Anna Whitlock
journaliste et féministe suédoise (1852-1930)
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Anna Whitlock, née le à Stockholm et morte le dans la même ville, est une journaliste, pionnière de l'éducation et féministe suédoise. Elle fonde et dirige une école appliquant des principes pédagogiques novateurs, la Stockholms nya samskola, Nouvelle école mixte de Stockholm. L'école connaît un grand succès et devient une fondation au départ d'Anna Whitlock en 1911.
| Présidente de l'Association nationale pour le droit de vote des femmes | |
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| Administratrice de société Bureau central de l'Association nationale pour le droit de vote des femmes (d) Société pour le Suffrage des Femmes de Stockholm (d) | |
| Ledamot (d) | |
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| Présidente de l'Association nationale pour le droit de vote des femmes | |
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| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture | |
| Nationalité | |
| Formation |
Högre lärarinneseminariet (en) |
| Activités | |
| Père |
Gustaf Emanuel Whitlock (d) |
| Mère |
Sophie Whitlock (d) |
| Fratrie |
Ellen Whitlock (d) |
| Membre de |
Société pour le Suffrage des Femmes de Stockholm (d) () Société pour le Suffrage des Femmes de Stockholm (d) () Bureau central de l'Association nationale pour le droit de vote des femmes (d) () Association pour les droits de propriété des femmes mariées (en) Tolfterna (d) Association nationale pour le droit de vote des femmes |
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| Personnes liées |
Emilia Broomé (amie), Thora Wigardh (en) (amie), Ellen Key (amie), Ann Margret Holmgren (amie), Anna Bugge-Wicksell (amie) |
Anna Whitlock est une militante pour le droit de vote des femmes. Elle est la présidente de l'Association nationale pour le droit de vote des femmes de sa création en 1903 à 1907 puis de 1911 à 1914. Elle est aussi une des premières membres de l'association Nya Idun, fondée en 1885 par et pour les femmes et une des premières membres de son comité.
Biographie
Jeunesse et formation
Anna Whitlock est née le 13 juin 1852 à Stockholm. Elle est la fille du grossiste Gustaf Whitlock et Sophie Whitlock, une militante féministe et secrétaire de l'Association Fredrika Bremer. Sa sœur, Ellen Whitlock (sv), est institutrice et pionnière de la lutte pour les droits des femmes. Lorsque le père est ruiné, la mère subvient aux besoins de la famille. Elle apprend la photographie et travaille comme traductrice[1].
Après une éducation primaire assez agitée, Anna Whitlock étudie au Cours Rossander (sv) avec l'espoir de devenir enseignante. Elle y rencontre Ellen Key qui aura une importance considérable dans sa vie. Elle travaille ensuite comme enseignante à la Adolf Fredriks folkskola en 1869-1870. Après la fin du semestre de printemps 1870, elle part pour Jakobstad, en Finlande, où elle travaille comme enseignante pendant deux ans. Son grand-père étant né en Finlande, ce séjour lui permet de renouer avec ses racines finlandaises. A l'automne 1872, elle entre ensuite avant d'entrer comme étudiante au Séminaire supérieur des enseignantes (en) de Stockholm où elle obtient son diplôme au printemps 1875 avec les meilleures notes dans toutes les matières, sauf en français[1],[2].
Durant l'été, elle fait une voyage d'étude dans des écoles populaires danoises qui l'impressionnent par leur liberté pédagogique et leur atmosphère chaleureuse. Elle travaille ensuite pendant un an comme institutrice pour Bengt von Hofsten, propriétaire d'une usine sidérurgique, et son épouse Louise Hamilton, à Valåsen, dans le Värmland, organise des cours pour les ouvriers de l'usine, donne des conférences sur divers sujets et enseigne le suédois. Elle parvient à convaincre des agriculteurs de la région d'accueillir gratuitement ou à petit prix des enfants pauvres de Stockholm pendant l'été. Anna Whitlock devient ainsi une pionnière des programmes d'accueil d'enfants pendant les vacances[2],[1].
Entre 1876 et 1878, elle voyage en Suisse, Italie et France pour faire des études de langue et de pédagogie. Pendant un temps, elle est correspondante d'Aftonbladet à Paris[1]. Toujours à Paris, elle est séduite par la mise en question des autorités et des normes traditionnelles, la prédominance de la raison et du progrès scientifique. Elle retourne en Suède, convaincue que la religion doit rester dans la sphère privée et que l'État doit rester neutre en matière religieuse. Plus tard, en tant que directrice d'école et enseignante, elle défend systématiquement les sciences naturelles lorsqu'elles entrent en conflit avec les dogmes de l'Église[2].
Anna Whitlock est bien introduite dans les cercles influents de Stockholm. Amie personnelle du leader social-démocrate Hjalmar Branting et du leader libéral Karl Staaff, elle côtoie nombre de personnalités du pays, y compris, les figures emblématiques du mouvement féministe[2].
Une pédagogue novatrice
A l'époque, l'enseignement suédois est assuré essentiellement par des écoles primaires municipales, des écoles publiques gérées par l'état et des écoles privées. La grande majorité des enfants ne fréquentent que l'école primaire, soit six ans à ce moment-là et la qualité de l'enseignement public est assez médiocre. Les fils de familles aisées peuvent aller à l'école publique, tandis que les filles n'ont d'autre choix que les écoles privées payantes. Les écoles primaires sont placées sous la tutelle de l’Église de Suède et l'enseignement religieux y occupe la majorité du temps scolaire[3],[2].
Comme elle l'explique elle-même, bien plus tard, Anna Whitlock ne souhaite pas enseigner dans un système qu'elle juge aride, dogmatique et superficiel[2].
En 1878, elle fonde donc sa propre école, une école de filles à Stockholm en collaboration avec Ellen Key[4]. Elle en est la directrice de sa fondation à 1918[1],[2].
La première classe d'Anna Whitlock est composée de sept filles de sept ans. Pendant les deux premières années, elle loue deux pièces – une pour vivre et l'autre pour étudier – dans l'appartement du député Emil Key, rue Drottninggatan, à Stockholm. Il est aussi le père d'Ellen Key, qui enseigne dans l'école de filles d'Anna Whitlock. Ce n'est qu'en 1890 que l'école aura son propre bâtiment à Djursholm[2].
En 1893, l'école devient mixte et s'appelle Stockholms nya samskola (Nouvelle école mixte de Stockholm) jusqu'en 1905, puis Whitlockska samskolan ( École mixte Whitlock).
Anna Whitlock applique des idées considérées comme novatrices à l'époque. La neutralité religieuse est de rigueur et l'enseignement religieux est facultatif. Les sciences naturelles, ainsi que les matières pratiques telles que l'artisanat et l'éducation physique, occupent une place importante. Les cours de cuisine, de couture, de menuiserie et d'éducation sexuelle ont également leur place et les élèves peuvent choisir les matières qu'ils veulent étudier[2],[1].
Grâce à sa grande tolérance religieuse, l'école gagne en popularité auprès des familles qui souhaitent se démarquer de l'influence de l’Église : des libéraux, des sociaux-démocrates, des non-luthériens, catholiques et juifs. Son école connaît un grand succès, obtient le soutien du gouvernement et le droit de délivrer des diplômes professionnels[2].
Parmi les élèves, on compte les enfants de l'artiste Carl Larsson et ceux de l'écrivain Hjalmar Söderberg, la journaliste Barbro Alving, l'éditeur Albert Bonnier, l'artiste Siri Derkert, l'écrivain Per Anders Fogelström, la comédienne Inga Tidblad et Karin Kock, première femme à siéger au gouvernement suédois[2].
Au début du XXe siècle, l'école Whitlockska Samskolan devient moins populaire, le système scolaire suédois est en cours de réforme et d'autres écoles appliquent une pédagogie progressiste. De plus Anna Whitllock est moins investie dans la gestion de l'école en raison de ses nombreux autres engagements. A l'annonce d'une offre de reprise, elle décide de reprendre l'école en main. Les locaux n'étant plus adaptés, avec l'aide d'investisseurs, elle achète un terrain dans le quartier d'Eriksberg et y fait construire une nouvelle école ainsi qu'un immeuble d'habitation où elle loge elle-même. En 1918, à l'âge de 66 ans, elle quitte son poste de directrice et transforme l'école en fondation[2].
Féminisme
Sensibilisée très tôt à la question du droit des femmes en raison du militantisme de sa mère, Sophie Whitlock, Anna Whitlock est une de fondatrices et la première présidente de l'Association nationale pour le droit de vote des femmes (LKPR) en 1903. Elle mène plusieurs campagnes de sensibilisation à l'encontre du gouvernement et représente souvent le mouvement à l'étranger. Elle rédige le premier appel public aux femmes suédoises, paru dans la presse, à former un mouvement pour le suffrage féminin, et elle rédige les statuts de l'association. En 1907, elle cède la présidence à Lydia Wahlström. La LKPR se réclame de la neutralité politique, mais, en juin 1911, elle adopte une résolution appelant au boycott électoral des partis politiques opposés au droit de vote des femmes, c'est-à-dire des conservateurs. Lydia Wahlström, proche des conservateurs, démissionne de la présidence de la LKPR. Anna Whitlock, plus apolitique, est réélue pour un second mandat en 1911.
Elle est également membre du conseil d'administration de l'association des femmes de Frisinnade (Frisinnade kvinnor, aujourd'hui Svenska Kvinnors Vänsterförbund (sv)) de 1914 à 1923. Elle est une des premières membres de l'association féminine Nya Idun, fondée en 1885, et l'une des premières membres de son comité[5],[6].
Anna Whitlock prend l’initiative de créer un cours national d’éducation civique, afin que les femmes puissent assumer pleinement leurs responsabilités d’électrices et d’élues[2].
Autres engagements
Anna Whitlock est décrite comme une femme libérale et avant-gardiste aux idées progressistes. Elle s'engage activement en politique, dans le débat public et la réforme. Durant les années 1880, elle siège au conseil d'administration de la Föreningen för religionsfrihet (Fédération pour la liberté religieuse). Elle exprime ses opinions libérales sur la religion lors de conférences et publie un ouvrage sur ce sujet : Skolans ställning till religionsundervisningen i Sverige och andra länder (La position de l'école concernant l'enseignement de la religion en Suède et dans les autres pays).
Elle donne de très nombreuses conférences, surtout sur la géographie, à l'Institut des travailleurs de Stockholm (Stockholms arbetarinstitut) de 1882 à 1897[1]. Elle rejoint le groupe radical Verdandi Verdandi (sv)à Uppsala et publie un des premiers textes de la collection Verdandi[1].
Anna Whitlock s'engage également dans le mouvement des Femmes libres (Frisinnade kvinnor) et le Parti libéral[1].
En 1905, elle co-fonde Kvinnornas Andelsförening Svenska Hem (en) avec Ina Almén, une coopérative alimentaire féminine, qui devient la plus importante organisation de consommateurs de Suède[2],[1].
Avec d'autres libérales conservatrices ou pionnières radicales du mouvement féministe, elle fonde en 1892 le groupe dit Tolfterna (sv) (Les douze) qui réunit douze femmes de différentes classes sociales et professions pour écouter des conférences et débattre, dans le but de dépasser les clivages de classe[1],[7].
Anna Whitlock est également membre active de l'Association des étudiants et des travailleurs (Föreningen Studenter och Arbetare) et de l'Association centrale pour le travail social ( Centralförbundet för socialt Arbete ), créée en 1903. Des théories développées par cette association sont plus tard intégrées à l'État-providence moderne[1].
Fin de vie
Anna Whitlock décède le 16 juin 1930 à Stockholm. Elle est inhumée au cimetière du nord de Solna[1].
Anna Whitlock ne s'est jamais mariée mais elle a une fille adoptive, Helga Norling, fille d'un ouvrier de la Stearinfabrik de Liljeholmen, à Södermalm dont la mère est décédée alors qu'elle avait cinq ans[1],[2].
Par testament, elle lègue une somme de 200 000 couronnes pour la création d'une Fondation commémorative Anna Whitlock destinée à l'octroi des bourses à des jeunes issus de familles à faibles revenus[1],[8].
Reconnaissance et distinctions
L'histoire de la coopérative Svenska Hemfait l'objet d'une série, Fröken Frimans krig (2013-2017), dans laquelle Anna Whitlock, renommée Dagmar Friman , est interprétée par Sissela Kyle (en).. Sa vie est retracée au moins durant la première saison. Les saisons suivantes s'éloignent considérablement du personnage historique et introduisent une part importante de fiction[9].
Anna Whitlock reçoit la médaille royale Illis quorum en 1918[1].
Un lycée public du centre de Stockholm porte le nom d'Anna Whitlock[10]
Publications
- (sv) avec Ellen Key, Poetisk läsebok för barn, Stockholm, Albert Bonniers, (lire en ligne)
Bibliographie
- (sv) Anders Johnson, Anna Whitlock – Reformpedagog och rösträttsledare, Förlaget Näringslivshistori, , 479 p. (ISBN 978-9198516104)
- (sv) Sigrid Björklund, Anna Whitlock : en svensk märkeskvinna, Stockholm, Bonnier, (LIBRIS 54737)