Alwine Dollfuss
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Tombeau d’Engelbert Dollfuß (d) |
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Alwine Dollfuss, née Glienke le à Poprad et morte le à Vienne, est une personnalité autrichienne de l'entre-deux-guerre.
Elle est connue du public en tant qu'épouse et veuve du chancelier autrichien Engelbert Dollfuss.
Formation
Alwine Dollfuss est envoyée à Berlin par son employeur pour terminer ses études, interrompues par la Première Guerre mondiale. En mars 1921, elle commençe à travailler à la Zentralgenossenschaftskasse, l'ancêtre de la DZ Bank où elle rencontre Engelbert Dollfuss. Durant l'été de la même année, le couple se fiance et s'installe en Autriche. Leur mariage se tient le 31 décembre 1921 à Kirnberg an der Mank, ville natale de Dollfuss, après quoi ils s'établissent à Vienne[1]. Avant son mariage, Alwine Dollfuss, issue d'une famille protestante, se convertit au catholicisme, la religion de son futur mari. Elle accompagne son mari lors d'événements politiques, mais n'assume pas encore de rôle public. Entre 1927 et 1930, le couple a trois enfants[2].
Vie publique
Entrée dans la vie publique
Le président Wilhelm Miklas confie à Engelbert Dollfuss la formation d'un nouveau gouvernement en mai 1932[3].
Compte tenu du contexte politique instable, Alwine Dollfuss accueille avec peu d'enthousiasme l'accession soudaine de son mari à la chancellerie. De plus, elle doit contribuer à l'image publique du chancelier. Travaillant aux côtés d'Hildegard Burjan et par l'intermédiaire de l'organisation caritative de cette dernière, Soziale Hilfe (« Aide sociale »), elle participe à l'organisation de l'Elisabethtisch, une initiative caritative destinée à soutenir la classe moyenne en difficulté durant les mois d'hiver. Après la mort de celle-ci en juillet 1933, Alwine Dollfuss reprend nombre de ses responsabilités au sein de Soziale Hilfe[4].
À la suite à la création par Engelbert Dollfuss du Front patriotique (Vaterländische Front) en tant qu'organisation politique monopolistique, Alwine Dollfuss s'engage dans son équivalent pour les femmes, à l'instar d'autres épouses de personnalités politiques. Dans les médias de l'époque, soumis à la censure depuis mars 1933, Alwine Dollfuss est dépeinte comme une femme caractérisée par la simplicité, la frugalité et un profond attachement aux valeurs traditionnelles de la patrie[2].
Le 25 juillet 1934, son mari est assassiné lors du putsch de juillet par nazis autrichiens[3]. Alwine Dollfuss séjourne alors avec ses enfants à l'invitation de Benito Mussolini à Riccione, sa résidence d'été. Elle rentre à Vienne le lendemain grâce à l'avion privé du dictateur[5].
Le gouvernement du nouveau chancelier Kurt Schuschnigg promeut un véritable culte de la personnalité autour d'Engelbert Dollfuss, qualifié d'« immortel», de « chancelier martyr », de « chancelier héros », ou d'autres titres similaires[6]. Face à cette glorification de son défunt mari, Alwine Dollfuss doit demeurer une figure publique de premier plan. Elle est l'invitée d'honneur aux cérémonies de pose de la première pierre[7] et d'inauguration [8] des monuments dédiés au défunt, aux commémorations marquant l'anniversaire de sa mort – observé comme « jour de deuil national »[6] ,[9].
Alwine Dollfuss poursuit également son engagement dans les œuvres caritatives. Bien que certaines de ses initiatives sont reprises par l'épouse du nouveau chancelier, Herma Schuschnigg[10], elle reste active au sein de la section féminine du Front de la Patrie, elle est présidente d'honneur de la Soziale Hilfe (Association d'entraide sociale) et organise l'Elisabethtisch, notamment durant l'hiver 1937-1938, sous la forme d'un « déjeuner pour intellectuels désargentés »[11]. La sécurité financière de la famille Dollfuss est assurée : en août 1934, le gouvernement promulgue une loi spéciale lui accordant, au lieu d'une pension de veuve classique, l'intégralité du salaire de son défunt mari à vie[12].
Immédiatement avant l'Anschluss, le gouvernement la dépêche auprès de Benito Mussolini dans une dernière tentative, infructueuse, pour obtenir son soutien à l'indépendance autrichienne[6].
Autriche nazie et fuite
Alwine Dollfuss devient une cible de la propagande nazie tout comme l'État autrichien. Une anecdote publiée pour la première fois le 1er mai 1934 dans le Völkischer Beobachter reste longtemps dans les esprits. On prétendait qu'elle a, lors d'une prise de parole a la radio, donné un conseil absurde aux familles pauvres, affirmant qu'on pouvait faire de la soupe avec des boyaux de saucisses et des pelures de pommes de terre. Malgré des démentis catégoriques, la rumeur de cette prétendue « recette de soupe aux boyaux de saucisses » se répandit rapidement et avec persistance[13] après 1945[14] et même jusqu'au XXIe siècle[6],[15].
Avec l'Anschluss, le culte voué à Engelbert Dollfuss prend fin brutalement, et Alwine Dollfuss et ses enfants sont parmi les premiers à quitter le pays. Le 11 mars, la famille tente de fuir en Tchécoslovaquie munie de faux passeports. Accompagnée de Richard Coudenhove-Kalergi et de son épouse, Ida Roland, elle s'échappe ensuite via la Hongrie pour gagner l'Italie[15] d'où Benito Mussolini organise leur transfert en Suisse. Là, la famille est accueillie par leur ami Jean-Marie Musy. Mussolini et Musy plaident pour l'obtention d'un permis d'exportation pour les biens de la famille et pour le maintien du versement de la pension de veuve d'Alwine à l'étranger. La réaction initiale de l'Allemagne nazie est probablement favorable, sans doute pour des raisons diplomatiques. On ignore toutefois si ces efforts aboutirent. De plus, Alwine Dollfuss se méfie de plus en plus de Musy, car ce dernier sympathisait avec les nazis et semblait considérer son soutien à la famille Dollfuss comme un moyen de maintenir des contacts avec de hauts représentants de l'Allemagne nazie. Par conséquent, la famille déménage à nouveau dès l'été 1938, cette fois au Royaume-Uni[6], puis finalement, en juillet 1940, à Montréal[16], où elle passe les années suivantes.
Après guerre
Le séjour des Dollfuss au Canada n'est connu qu'après la fin de la guerre[17]. En 1950, elle effectue un voyage privé en Autriche[18] et, à partir de 1951[19], selon d'autres sources, en 1955 [20] ou 1957, elle s'installe de nouveau en Autriche. Elle y perçoit sa pension rétroactivement depuis 1945, conformément à la généreuse disposition spéciale établie en 1934. Ce n'est qu'en 1961 que la loi correspondante est abrogée et que sa pension est ajustée au niveau standard. Après le retour de sa fille Eva, elle vit recluse avec elle à Vienne, où elle meurt en 1973[6].
La tombe familiale se trouve au cimetière de Hietzing, où les nazis avaient transféré la dépouille d'Engelbert Dollfuss depuis « son » église funéraire.
Dans la littérature
Alwine Dollfuss est caricaturée par Brecht dans La Résistible Ascension d'Arturo Ui en 1941, sous le nom de « Betty Dullfoot ».