Anarchistes gyrovagues

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Les anarchistes gyrovagues ou compagnons gyrovagues sont un concept historiographique développé par l'historien Vivien Bouhey en 2008 pour nommer un certain type d'anarchistes, au moins pour la période de la Belle Époque (1880-1914), caractérisés par une grande mobilité.

Nés dans une situation de répression importante et dans le compagnonnage, ces anarchistes se distinguent des autres militants par leur propension ou capacité à se déplacer, prenant un rôle d'agents de liaison au sein du mouvement, établissant des liens entre plusieurs individus, groupes, territoires, et espaces. Il peut s'agir de figures du mouvement, comme Louise Michel, qui font des séries de conférences en France, de compagnons entreprenant des voyages ponctuels ou fréquents, d'autres qui peuvent avoir des ancrages locaux dans certaines villes ou enfin certaines démographies particulières du mouvement qui peuvent adopter un mode de vie nomade, comme des mendiants, criminels ou travailleurs du sexe.

Selon l'historien, l'existence et les voyages de ces compagnons figurent parmi les facteurs principaux de la coordination du mouvement anarchiste à cette période, car ils peuvent effectuer un travail de passeurs et ainsi unifier les groupes dans leur pensée et leur action.

Le terme de « gyrovague » est issu du langage religieux utilisé pour désigner les moines nomades voyageant d'un monastère à un autre sans implantation fixe[1]. Il s'agit d'un terme provenant à la fois du grec γῦρος (gyros), signifiant le cercle, et du latin văgor signifiant errer, soit littéralement « ceux qui errent en cercle/rond »[2],[3].

Cette terminologie pour désigner un certain type d'anarchistes, au moins pendant la Belle Époque (1880-1914), est consacrée par l'historien Vivien Bouhey dans son Les anarchistes contre la République (2008)[4].

Histoire

Contexte : Une répression importante favorisant la mobilité des anarchistes

Au cours des années 1870, et d'autant plus à partir des années 1880, la répression sur les anarchistes augmente dans la presque totalité des États confrontés à l'accroissement des effectifs anarchistes dans leurs frontières[5],[6]. Cette situation n'est pas spécifique à la France mais touche d'autres espaces limitrophes ou avec des dynamiques similaires : les anarchistes sont donc réprimés de manière importante[5].

Ces éléments provoquent une déstabilisation et disparition des structures originelles du mouvement, l'Internationale anti-autoritaire disparaît au cours des années 1880 et de nombreux anarchistes prennent la route de l'exil[7]. Le mouvement se replie sur lui-même pour échapper à la répression, et la période voit l'émergence d'un nouveau système de relations parmi les anarchistes : le compagnonnage[8],[5],[9]. En revenant sur ces questions, Bouhey écrit[10]:

La répression qui touche les milieux anarchistes dans différents pays au cours des années 1890 a contribué à multiplier ces contacts, puisqu’elle induit d’une part la fuite des compagnons poursuivis à travers leurs pays respectifs ou vers l’étranger, fuite nécessitant bien souvent des complicités et la rencontre d’autres compagnons ou proscrits, et d’autre part l’expulsion des anarchistes étrangers arrêtés sur le sol français.

Anarchistes gyrovagues

Dans le cadre de cette répression provoquant une mobilité importante des anarchistes, et du compagnonnage, Bouhey utilise cette terminologie pour désigner un nouveau type d'anarchiste[10]. Il désigne de la sorte les compagnons caractérisés par une grande mobilité géographique[10].

Certains de ces gyrovagues se déplacent de manière exceptionnelle, au gré de voyages ponctuels, par exemple lorsqu'ils sont envoyés pour faire de la propagande dans une région et y tissent des liens, comme le compagnon Justin Cazenave, qui en 1892 passe de Lausanne à Saint-Étienne, où il discute avec les anarchistes locaux avant de retourner à Lyon y faire imprimer un manifeste, puis est signalé peu après à Valence, où il demande à un anarchiste parisien que son courrier soit adressé à Marseille[10].

D'autres ont plusieurs ancrages locaux sur une longue période, en évoluant par exemple entre deux villes auxquelles ils sont liés, ces compagnons peuvent entretenir des contacts et une action à plusieurs endroits parallèles en même temps[11],[10]. Les frères Jacques et Geoffroy Pflug par exemple, venus de Troyes et devant servir au 37e régiment d'infanterie à Nancy en 1891, s'y lient avec le compagnon Paul Serrure et peuvent ainsi conserver des contacts et une action à Nancy après être repartis[10].

Enfin, d'autres sont bien plus mobiles et sont caractérisés par leur propension à voyager. L'un d'entre eux est le compagnon Meunier, venu d'Angers et qui « prêche l'anarchie de ville en ville dans le Sud-Ouest avant de s'installer [à Brest] »[11],[10]. Cette dernière catégorie recouvre à la fois des figures qui peuvent s'engager dans des conférences publiques à travers toute la France voire d'autres pays, comme Louise Michel, des exilés qui doivent se déplacer pour fuir la répression mais aussi d'autres classes sociales, les mendiants, criminels ou travailleurs du sexe ayant aussi tendance à se déplacer et à être poussés vers des modes de vie nomades[11],[10],[12].

Postérité

Références

Bibliographie

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