Amélie Le Gall
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Amélie Le Gall, née Marie Joseph Le Gal le à Quintin et morte après 1927, aussi connue sous les pseudonymes Lisette de Quintin, Mademoiselle Lisette ou Lisette Marton, est une cycliste de compétition française.
Elle est considérée comme la championne du monde féminine dans ce sport en 1896.
Jeunesse
Marie Joseph Le Gal naît le à Quintin[1]. Elle est la neuvième et dernière enfant de Marie Sainte Boscher et Louis Marie Le Gal, scieur de long. Elle est destinée à devenir bergère[2],[3].
En 1882, sa famille quitte la Bretagne pour Puteaux. Son père, devenu charpentier, meurt en 1886[4], et l'adolescente doit désormais travailler à l'usine[5]. À 22 ans, elle rencontre Émile Henri Christinet, un jeune ingénieur en électricité né à Paris d'un père originaire de Le Vaud en Suisse[6] et qui travaille en face de son usine. Ce passionné de vélo, membre du Touring Club de France, lui achète sa première bicyclette pour des raisons de santé : Marie Le Gal souffre alors d'anémie et un médecin lui a recommandé la pratique du cyclisme[5]. Ces premiers coups de pédale en amoureux vont changer sa vie. Elle épouse Émile Christinet vers 1892[Note 1].
En 1893, elle sillonne la région parisienne et s’entraîne sans relâche sur des parcours de plus en plus longs, jusqu’à cent kilomètres[7]. La pratique du cyclisme féminin étant alors mal perçue dans la société, elle se choisit un pseudonyme : ce sera Lisette Marton, puis Amélie Le Gall[8],[9],[Note 2].
Carrière
En 1894, Lisette Marton participe à de nombreuses courses à Courbevoie, Paris puis Cabourg où elle finit deuxième derrière la Belge Hélène Dutrieu. En mai, elle adresse une lettre au journal Le Vélo, sous le nom d'Amélie Le Gall, pour faire valoir une de ses victoires, attribuée à tort à une concurrente nommée A. Bourgeon[10]. Le , elle entre dans la cour des grands en finissant huitième, à onze minutes du vainqueur d’une course masculine de cent kilomètres à Longchamp, au bois de Boulogne. Elle est sacrée championne de France. Elle devient la coqueluche du public après avoir gagné une course contre l'actrice Mlle de Batz [9].
En 1895, elle établit le record féminin des 100 km sur la route de Montgeron en 4 h 31[11], puis participe à une course au Royal Aquarium de Londres[12]. Elle bat la cycliste écossaise Clara Grace lors du championnat du monde féminin en 1896[13].

Elle s’entraîne avec l'entraîneur anglais controversé Choppy Warburton[14],[15]. Il organise des courses à handicaps contre des cyclistes masculins qu'elle gagne, comme contre Albert Champion[16] ou Jimmy Michael[17],[18].
Lisette Marton débarque aux États-Unis en 1898 où elle est accueillie par des milliers de fans. Elle participe à des compétitions à Chicago et à Winnipeg. Elle affronte et bat les meilleures athlètes américaines de l'époque Lizzie Glaw, May Stanley, Dottie Farnsworth, Tillie Anderson et Lillie Williams. Elle gagne d'importants cachets et porte les couleurs de ses sponsors comme Simpson Chain, le fabricant britannique de chaînes de bicyclette, ou les cycles Gladiator.
Ses vêtements sont souvent décrits en détail dans les articles qui la concernent, car la question de savoir ce que les femmes doivent porter à vélo est un sujet de discussion brûlant à l'époque[19] : « En France, Lisette ne porte jamais de robe », rapporte un journal de Chicago en 1898, affirmant que « Lisette n'aime pas les corsets. Pour elle, ils semblent le point culminant de la laideur des tenues féminines, de l'inaptitude et de la stupidité anti-hygiénique. »
Sa carrière de cycliste terminée en 1902, elle se produit avec succès dans des spectacles de cascades à vélo dans tous les États-Unis[5], sous le nom de Lisette (ou Lizette[20]) Christinet. En 1908, sa fortune faite, elle ouvre avec son époux un restaurant français à La Nouvelle-Orléans (ils vivent à Donaldsonville, Louisiane, en 1910[21]), puis à Brimingham en Alabama et enfin à Miami. Émile Christinet meurt en Floride en 1918[5].
Lizette Christinet apparaît toujours en 1928 dans l'annuaire de Miami : veuve d'Émile, elle tient toujours un restaurant, au 1010 Avenue B[22].
La pionnière des championnes en France
La « petite Française » Lisette de Quintin — 1,52 m pour 40 kg — a mis un terme au cliché selon lequel la pratique amateure du cyclisme ne privilégiait que les femmes issues de milieux sociaux favorisés. Pourtant, c'est une difficile reconnaissance qu'elle dut affronter : malgré un tempérament tout en discrétion, elle perturbait les milieux journalistiques, par son talent et sa suprématie qui devait emmener la requalification d'une hypothétique « championne »[pas clair], car hors des terrains de course ses défenseurs sont très peu nombreux[23].
Son histoire lève le voile sur un pan méconnu des balbutiements du sport féminin, commençant à la Belle Époque. Lisette Quintin étant la seule représentante de sa classe sociale et sa qualification de « championne » n'ayant fait preuve d'aucun débat, sa distinction passe inaperçue. Il faut attendre en France l'arrivée de la joueuse de tennis Suzanne Lenglen, au début des années 1920, pour que se produise une évolution, qui aurait dû être une révolution[pas clair] dans le contexte libérateur des « années folles »[23].
Les observateurs et journalistes pratiquaient des stratégies de contournement afin de minorer le terme « championne ». Ils décrivaient Lisette de Quintin d'une façon ambivalente puisqu'ils la nomment la « petite championne », soupçonnant qu'avec une moindre taille on ne pouvait être l'égale des hommes dans son héroïsme. Elle fut aussi masculinisée en ces expressions : « champion des femmes », « champion féminin » ou autre anglophone « lady champion »[23]. Il faut d’ailleurs attendre 1905 pour que le vrai énoncé distinctif entre dans le Larousse[24].
Bibliographie
- Philippe Tétart, « Mademoiselle Lisette, première « championne » française : trajectoire et débats (1894-1898) », Sciences sociales et sport, no 1, , p. 11-41 (DOI 10.3917/rsss.015.0011, lire en ligne)
- Georges Cadiou, Le Grand Dictionnaire du cyclisme breton, Cristel éditions, , 578 p. (ISBN 9782844211903), p. 323-325
Notes et références
Notes
- ↑ Selon la déclaration faite lors du recensement de 1910 à Donaldsonville Village (Louisiane), les époux Christinet sont mariés depuis 18 ans et n'ont pas d'enfant.
- ↑ On ignore d'où vient le prénom Amélie.
Références
- ↑ Acte de naissance de Marie Le Gal, no 28, , Quintin, Archives départementales des Côtes-d'Armor
- ↑ « Amélie Le Gall. Une légende du cyclisme féminin »
, sur Le Telegramme, (consulté le ) - ↑ Robert du Voisinage, « Échos de la journée », sur Gallica, Le Vélo, (consulté le ), p. 1
- ↑ Acte de décès no 1416, , Paris 8e, Archives de Paris
- 1 2 3 4 Georges Cadiou, Le Grand Dictionnaire du cyclisme breton, Cristel éditions, , 578 p. (ISBN 9782844211903), p. 323-325
- ↑ Acte de naissance du , reconstitué le , La Villette (ancienne commune), Archives de Paris
- ↑ « Amélie Le Gall ou Lisette de Quintin, deux faces d’une pièce cycliste et féministe, et un Paris-Brest gourmand! - GOUEZOU », sur gouezou.canalblog.com, (consulté le )
- ↑ G. Belliard, « Le cyclisme féminin il y a un demi-siècle », sur Gallica, L'Athlète, (consulté le ), p. 7
- 1 2 (en) « Lisette to ride in Chicago », The Inter Ocean, , p. 32 (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Lacroix du Maine, « Une réclamation », sur Gallica, Le Vélo, (consulté le ), p. 1
- ↑ « Échos de la journée », sur Gallica, Le Vélo, (consulté le ), p. 1
- ↑ (en) « Ladies’ Cycle Races at The Royal Aquarium: A Late Victorian Sporting Spectacle », Sheila Hanlon, (lire en ligne)
- ↑ (en) « Champion Woman Cyclist of the World », The Journal, no 24, (lire en ligne)
- ↑ (en) Feargal McKay, « The Little Black Bottle, by Gerry Moore », Podium Cafe, (lire en ligne)
- ↑ (en) William Fotheringham, Cyclopedia : It's All About the Bike, Chicago Review Press, , 440 p. (ISBN 978-1-61373-415-5, lire en ligne)
- ↑ (en) Allen Guttmann, Women's Sports : A History, Columbia University Press, , 339 p. (ISBN 978-0-231-06957-1), p. 102
- ↑ (en) Aaron Cripps, « James ‘Jimmy’ Michael, Welsh Cycling Champion: Part 2 – Successes and Scandals, January-July 1896 », Europeenses, (lire en ligne)
- ↑ « Michael v Mdlle Lisette », sur Evening Express - Welsh Newspapers, (consulté le )
- ↑ (en) Katrina Jungnickel, « “One needs to be very brave to stand all that”: Cycling, rational dress and the struggle for citizenship in late nineteenth century Britain », Geoforum, vol. 64, , p. 362–371 (ISSN 0016-7185, DOI 10.1016/j.geoforum.2015.04.008, lire en ligne, consulté le )
- ↑ (en) « Street fair notes », The Billboard, vol. 15, no 52, , p. 15 (lire en ligne)
- ↑ Lisette Christinet, recensement de population, Donaldsonville Village, , FamilySearch [lire en ligne]
- ↑ (en) « Lizette Christinet », R. L. Polk and Company's Miami city directory including Miami Beach and Coconut Grove, , p. 81 ; 282 ; 322 ; 930 (lire en ligne)
- 1 2 3 « Première « championne » française », sur www.cairn.info (consulté en ).
- ↑ « Mademoiselle Lisette, «champion» de bicyclette », sur www.scienceshumaines.com (consulté en ).