Antoinette Bonner
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Antoinette Bonner, née vers 1885 en Roumanie et morte le à Manhattan, est une voleuse de bijoux roumano-américaine.
Agissant en tant qu'agente pour les marchands de diamants de Maiden Lane à New York, elle vend des bijoux à des femmes de la haute société et devient connue sous le nom de « Reine des diamants ».
En 1913, elle est accusée de vol qualifié après avoir omis de payer 150 000 à 250 000 dollars de bijoux qu'elle a acquis sur mémoire auprès d'une dizaine de courtiers en diamants différents. Elle s'enfuit en France et est arrêtée à Paris en 1914. Après son extradition vers les États-Unis, elle est acquittée des accusations.
En 1920, elle est à nouveau accusée d'avoir volé des bijoux à Manhattan. Lorsque la police arrive dans un bureau du Park Row Building pour l'arrêter, elle crie « vous ne me prendrez jamais vivante » et avale une fiole de cyanure de potassium, se suicidant.
Jeunesse
Selon les différents recensements de population de la ville de New York, Antoinette Bonner serait née en Roumanie en ou vers 1885, dans une fratrie de trois enfants[1]. Son père, Berl Bonner, et sa mère, Carolina (dite Carrie) Shapiro, originaires de Bucarest, ont émigré aux États-Unis au milieu des années 1880 avec leurs enfants.
Berl Bonner et d’autres hommes de la famille sont marchands de bijoux[2]. Dès l'âge de six ans, Antoinette Bonner apprend à évaluer les bijoux, notamment à déterminer leur couleur et leur clarté[3]. Elle est reconnue comme experte dans le métier à l'âge de 20 ans[4]. Elle est décrite comme une femme attirante[5] et une « femme dotée d'un certain charme personnel »[6].
Carrière
Les débuts
Antoinette Bonner est active dans le commerce de bijoux à New York dès 1911. Elle s'associe à Joseph B. Brescher, un autre immigrant venu de Roumanie (qui utilise également le patronyme Kislinger), qui travaille dans le secteur de la bijouterie depuis des années. Tous deux se lancent en affaires ensemble et établissent finalement leurs bureaux dans le bâtiment Marbridge, sur Broadway. Brescher dépose le bilan en .
Ensemble, Bonner et Brescher se bâtissent une réputation d’honnêteté et de ponctualité auprès de plusieurs marchands de bijoux de New York. Ils utilisent le système des mémorandums, alors courant parmi les marchands de diamants, selon lequel les pierres précieuses sont remises aux agents « sur mémorandum » et la valeur en espèces ou la marchandise est ensuite restituée sur demande[7].
Vol de bijoux et fuite en France
En 1913, Bonner et Brescher concluent des accords avec plusieurs marchands de diamants. Un de leurs plus gros clients est Francis E. Cocks, un courtier en diamants de New York. Antoinette Bonner vend des bijoux qu'elle a acquis auprès de Cocks et qui valent des centaines, voire des milliers de dollars, à des clientes qui, selon elle, sont des femmes de la haute société. Dans la seconde moitié de 1913, Cocks donne au couple des bijoux d'une valeur de 183 000 $, dont une grande partie a été obtenue par lui-même sur mémorandum. Bonner et Brescher payent 105 000 $ à Cocks, mais ne remboursent pas les 78 000 $ restants. En , les créanciers de Cocks exigent la restitution des bijoux. Il ne peut pas les produire et est placé en état d'arrestation[7].
Un grand jury entend l'affaire le , et Cocks explique que Bonner et Brescher ont pris les bijoux sur mémorandum. Au moins neuf autres marchands de diamants sont convoqués devant le grand jury et il est découvert que plus de 150 000 $ de bijoux manquent. On n'a plus entendu parler de Brescher ni de Bonner depuis le . Bonner s'est fait virer 7 000 $ à Paris et on pense que Brescher se rend à Bucarest, d'où il est originaire[7].
Il est découvert que Bonner, Brescher et son frère ont vendu certains des bijoux manquants à un prêteur sur gage. D'autres bijoux sont retrouvés chez d'autres prêteurs sur gage et trois autres hommes sont impliqués dans leur vente. Deux jours plus tard, un mandat d'arrêt est émis à leur encontre par le procureur. Un article du New York Times indique que Bonner et Brescher ont disparu avec entre 150 000 et 250 000 dollars provenant d'entreprises de Maiden Lane[8]. Selon un avocat représentant les bijoutiers qu'elle a escroqués, Bonner a légalement vendu pour environ 1 million de dollars de bijoux au cours des deux années précédant sa fuite du pays[9]. On lui attribue des surnoms colorés dans les journaux, notamment la « Reine des diamants », « Miss Améthyste » et « La Reine des femmes de confiance »[10].
Arrestation et extradition
Une chasse à l'homme internationale pour retrouver Bonner et Brescher est menée par la police et des détectives privés sont engagés par les marchands de diamants. Le couple échappe aux autorités jusqu'à leur arrestation à Paris en . Leur extradition est reportée en raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale. Accusés de vol qualifié d'une lavallière d'une valeur de 685 $, ils sont acquittés en raison d'un acte d'accusation erroné[6].
Dans son témoignage, Bonner déclare qu'elle est simplement allée en Europe pour trouver des acheteurs pour les pierres précieuses[4]. Le couple est détenu en attendant d'être jugé pour d'autres chefs d'accusation, mais les charges sont finalement abandonnées après qu'une grande partie de la marchandise a été récupérée chez les prêteurs sur gage[6].
Deuxième arrestation et suicide
Bonner continue sa collaboration avec Brescher après leur acquittement. En 1920, elle se procure 75 pierres précieuses brutes d'une valeur de 2 000 $ auprès d'un marchand de la New York Novelty Company. Le concessionnaire, incapable d'obtenir une indemnisation, la dénonce à la police. Le , les autorités se rendent au bureau de Brescher, au 14e étage de l'immeuble Park Row, pour arrêter Antoinette Bonner, accusée de vol qualifié[3].
Lors de son arrestation, elle se libère des griffes d'un policier détective et crie « Vous ne me prendrez jamais vivante ! », avant de sortir une fiole de cyanure de potassium de son sac à main et d'avaler le poison[Note 1],[4],[11]. Dans son sac à main, la police trouve plusieurs centaines de dollars en espèces et environ 30 000 dollars de diamants[12]. Une ambulance est appelée et l’emmène à l'hôpital Volunteer, où elle décède, étant déjà moribonde. Elle avait environ 35 ans. Elle est inhumée deux jours plus tard, à Newark dans le New Jersey[1],[Note 2].
Notes et références
Notes
- ↑ Certaines sources indiquent que le poison utilisé est de la strychnine[2].
- ↑ Sous le nom d'Anne Bonner dans les registres municipaux.
Références
- 1 2 Généalogie d'Antoinette Bonner et documents d'archives, FamilySearch [lire en ligne]
- 1 2 (en) Barbara Morgan, Women in World History: A Biographical Encyclopedia, Waterford, Connecticut, Yorkin Publications, (ISBN 0-7876-4074-3), « Bonner, Antoinette (1892–1920) », p. 731
- 1 2 « Diamond Queen Ends Life With Drug on Arrest », The Sun and New York Herald, , p. 20
- 1 2 3 (en) Charles Kingston, « The Lure of the Jewel », The Wide World Magazine, A. Newnes, Limited, , p. 289 (lire en ligne)
- ↑ « Police Seek Woman For Huge Gem Thefts », The Washington Herald, , p. 1
- 1 2 3 « Woman Gem Thief, Caught, Ends Life », The New York Times, , p. 1
- 1 2 3 « Diamond Dealers Robbed of $150,000: Antoinette Bonner and J.B. Brescher Got the Gems on Memoranda and Then Fled », The New York Times, , p. 20
- ↑ « Seek Missing Gem Brokers: Order of Arrest Sent Out for Miss Bonner and J.B. Kislinger », The New York Times, , p. C5
- ↑ « 'Diamond Queen' Eludes Arrest in World-Wide Hunt », New York Evening World, , p. 3
- ↑ (en) « 'Diamond Queen' Has Tragic End », The Keystone: A Journal Devoted to the Interests of the Jewelry and Optical Trades, S.H. Steele, , p. 171 (lire en ligne)
- ↑ « 'Diamond Queen' Commits Suicide When Arrested for Thefts of Many Diamonds », The Republican-Journal, (lire en ligne)
- ↑ « Diamond Queen Commits Suicide », The Starkville News, , p. 5