Anahita

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Anahita représentée sur un vase, art sassanide, Iran, musée d'art de Cleveland, États-Unis.

Anahita (en persan : آناهیتا), ou Anahid (en persan : ناهید, immaculée, non polluée) en persan moderne, est une ancienne divinité perse associée aux eaux célestes, à la fertilité et à la prospérité. Elle occupe une place majeure dans le panthéon zoroastrien et appartient au groupe des yazatas. Son culte est attesté dans les textes avestiques et dans les inscriptions royales achéménides, puis se prolonge durant les périodes parthe et sassanide. Comme l'a démontré Georges Dumézil, elle correspond à la déesse-rivière indienne Sarasvatî.

Dans l’Avesta, elle est étroitement liée à une rivière mythique cosmique, source de toutes les eaux terrestres, qui descend de la montagne mythique Hukairiia vers le lac Vourukaša. Cette conception reflète la sacralité fondamentale de l’eau dans le zoroastrisme. La déesse incarne à la fois la matérialité et la sainteté des eaux, réunies dans une figure divine complexe[1].

L’origine précise d’Anahita demeure discutée. Elle résulte vraisemblablement de la fusion de plusieurs traditions religieuses : une divinité est-iranienne associée aux eaux, apparentée à la déesse védique Sarasvatī, et une ancienne déesse ouest-iranienne prézoroastrienne, Anahiti, largement vénérée dans les hauts plateaux iraniens. Cette fusion s’intègre progressivement au zoroastrisme, dont la souplesse doctrinale permet l’assimilation de divinités antérieures[1].

Anahita est honorée dans le Yasht 5, appelé Aban Yasht, l’un des hymnes les plus longs et les mieux conservés du corpus avestique récent. L'Hymne aux Eaux invoque Anahita sous le nom de « Anahita celle qui hait les Daevas et obéit aux lois d'Ahura ». Elle y est décrite à la fois comme une entité cosmique, origine de toutes les eaux, et comme une figure anthropomorphe[1].

Le texte avestique la présente sous les traits d’une femme royale magnifiquement vêtue, parée d’or et de bijoux, coiffée d’une tiare, et dotée de bras puissants. Elle purifie la semence masculine et les matrices, favorise la fécondité humaine et animale, accorde richesse et victoire, et protège les héros. Elle est également décrite comme une divinité guerrière, conduisant un char tiré par quatre chevaux. Son animal sacré est le castor[1].

Anahita n'est pas citée dans les premiers chapitres de l’Avesta ; son culte aurait été en contradiction avec la volonté monothéiste du zoroastrisme tel qu'il est présenté dans les Gathas. Il a fallu attendre la période avestique pour que des prêtres permettent le culte de la déesse.

Diffusion du culte

Les premières attestations épigraphiques d’Anahita apparaissent dans les inscriptions royales achéménides du Ve siècle av. J.-C. Elle y est invoquée aux côtés d’Ahura Mazda et de Mithra[2],[1]. Ce n’est toutefois qu’à partir du règne d’Artaxerxès II que son nom figure explicitement dans les inscriptions royales, marquant une évolution notable dans la politique religieuse achéménide. Selon Bérose, Artaxerxès II aurait fait ériger des sanctuaires et des statues d’Anahita dans de nombreuses villes de l’empire, notamment à Bactres, Ecbatane, Suse, Babylone, Damas et Sardes, et aurait ordonné son culte officiel. Anahita ne figure cependant pas dans les tablettes administratives des fortifications de Persépolis. Les chercheurs débattent pour savoir si cette promotion reflète une réforme religieuse délibérée ou la réintégration officielle d’une déesse prézoroastrienne largement populaire[1].

À l’époque achéménide, Anahita présente des traits issus de plusieurs traditions religieuses. Elle est assimilée à des déesses du Proche-Orient ancien, en particulier à Ishtar, déesse de l’amour et de la guerre. Par l’intermédiaire d’Ishtar, elle est également associée à la planète Vénus. Dans les sources grecques et romaines, elle est identifiée à diverses divinités helléniques, notamment Aphrodite, Athéna, Artémis, Héra et Cybèle. Ces assimilations témoignent de la diffusion de son culte et de son intégration dans des contextes religieux variés[1].

Les sources grecques et romaines signalent l’existence de sanctuaires et de statues dédiés à Anahita en Anatolie et au Levant, notamment en Lydie, en Cappadoce et dans le Pont. Son culte conserve une importance notable sous les Parthes et connaît un renouveau sous les Sassanides, où elle devient l’une des divinités protectrices de la dynastie. Les représentations d’Anahita, sous forme de reliefs, de sceaux et de statues cultuelles, perdurent de l’époque achéménide jusqu’à l’art sassanide[1].

Le Temple d'Anahita à Kangavar en Iran est l'un des plus importants temples dédiés à la déesse.

Noms

Anahita est d’origine indo-iranienne. Son nom apparaît sous différentes formes : Anāhitā en vieux-perse, Arəduuī Sūrā Anāhitā en avestique, Anāhid en moyen-perse, Nāhīd en persan moderne, et Anaitis dans les sources grecques. Son nom avestique tripartite signifie « la humide, la puissante, l’immaculée »[1]. Le persan moderne a retenu la forme Nahid, utilisée entre autres pour nommer la planète Vénus.

Les historiens grecs et romains de l'Antiquité classique l'appellent soit Anaïtis, soit l'identifient à l'une des divinités de leurs propres panthéons. Ainsi, Hérodote[3] a noté que les Perses sacrifiaient à « Thétis » au cap Sepias. Par le processus d'interprétatio graeca, Hérodote identifie la déesse de la mer d'une autre culture comme la « Thétis » hellénique familière. Cette déesse identifiée était probablement Anahita.

Représentations

L’identification iconographique d’Anahita est complexe car ses représentations visuelles restent rares et ambiguës. Une représentation anthropomorphe est attestée sur un sceau achéménide, où la déesse apparaît debout sur un lion, auréolée, tenant un sceptre, et faisant face à un roi en attitude de vénération. Elle porte une couronne murale et un costume achéménide, ce qui souligne son interprétation iranienne. Cette iconographie dérive de modèles associés à Ishtar[1].

Une autre représentation figure sur un sceau-cylindre achéménide conservé au Louvre, montrant une scène d’audience rituelle impliquant une figure féminine trônant, des offrandes et un brûle-parfum. Ce type de scène, courant dans l’art achéménide, est également connu dans l’iconographie d’Ishtar et sert de modèle à celle d’Anahita[1].

Hommage

Notes et références

Annexes

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