Arbre à clous

From Wikipedia, the free encyclopedia

L'arbre à clous de Herchies (Belgique).
Détail du chêne à clous de Havré (Belgique).

Un arbre à clous (ou arbres fétiches, ou arbres guérisseurs) est un type d'arbre votif, une forme de dendrolâtrie qui se rencontre particulièrement en Belgique, mais aussi dans d'autres régions, comparable aux arbres à loques ou à chiffons. Sa réputation se fonde sur l'ancienne croyance populaire qui estimait qu'un mal physique (son mauvais esprit), principalement les maux de dents et les maladies de la peau, pouvait, par un processus rituel, être extirpé du corps et cloué à un arbre. L'élimination du mauvais esprit entraînait ainsi la guérison[1].

La présence des arbres à clous rappelle aujourd'hui une des dernières survivances de rites antiques issus de diverses formes de paganisme, progressivement remplacés par d'autres symboles du catholicisme. Ils sont aussi remarquables par les missions et rôles curieux que leur ont assignés les hommes[1].

Les arbres à clous se distinguent des arbres à loques, couverts de linges ou de pièces de tissus et des arbres sacrés qui sont sacralisés par une bénédiction et/ou un objet de dévotion (et associé à une chapelle ou une fontaine guérisseuse)[2].

Les arbres les plus fréquemment utilisés pour ces rituels de cloutage sont les tilleuls et les chênes, réputés pour leur grande longévité. Sur certains troncs, on peut compter jusqu’à 70 000 clous[3], il arrive que ces arbres à clous soient frappés par la foudre en raison de la grande quantité de métal qu'ils contiennent[4].

Il s'agit d'une pratique traditionnelle relevant du symbolique et expressif[2]. On fait appel à eux en dernier recours, que ce soit pour obtenir une guérison ou pour toute autre demande[4].

L'arbre, par contact, ingestion ou inhalation, devient complice et/ou victime de l'homme. Avant d’être enfoncé dans l’écorce, le clou neuf doit être frotter sur la zone malade (furoncle, abcès dentaire, etc.) avant de le planter dans le tronc d'un arbre. Cette pratique s'appliquait également aux furoncles, communément appelés "clous" en français régional et en wallon. Ce rituel reposait sur le principe du transfert : en enfonçant le clou dans l'arbre, le mal était symboliquement transmis à celui-ci, libérant ainsi la personne souffrante[2]. Ces arbres sont perçus comme des intermédiaires capables d’intercéder auprès de forces supérieures pour soulager les souffrances et favoriser la guérison des malades. Grâce à leurs racines profondément ancrées dans la terre, ils seraient également dotés du pouvoir symbolique de renvoyer le mal vers les enfers[3].

Le clou, en fer est associé à un pouvoir maléfique. Le fer serait capable d’absorber les énergies négatives, d’attirer le mal et de le transférer à l’arbre, qui, grâce à sa force vitale, neutraliserait cet effet. La douleur est supposée diminuer à mesure que le clou pénètre dans le tronc de l’arbre[3].

Liens avec le christianisme

Cette pratique, d'origine païenne, a été partiellement acceptée par le christianisme. Dès l'époque de l'évangélisation, l'autorité religieuse tente de désacraliser ces pratiques, soit en détruisant les arbres votifs, soit en les intégrant dans un cadre religieux. Ainsi, une chapelle est construite ou une niche est creusée dans l'arbre auxquels ils ont ajouté une statue de la Vierge ou d'un saint[5]. L'oratoire ou l'édifice religieux, en étant un lieu permanent de prière, vise à orienter définitivement l'attention vers le saint représenté[4].

Yves Bastin mentionne : "la proximité d’arbres cloués et de chapelles semble due à la superposition de croyances en un point donné plutôt qu’à la récupération par le clergé de coutumes religieuses païennes. Le clouage à des fins médicales n’est pas une pratique chrétienne qui aurait directement succédé à un culte païen"[6].

Localisation de quelques arbres à clous

Belgique

En 2003, ont été recensés 33 arbres à clous en province de Liège, 8 en province de Hainaut, 7 en province de Namur, 4 en province de Luxembourg, 4 en province de Brabant et 3 en Flandre. Parmi la soixantaine d’arbres recensés, seuls trois portaient des clous récents, suggérant que la pratique rituelle du clouage est presque abandonnée[7].

Province de Hainaut

Province de Liège

Le tilleul clouté du Coftice à José (Battice) au début du XXe siècle.

Province du Limbourg

Province du Luxembourg

Province de Namur

Arbre à clous de Han-sur-Lesse.

France

Ain

Tilleul à clous de la place Saint-Quiriace à Provins.

Île-de-France

  • Provins : tilleul de la place Saint-Quiriace

Loire-Atlantique

Nièvre

Territoire de Belfort

Lot

Pays-Bas

  • Gemert : un chêne, disparu au Moyen Âge
  • Gieten : arbre disparu
  • Yde : 2 breukenbomen

Autriche

Les coin trees

On peut observer aux Royaume-Uni des "coin trees" où des pièces de monnaies sont martelées sur les arbres en faisant de l'arbre des sortes d'arbres à clous. Cette pratique remonterait au XVIIIe siècle avec des croyances votive similaire aux arbres à clous[15]. On trouve des arbres à pièces ou Wish tree dans certaines régions d'Écosse, du nord de l'Angleterre et du pays de Galles[16].

Galerie

Notes et références

Annexes

Related Articles

Wikiwand AI