Antoine Houdar de La Motte
écrivain et dramaturge français
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Antoine Houdar de La Motte (Houdart), né le à Paris où il est mort le , est un poète, fabuliste et dramaturge français.
| Fauteuil 14 de l'Académie française | |
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Il a tenu, en son temps, une place importante par sa production littéraire ainsi que pour ses écrits théoriques sur la littérature.
Biographie
Houdar (ou Houdart) de La Motte[a], fils d'un riche chapelier, est élèvé chez les Jésuites, où il a toujours conservé des amis, puis fait des études de droit. Jeune encore, Lamotte essaie la carrière du barreau, avant de l’abandonner très vite pour se consacrer à la littérature. En 1693, sa première pièce, Les Originaux, farce en prose mêlée de vers donnée au Théâtre-Italien, est un tel fiasco que Houdar, déprimé, pense un moment se faire moine. Il entre à l’abbaye de La Trappe et en sort au bout de deux mois, avant d'avoir pris l'habit, le père supérieur le lui ayant fortement déconseillé.
Six ans plus tard, il connait le succès avec un livret d’opéra, l'Europe galante (1697). Encouragé par ce premier succès, il donne coup sur coup de nombreux livrets d'opéras-ballets, pour des compositeurs tels qu’André Campra, Destouches et Marin Marais. Il s’essaie aux genres nouveaux du ballet, de la pastorale et de la comédie-ballet à l'opéra. Il donne également six comédies qui réussissent moins bien, quoique Le Magnifique et L'Amante difficile aient un certain succès. La pièce annonce les jeux de l'amour mis au théâtre par Marivaux[b]. Si l'écriture d'Houdar est plus brève, il entre dans la même problématique, avec un sens du comique certain ; comme son rival en dramaturgie, il est féministe[1]. Il écrit quatre tragédies dont l’une, Inès de Castro (1723), d'après un sujet tiré de Camoëns, triomphe au Théâtre-Français, avec 48 représentations de 1723 à 1728[2].
Dans le salon de la marquise de Lambert, dont La Motte est l'un des piliers[3], avec son ami Fontenelle, avec qui il partageait absence de préjugé et esprit d’investigation, on discute de la question de savoir si la versification est indispensable à la poésie. On estime en définitive que le vers rend le poète esclave de règles superflues, compliquées et néfastes, qui favorisent les chevilles et les périphrases et entravent l'expression vraie de la poésie. On préconise de revenir à la netteté et à la fermeté de la prose, surtout au théâtre pour des raisons de naturel. Voulant démontrer que la prose pouvait fort bien servir la poésie, Houdar donne Les Aventures de Télémaque de Fénelon comme un exemple en ce sens, et met en prose une scène de Mithridate de Racine, en assurant qu'elle gagne à ce traitement.
Admirateur de La Fontaine, il écrit des fables en vers. Certaines ont un style très achevé, témoignant d'un certain pessimisme.
Il est un des fidèles de la duchesse du Maine, dans le cercle restreint des chevaliers de la Mouche à Miel et participe aux salons littéraires et aux Grandes Nuits de Sceaux qu'elle donne en son château de Sceaux.
Houdar de La Motte discute également de la validité des conventions du théâtre classique, et notamment de la règle des trois unités :
« Je ne prétends [...] pas anéantir ces règles, écrit-il dans son Discours sur la tragédie ; je veux dire seulement qu'il ne faudrait pas s'y attacher avec assez de superstition, pour ne les pas sacrifier dans le besoin à des beautés plus essentielles. »
Il versifie, en 1714, sans connaître le grec, la traduction de l’Iliade publiée par Anne Dacier en 1711[4]. La préface de cette traduction contient un Discours sur Homère dans lequel, après s'être livré à une critique en règle de l'original dans laquelle il stigmatise la grossièreté des personnages, la prolixité de leurs discours, les répétitions, les énumérations, etc., il affirme : « J’ai pris la liberté d’y changer ce qui j’y trouvais de désagréable ». Dans ses Réflexions sur la critique, il précise :
« L'Iliade d'Homère, que bien des gens connaissent plus de réputation que par elle-même, m'a paru mériter d'être mise en vers français, pour amuser la curiosité de ceux qui ne savent pas la langue originale. Pour cela j'interroge Homère ; c'est-à-dire que je lis son ouvrage avec attention ; et persuadé en le lisant que rien n'est parfait, et que les fautes sont inséparables de l'humanité, je suis en garde contre la prévention, afin de ne pas confondre les beautés et les fautes. Je crois sentir ensuite que les dieux et les héros, tels qu'ils sont dans le poème grec, ne seraient pas de notre goût ; que beaucoup d'épisodes paraîtraient trop longs ; que les harangues des combattants seraient jugées hors d'œuvre, et que le bouclier d'Achille paraîtrait confus, et déraisonnablement merveilleux. Plus je médite ces sentiments, plus je m'y confirme ; et après y avoir pensé autant que l'exige le respect qu'on doit au public, je me propose de changer, de retrancher, d'inventer même dans le besoin ; de faire enfin selon ma portée, tout ce que je m'imagine qu'Homère eût fait, s'il avait eu affaire à mon siècle. »
De fait, La Motte a non seulement abrégé de moitié l'ouvrage d'Homère, réduit de 24 à 12 chants, mais il l'a enjolivé et mis au goût du jour. Très remontée, Anne Dacier attaque ce procédé dans son Traité des causes de la corruption du goût. La Motte réplique, à son tour, dans ses Réflexions sur la critique (1716), dans lesquelles, ranimant la querelle des Anciens et des Modernes lancée par Charles Perrault au XVIIe siècle, il prend résolument le parti des Modernes. Indépendamment des mérites de cette controverse, il y conserve toujours un esprit et une courtoisie qui contrastent très favorablement avec les méthodes de ses rivaux. Pourtant, il adapte un texte antique : La Matrone d'Ephèse, en ne s'indignant pas de l'infidélité de la veuve prête à sacrifier le cadavre de son vieux mari pour sauver son jeune amant. Au contraire, il semble sourire avec esprit de cette situation insolite.
L'affaire fait grand bruit. Jean-Baptiste Rousseau, qui ne pardonnait pas à La Motte d'avoir été élu contre lui à l'Académie française[c], lui décoche de venimeuses épigrammes. On fait sur le sujet de petites pièces à clef où les protagonistes sont aisés à reconnaître sous des noms supposés. En définitive, Fénelon, choisi pour juge de la querelle, met tout le monde d'accord en déclarant « qu'on ne peut trop louer les modernes qui font de grands efforts pour surpasser les anciens. Une si noble émulation promet beaucoup ; elle me paraîtrait dangereuse si elle allait jusqu'à mépriser et à cesser d'étudier ces grands originaux[5]. »
Houdar est également l'un des habitués des cafés philosophiques, fréquentant les établissements de la Veuve Laurent, de Graudot ou le café Procope. Élu à l’Académie française le , il devient aveugle peu après et supporte son infirmité avec stoïcisme. À un jeune homme qui l'avait souffleté parce qu'il lui avait marché sur le pied, il dit ainsi : « Vous allez être bien fâché, monsieur, je suis aveugle. ».
En 1726, il entretient une correspondance avec la duchesse du Maine dans laquelle – quoique aveugle et perclus de ses membres – il a la goutte, et sa protectrice l'aide à se promener en fauteuil roulant, pourtant il joue l'amoureux et elle, la bergère ingénue. On possède un tableau qui le représente, avec Fontenelle et Saurin, dans le salon de la sœur de Mme de Tencin, cette dernière leur apportant le chocolat.
Il est inhumé dans l'église Saint-André-des-Arts à Paris.
Œuvres
Postérité littéraire
Houdar de La Motte a composé des Odes, parmi lesquelles on peut citer celles sur l'Émulation, sur la mort de Louis XIV ou encore À la Paix, mais dont on estime le plus celle sur l'Homme :
Impatient de tout connaître
Et se flattant d'y parvenir,
L'esprit veut pénétrer son être,
Son principe et son avenir ;
Sans cesse il s'efforce, il s'anime ;
Pour sonder ce profond abîme
Il épuise tout son pouvoir ;
C'est vainement qu'il s'inquiète ;
Il sent qu'une force secrète
Lui défend de se concevoir.
Il a publié en 1719 des Fables nouvelles, ce qualificatif voulant marquer que les sujets en sont de son invention, à la différence de ceux de La Fontaine qui s'était inspiré des anciens fabulistes. Ces fables manquent généralement de poésie et se développent avec la sécheresse d'une démonstration de mathématiques qui semble n'avoir d'autre but que d'arriver à la conclusion morale. Certaines d'entre elles renferment toutefois des vers heureux, par exemple :
C'est un grand agrément que la diversité :
Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes,
Vous ôtez tout le sel de la société.
L'ennui naquit un jour de l'uniformité.
— Les amis trop d'accord
Je parle peu, mais je dis bien :
C'est le caractère du sage.
— La montre et le cadran solaire
Il écrivit également les textes des cantates sacrées qu'Élisabeth Jacquet de La Guerre mit en musique (en 1708 : Esther, Le Passage de la Mer Rouge, Jacob et Rachel, Jonas, Suzanne, Judith ; en 1711 : Adam, Le Temple rebâti, Le Déluge, Joseph, Jephté et Samson).
Sa réputation repose aujourd’hui sur l’excellente prose dans laquelle il a exprimé ses vues, bien meilleure que ses vers, durs et sans couleur. On se souvient aussi qu'il s'abstint de répondre à une lettre de Jean-Philippe Rameau qui aurait souhaité mettre en musique un de ses livrets : probablement une belle occasion manquée par Houdar de la Motte. Mais, plus que par ses productions, c'est par son rôle dans le mouvement des idées et par la place importante qu'il occupa dans la vie littéraire de son temps que le nom de Houdar de La Motte est parvenu jusqu'à nous. « Il prouva, selon Voltaire, que dans l'art d'écrire on peut être encore quelque chose au second rang. »
Œuvres poétiques
- Le Premier livre de l'Iliade, traduit en vers français, 1701.
- Églogue sur la naissance de Mgr le duc de Bretagne, 1707.
- Odes
- Odes avec un Discours sur la poésie en général, et sur l'ode en particulier, 1707. — Plusieurs éditions ultérieures.
- Le Deuil de la France, ode, 1712.
- Le Souverain, ode, 1712.
- Ode sur la mort de Louis le Grand, ode, 1716.
- La critique, ode, 1720.
- Fables
- Fables nouvelles, Paris, (lire en ligne sur Gallica). — Plusieurs éditions ultérieures.
- Le Cygne, fable allégorique, 1714.
- L'Indien et le soleil, 1720.
Œuvres dramatiques

- Les Originaux ou l'Italien, comédie en musique en 3 actes, musique de M. de Masse, représentée sur le théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, le .
- Issé, pastorale héroïque en musique, représentée devant S. M., à Trianon, le 17 de décembre 1697, par l'Académie royale de musique, Paris, C. Ballard, (lire en ligne sur Gallica)
- L'Europe galante, opéra-ballet en 4 actes et un prologue, musique d'André Campra, représenté au théâtre du Palais-Royal (Académie royale de musique) le .
- Amadis de Grèce, tragédie lyrique en 5 actes et un prologue, musique d'André Cardinal Destouches, représentée le (Académie royale de musique).
- Marthésie, première reine des Amazones, tragédie lyrique en 5 actes et un prologue, musique d'André Cardinal Destouches, représentée au château de Fontainebleau le .
- Le Triomphe des arts (opéra-ballet en 5 actes, musique de Michel de La Barre, représenté au théâtre du Palais-Royal (Académie royale de musique) le , Paris), C. Ballard, , 46 p., in-4º (lire en ligne sur Gallica)
- Canente, tragédie, représentée par l'Académie royale de musique le 4 novembre 1700, Paris, C. Ballard, , 44 p., in-4º (lire en ligne sur Gallica).
- Les Trois Gascons, comédie avec divertissements en 1 acte, avec Nicolas Boindin, musique de Giuseppe Maria Cambini et Nicolas Racot de Grandval, dit Grandval le Père, représentée à la Comédie-Française le .
- Omphale, tragédie lyrique en 5 actes et un prologue, musique d'André Cardinal Destouches, représentée au théâtre du Palais-Royal (Académie royale de musique) le .
- La Matrone d'Éphèse, comédie en 1 acte et en prose, représentée à la Comédie-Française le .
- Le Carnaval et la folie, comédie-ballet en 4 actes et un prologue, musique d'André Cardinal Destouches, représentée au château de Fontainebleau le .
- Le Port de mer, comédie en 1 acte et en prose, avec Nicolas Boindin, musique de Nicolas Racot de Grandval, dit Grandval le Père, représentée à la Comédie-Française le .
- La Vénitienne, ballet représenté, pour la 1re fois, par l’Académie royale de musique, le 26 may 1705, Paris, C. Ballard, , 45 p., in-4º (lire en ligne sur Gallica).
- Alcione, tragédie lyrique en 5 actes et un prologue, musique de Marin Marais, représentée au théâtre du Palais-Royal (Académie royale de musique), le 18 février 1706, Paris, De Lormel, , 54 p., in-4º (lire en ligne sur Gallica).
- Sémélé, tragédie lyrique en 5 actes, musique de Marin Marais, représentée au théâtre du Palais-Royal (Académie royale de musique) le .
- La Ceinture de Vénus, tableau dramatique, musique de Jean-Joseph Mouret, représenté au château de Sceaux le .
- Apollon et les muses, tableau dramatique, musique de Jean-Joseph Mouret, représenté au château de Sceaux le .
- L'Amante difficile ou l'amant constant, comédie en 5 actes et en prose, avec Pierre Rémond de Sainte-Albine, représentée au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne le .
- Les Macchabées, tragédie en 5 actes et en vers, représentée à la Comédie-Française le 6 mars 1721, Utrecht, Étienne Neaulme, (lire en ligne).
- Romulus, tragédie en 5 actes et en vers, représentée à la Comédie-Française le .
- Inès de Castro, tragédie en 5 actes et en vers, représentée à la Comédie-Française le .
- Œdipe, tragédie en 5 actes et en vers, représentée à la Comédie-Française le .
- L'Italie galante ou les contes, comédie en un prologue et 3 parties (Le Talisman, Richard Minutolo, Le Magnifique), représentée à la Comédie-Française le . Le Magnifique est repris au château de Fontainebleau le , avec l'acte de ballet Aruéris de Louis de Cahusac et Jean-Philippe Rameau, tiré des Fêtes de l'Hymen et de l'Amour, et des intermèdes mis en musique par Rebel et Francoeur, et des ballets de Laval..
- L'Amante difficile, divertissement en 5 actes et en prose, musique de Jean-Joseph Mouret, représenté au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne le .
- Scanderberg, tragédie lyrique en 5 actes et un prologue, livret posthume, achevé par Jean-Louis-Ignace de La Serre, musique de François Francœur et François Rebel, représentée au théâtre du Palais-Royal (Académie royale de musique) le .
- Pygmalion, ballet, remanié par Ballot de Sauvot, musique de Jean-Philippe Rameau, représenté au château de Fontainebleau le .
- Prométhée, prologue en vers, repris pour Titon et l'Aurore, pastorale héroïque en 3 actes, de Claude-Henri de Fusée de Voisenon et l'abbé de La Marre, musique de Jean-Joseph Cassanéa de Mondonville, représentée au théâtre du Palais-Royal (Académie royale de musique) le .
- Le Ballet des fées, ballet.
- Le Calendrier des vieillards, comédie en 1 acte et en prose.
- Climène, pastorale en 1 acte et en vers.
- Les Âges, opéra-ballet en 4 actes et un prologue.
- 12 Cantates (texte d'Antoine Houdar de la Motte), composées par Élisabeth Jacquet de La Guerre, Esther, Le passage de la mer rouge, Jacob et Rachel, Jonas, Susanne, Judith, Adam, Le Temple rebâti, Le Déluge, Joseph, Jephté, Samson, (OCLC 906744441).
Œuvres critiques
- Discours sur la poésie, Paris, Grégoire Du Puis, , 2e éd. (lire en ligne).
- Discours sur Homère, Paris, Grégoire Dupuis, , in-8º (lire en ligne).
- Réflexions sur la critique, Paris, Grégoire Du Puis, , 2e éd., 320-xcv p. (lire en ligne).
- Discours sur la fable, Paris, Grégoire Dupuis, (lire en ligne sur Gallica).
- Suite des Réflexions sur la tragédie, où l'on répond à M. de Voltaire, Paris, Grégoire Dupuis, 46 p., 1730[6].
- Discours sur la tragédie, Paris, Prault l'ainé, 1754.