En 1872, appelé à Orléans, il est remplacé par Ignace Grünenwald, originaire de Forstheim et vicaire à Colmar.

Ce n'est qu'après son départ que, de 1873 à 1890, durant les premières années où l'Alsace-Lorraine est intégrée à l'Empire Allemand, le collège libre de Colmar est transféré à Lachapelle-sous-Rougemont, côté français.

Il devient également l'ami et le correspondant de Charles de Montalembert, conseiller politique écouté de Raess, et a eu pour élève et ami Léon Lefébure[27] qui saluera en lui un homme « d'un rare mérite » qui avait « l'ardeur généreuse, l'amour de la jeunesse, l'amour des âmes »[45].

Prêtre au service du diocèse d'Orléans (1872-1878)

En 1869, lors du Concile Vatican I, il se rapproche de Félix Dupanloup, avec qui il partage des idées et valeurs communes.

En 1871, quand l'Alsace devient allemande, Dupanloup lui propose de l'associer à ses travaux. En 1872, il le rejoint à Orléans, avec l'autorisation de son évêque Raess, et y devient son bras droit. Il est alors naturalisé français[46]. Il est alors son conseiller politico-religieux et soutient le Parti de l'Ordre. Il permet notamment à l'évêque d'être élu sénateur inamovible le et critique l'attitude et la stratégie d'Albert de Broglie face au centre gauche en cédant les dernières places de la liste et empêchant une majorité conservatrice et modérée[47].

Il contribue à l’instauration de la "liberté de l’instruction supérieure", concrétisée par la loi Wallon du sur la liberté de l'enseignement supérieur[48].

Il est nommé chanoine honoraire de la cathédrale d'Orléans en 1875, et vicaire général de Dupanloup en 1877.

Mort

Tombe familiale Guthlin-Sauner à Folgensbourg, où sont inhumés, entre autres, Aloïse Guthlin, son frère Philippe Guthlin (1831-1888), son petit-neveu le chanoine Philippe Sauner (1890-1956), son arrière-petit-neveu le curé Philippe Sauner (1943-2020). Une plaque y fait mémoire de son neveu Joseph Guthlin (1850-1917) inhumé à Rome.

Il meurt en quelques heures d'une hémorragie cérébrale[49] le , à seulement 49 ans, au Château de la Combe[j] à La Combe-de-Lancey. Il s'y trouve avec son évêque Dupanloup, qui meurt dans ce même lieu seulement 52 jours plus tard (le ). Sa dépouille est rapatriée dans son village natal où il est inhumé. On peut lire sur sa tombe à Folgensbourg une inscription latine gravée qui résume bien sa vie : « fide fortis, spe laetus, caritate praestitit » (« Fort de sa foi, heureux par son espérance, il s'est distingué par sa bonté »).

Prêtre et penseur engagé

Œuvres

Voir aussi

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