Angelome de Luxeuil
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Angelome (Angelomus Lexoviensis, ✝ vers 855[1]) est un moine de la Règle de saint Colomban de Luxeuil, et un exégète de la Bible. Sous le règne de Lothaire 1er, ce moine français du IXe siècle, a aussi exercé l’exégèse de deux autres œuvres marquantes du christianisme soit le livre des rois et le Cantique des cantiques[2]. L’érudit a obtenu le rôle d’enseignant de l’école du Palais et a ainsi contribué à la compréhension et à la conservation des textes des pères et de l’histoire chrétienne[3].
Issu de la renaissance carolingienne de Charlemagne, c’est en respectant les fondements de cette dernière et en usant de son savoir qu'Angelome a marqué l’histoire de l’exégèse chrétienne[4].
Jeunesse
Peu d’éléments sur la vie d’Angelome de Luxeuil sont disponibles aujourd’hui. En effet, les techniques carolingiennes de l’époque, portant sur la réutilisation des textes des prédécesseurs, lui ont souvent donné la fausse réputation de n’être qu’un accumulateur de textes et non un intellectuel important. Par ce fait, ses informations personnelles sont minimes. La date de naissance d’Angelome n’est pas spécifiée, mais les historiens supposent d’un accord commun que ce dernier est né vers la fin du VIIIe siècle ou vers le début de IXe siècle[5].

Angélomus a passé son enfance à l’abbaye de Luxeuil. Il y est entré très jeune sous l’abbé Dadin. Ce monastère du nord de la France fut fondé à la fin du VIe siècle par saint Colombain, un moine irlandais reconnu[5]. Ce lieu permettait d’accueillir à l’origine les moines devenus trop nombreux pour habiter le monastère d’Annegray. De plus, le site sur lequel est situé le monastère de Luxeuil comportait de l’eau qui avait des vertus thérapeutique[6]. Cette abbaye a été au cours de son histoire très souvent favorisée par les papes et les rois. Malheureusement, un incendie en 1200 a fait des ravages et a détruit la majorité des textes et des archives qui y étaient conservés[7].
Angelome a reçu en premier lieu une éducation et une formation provenant du maître Mellinus, un exégète de l’époque d’une très grande réputation[5]. Sous ce maître, il a appris les lettres, l’écriture sainte et étudié l'hébreu et le grec qui étaient des langues non étrangères à son égard[8]. C’est sous ce maître qu’il a fait profession de vie monastique. Pour s’améliorer, il a même été jusqu’à l’école du palais de Metz. Là-bas, il a rencontré Amalaire, un ancien camarade à lui. C’est à ce moment qu’il a travaillé sur le sacrement du baptême dédié à Charlemagne[8]. Après ses études, il a passé quelque temps à Aix-la-Chapelle en tant que maître d’exégèse. Il a donné à son tour des leçons aux futurs penseurs. En effet, grâce à la multitude de documents mis à sa disposition dans l’abbaye de Luxeuil et à son enseignement soigné, Angelome a rapidement obtenu la réputation d’érudit[4].
Vie d’exégète
En 833, Drogon de Metz, l’oncle de Lothaire (roi des Francs), est devenu l’abbé de Luxeuil. Il rappelle Angelome pour que ce dernier dirige l’école du monastère de Luxeuil[8]. Angelome est entré à son service et c’est à ce moment qu’il a réellement commencé son travail d’exégèse. En s’inspirant de ses prédécesseurs, le moine a élaboré en premier lieu un commentaire sur la Genèse qui était destiné à Léotric, un confrère de la même époque[4].
Deuxièmement, Angelome a corrigé, à la demande de l’archevêque Drogon, le Livre des rois en s’inspirant des trois sens de l’écriture mis de l’avant par Maur et Cantelli[4].
Sa troisième et dernière œuvre majeure consiste en la vérification et à l’exégèse du Cantique des Cantiques. Ce cantique d’amour fut remis à l’empereur à la suite de la mort de sa femme Ermengarde en 851. Les deux dernières œuvres ont été imprimées séparément en 850 à Cologne. Angelome est décédé cinq ans plus tard, en 854 à Luxeuil[4]. Son tombeau somptueux en pierres, situé au nord de l’abbatiale, était élevé de terre à l’aide de petites colonnes sculptées. Cette élévation du tombeau et cette attention particulière apportée à sa sépulture démontre qu’Angelome était considéré par les gens de son époque comme un réel saint. Son tombeau a cependant été défait en 1793 lors de la Révolution française par un membre du conseil révolutionnaire de Luxeuil[8].
Caractéristiques d'Angelome et des autres exégètes de l'époque
La période à laquelle Angelome a écrit est marquée par l’effet de la renaissance carolingienne. Les auteurs de cette époque portent davantage attention à la forme des textes rédigés et ils s’inspirent grandement des textes antécédents[9]. L’enseignement se déroule selon la technique de groupe de travail de lecture : plusieurs élèves font ensemble la lecture d’un texte ancien et posent par la suite une question au maitre (ici Angelome, par exemple). Par la suite, le maître qui détient le savoir répond à la question et les élèves la notent[10]. L’accent est mis sur la lecture et la méditation. Les penseurs traitent avec crainte des textes bibliques et prennent les messages laissés par les pères comme étant une culture léguée[10].
Angelome ne fait pas exception à la règle. La majorité de ses textes sont basés sur les idées des autres grands penseurs : Alcuin, saint Gregory, Bede etc. Tout comme les auteurs précédemment énumérés, Angélome met en l’avant l’idée d’obtenir une base solide de l’histoire et de la théologie[9]. Il écrit d’ailleurs : « We have promised first to lay down the foundation of the history »[9]. Par cela, il signifie la volonté partagée par ses pairs et mise en l’avant par les carolingiens de corriger en premier lieu les textes de pères puis, seulement ensuite, construire autour[10]. La technique consiste donc à approcher les textes anciens avec respect mais de garder un regard critique pour corriger s’il le faut. Cette technique est aussi encouragée par saint Augustin et saint Jérôme qui suggèrent l’idée d’utiliser le savoir laïque à des fins religieuses. Selon eux, pour avoir une compréhension plus juste du monde qui nous entoure, il faut en premier lieu établir une base historique solide et claire. Seulement à partir de là, il est possible par la suite de développer une allégorie et comprendre le sens religieux des textes[9]. Cette proposition est en lien avec les sept sens scripturaires qu’a définis Angelome dans sa théorie par laquelle il prétend que l’écriture peut s’expliquer selon sept aspects différents (historique, allégorique, mixte, trinitaire propre ou tropique, parabolique, adventiste et moral). Il a donné un exemple précis pour chaque sens énuméré, mais son œuvre sera cependant composée de seulement trois sens, sois le sens historique, allégorique et moral[11].13 Le sens historique permet de produire les actions, le sens allégorique permet de comprendre leurs significations ainsi que d’avoir la foi et le sens moral ordonne une vie honorable. Cette sélection des trois sens peut être reliée à l’ancienne division des sciences grecques qui était aussi basée selon trois catégories, naturelle, contemplative et morale. Selon Angelome, un même mot peut être lié à plusieurs sens simultanément. Cette façon d’attribuer plusieurs sens à un mot est l’un des aspects qui, selon Angelome, fait de la bible un livre aussi riche et sage[11].