Altération inverse
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L'altération inverse ou déminéralisation inverse est le processus néomorphique de l'argile combinant cations et alcalinité sans rapport avec l'altération des silicates. Plus spécifiquement, l'altération inverse fait référence à la formation de minéraux argileux authigènes à partir de la réaction
- de silice biogénique avec des cations aqueux ou des oxydes porteurs de cations ou
- d'argiles précurseurs pauvres en cations avec des cations dissous ou des oxydes porteurs de cations[1].
L'hypothèse actuelle est que la formation d’argiles silicatées authigènes abondantes en cations se produit par la réaction simplifiée suivante :
Opale biogénique (SiO2) + hydroxydes métalliques (Al(OH)4−) + cations dissous (K+, Mg2+, Li+, etc.) + bicarbonate (HCO3) → minéraux argileux + H2O + CO2[2]
La formation de minéraux argileux authigènes par déminéralisation inverse n’est pas entièrement expliquée. Une grande partie des recherches effectuées a été menée dans des zones localisées, telles que le delta de l'Amazone[3], le delta du Mississippi, un paléo-delta à Aínsa-Sobrarbe dans les Pyrénées espagnoles et dans les lacs éthiopiens du rift est-africain[4], visant à une compréhension globale de ce processus. Une grande partie de la force motrice selon les recherches sur l’altération inverse vient de la contrainte du bilan de masse chimique entre les rivières et les océans[5]. Avant la découverte de l'altération inverse, le modèle du bilan de masse chimique de l'océan prévoyait des concentrations de métaux alcalins et de bicarbonates (HCO3−) plus élevées que celles observées[5]. On pensait initialement que la formation de minéraux argileux authigènes était responsable de la totalité de cet excès, mais la découverte de sources hydrothermales a remis en question cette idée, car l'élimination des métaux alcalino-terreux et du HCO3− de l'océan s'y produit également[5].
Le processus et l'étendue de la déminéralisation inverse ont été déduits par plusieurs méthodes et indicateurs.
Des mesures in situ de la silice biogénique et de l'acide silicique (un produit de météorisation) ont été faites pour analyser la vitesse et l'étendue de l'altération inverse se produisant dans un système aquatique[6],[7]. L'incorporation de silice d'origine biogénique résultant de l'altération inverse se manifesterait par une concentration relativement faible de dioxyde de silicium (SiO2) dissous par rapport à l'eau la recouvrant.
Des observations en laboratoire de l'altération inverse ont été réalisées à l'aide d'incubations et de réacteurs à écoulement pour mesurer les taux de dissolution de l'opale[2],[3]. L'argile a été étudiée à l'aide de microscopes électroniques à balayage, de rayons X et de microscopes électroniques en transmission[1]. Il a été constaté que la formation d'argile se produisait rapidement. En utilisant cette période et la teneur en sédiments déjà connue, on a estimé la quantité d'ions potassium consommée par ce processus dans les rivières du monde entier[1].
En laboratoire, des expériences d'incubation, des échantillons de sédiments prélevés dans des environnements naturels sont placés dans des contenants hermétiques contenant diverses concentrations de réactifs liés au processus d'altération inverse (tels que la silice biogénique sous forme de diatomées, des cations, des métaux, etc.)[2].

Le spectromètre d’émission optique à plasma à couplage inductif (ICP-OES) sert à connaître la concentration et les isotopes des concentrations de cations et de silice des échantillons d’eau interstitielle et de sédiments digérés. L'utilisation d'un spectromètre de masse à plasma à couplage inductif multi-collecteurs (MC-ICP-MS) sert également pour obtenir des données isotopiques des métaux et de la silice en solution[7].
La concentration isotopique du lithium dans les foraminifères planctoniques a été mise à contribution pour déduire les variations passées des taux de silicate et d'altération inverse sur la période des 68 derniers millions d'années[8]. Le retrait du lithium de l'eau de mer dépend principalement de son incorporation dans les sédiments marins, et les variations observées reflèteraient principalement les taux relatifs d'altération des silicates et d'altération inverse, en plus d'autres facteurs. Les foraminifères à faible teneur en lithium suggèrent que l'altération inverse aurait pu être plus importante au cours de cette période[8].
Contrôles
Thermodynamique
La formation d'argiles silicatées authigènes par altération inverse s'est révélée favorable, sur le plan thermodynamique, lors d'études sur les sédiments du delta de l'Amazone[3]. Les principaux contrôles de la formation d'argiles silicatées authigènes portent sur l'apport de réactifs en solution. Les zones d'opale biogène limitée, d'hydroxydes métalliques (par exemple aluminate (Al(OH)4−)) ou de cations dissous limitent la production d'argiles silicatées authigènes[2]. Les métaux, les cations et la silice sont en grande partie fournis par l'altération des matériaux terrigènes, ce qui influence la favorabilité thermodynamique de l'altération inverse[9].
Cinétique
Cinétiquement, la formation de minéraux argileux par altération inverse peut être relativement rapide (<1 an)[3]. En raison de cette courte période, l’altération inverse est considérée comme un contributeur raisonnable aux divers cycles biogéochimiques des océans[3].
Influence sur les cycles mondiaux

Le cycle du carbone
Le processus de création de minéraux argileux authigènes par altération inverse libère du CO2[9]. Cependant, la libération de bicarbonate par altération des silicates dépasse les quantités de CO2 produites par altération inverse. Par conséquent, même si l'altération inverse augmente le CO2 lors de la production de minéraux argileux authigènes, elle est dépassée par la concentration de HCO3− dans le système et n'aura pas d'effet significatif sur le pH local[9].

Le cycle de la silice
Ces dernières années, l’effet de l’altération inverse sur la silice biogénique a suscité un grand intérêt pour quantifier le cycle de la silice. Lors de l'altération, la silice dissoute est transportée vers les océans par le ruissellement glaciaire et les apports fluviaux[2]. Cette silice dissoute est absorbée par une multitude d'organismes marins, comme les diatomées, qui la métabolise pour créer des coquilles et tests protecteurs[2]. Lorsque ces organismes meurent, ils tombent dans la colonne d’eau[2]. Sans production active de SiO2 biogénique, le processus de diagenèse s'amorce[2]. La transformation de cette silice dissoute en argiles silicatées authigènes par le processus d'altération inverse constitue une élimination de 20 à 25 % de l'apport de silicium[11].
L'altération inverse se produit fréquemment dans les deltas des rivières, car ces systèmes présentent des taux d'accumulation de sédiments élevés et subissent une diagenèse rapide[12]. La formation d'argiles silicatées entraîne l'élimination de la silice réactive des eaux interstitielles des sédiments, ce qui augmente la concentration de silice présente dans les roches qui se forment à ces endroits[12].
L'altération des silicates semble également être un processus prédominant dans les sédiments méthanogènes plus profonds, tandis que l'altération inverse est plus courante dans les sédiments de surface, bien que son taux soit plus lent[3].


