Arochokwu
zone de gouvernement local nigériane
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Arochukwu, également appelée Arochuku ou Aro-Okigbo, (en Yoruba Agbègbè Ìjọba Ìbílẹ̀ Arochukwu), est une zone de gouvernement local dans l'État d'Abia au Nigeria. C'est également la troisième plus grande ville de l'État d'Abia, derrière Aba et Umuahia, ainsi qu'un royaume traditionnel, dont le roi porte le titre d'Eze Aro. Connue pour son rôle politique, religieux et commercial, elle est historiquement le centre d’une confédération d’États igbo et akba (en), et abrite le sanctuaire du dieu Chukwu (en), appelé par les Européens le Long Juju (en). Arochukwu joue un rôle majeur dans les guerres interethniques, le commerce régional et la traite atlantique jusqu’à la conquête britannique au début du XXe siècle.
| Arochukwu Agbègbè Ìjọba Ìbílẹ̀ Arochukwu | |
| Administration | |
|---|---|
| Pays | |
| État | État d'Abia |
| Code postal | 442 |
| Démographie | |
| Population | 246 600 hab. (2022[1]) |
| Densité | 587 hab./km2 |
| Géographie | |
| Coordonnées | 5° 23′ 00″ nord, 7° 55′ 00″ est |
| Superficie | 42 040 ha = 420,4 km2 |
| Localisation | |
| modifier |
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Histoire
Origine et formation
Les Ibibio sont les premiers habitants de la région d’Arochukwu, qu’ils occupent vers 300 de notre ère après avoir migré depuis la vallée de la Bénoué. Ils fondent le royaume Ibom (en). À partir du Moyen Âge, des groupes igbo, menés par Agwu Inobia (en), s’installent dans la région. Leur présence entraîne une série de conflits avec les Ibibio qui se terminent sans vainqueur clair[2].
Pour sortir de l’impasse, les Igbo s’allient avec un prêtre Edda (en), Nnachi Ipia (en), ainsi qu’avec le peuple Akpa (en), établi à l’est de la Cross River et conduit par Osim et Akumba (en). Leur victoire permet la fondation du royaume d’Arochukwu entre 1650 et 1700, réunissant les anciens États et dix-neuf nouvelles entités. Le premier roi (eze Aro) est Akuma, puis la royauté passe à Oke Nnachi (en), fils du prêtre Nnachi, dont les descendants conservent jusqu’à aujourd’hui la légitimité dynastique[2].
Essor du royaume
Le royaume d’Arochukwu se structure autour d’un pouvoir monarchique exercé par l’eze Aro, dont la légitimité repose sur l’alliance entre lignées royales et autorité religieuse. Le sanctuaire du dieu Chukwu (en) joue un rôle central : il est à la fois tribunal suprême, instrument de régulation sociale et moyen de domination politique[2].
Ce sanctuaire, désigné par les Européens comme le Long Juju (en), est réputé impartial car situé en périphérie du pays igbo. Ses jugements sont considérés comme définitifs et respectés aussi bien par les communautés igbo que par des souverains des cités-États du delta du Niger. Le sanctuaire est également utilisé comme mécanisme de recrutement d’esclaves, remis aux intermédiaires aro pour la traite atlantique[2].
À partir du XVIIe siècle, Arochukwu se développe en un centre commercial majeur. Les Aro établissent un vaste réseau de marchés et de routes reliant l’Igboland, la Cross River et le delta du Niger. Parmi ces centres, Bende et Uzuakoli rassemblent des commerçants venus de toute la région[2].
Au XIXe siècle, l’influence des Aro éclipse celle des autres pouvoirs religieux voisins, notamment celle de l’eze Nri du royaume de Nri. Par le biais du sanctuaire et du commerce, les Aro imposent leur autorité spirituelle et économique bien au-delà de leur territoire immédiat[2].
Conquête britannique et déclin
Entre 1900 et 1902, l’Empire britannique entreprend la guerre anglo-aro (en) dont l'objectif est de détruire l’influence religieuse et commerciale du sanctuaire de Chukwu et de mettre fin à la traite esclavagiste organisée par les Aro. Les Britanniques découvrent alors que l’autorité d’Arochukwu est davantage religieuse et économique que politique. Néanmoins, la résistance est vive et se solde par de lourdes pertes humaines. La défaite des Aro entraîne la fermeture du sanctuaire, la dissolution de leur confédération et l’intégration d’Arochukwu dans le protectorat du Nigeria du Sud[2].