En 2011, elle publie un livre tiré de ses recherches doctorales : Pricing Beauty: The Making of a Fashion Model. La sociologue Heather Laine Talley note que si Pricing Beauty ne traite pas que de « la façon dont les acteurs de la mode créent une valorisation esthétique », mais également de « l'organisation des marchés, le processus de production culturelle et la reproduction des inégalités[10]. » Mears souligne que la plupart des mannequins agissent à l'encontre de leurs intérêts économiques à court terme en acceptant des emplois peu rémunérés qui, espèrent-elles, pourront leur donner accès à plus de reconnaissance et à des emplois plus prestigieux. En fait, très peu de mannequins parviennent à atteindre une telle reconnaissance, et les autres sont peu à peu considérées comme trop vieilles pour prétendre au succès dans le mannequinat. Elles se retirent alors de cette industrie — en étant parfois auprès de leurs agences — ou passent au mannequinat commercial, plus lucratif mais moins prestigieux[11].
Dans Pricing Beauty, Ashley Mears montre que les normes de beauté spécifiques à l'industrie du mannequinat constituent un obstacle au succès de certains mannequins, non seulement en valorisant les « taille zéro », mais aussi en préférant les femmes blanches aux autres femmes — y compris dans la catégorie « taille zéro »[12]. Ainsi, et comme à d'autres modèles issus de minorités « ethniques », il a été spécifiquement conseillé à Ashley Mears de ne pas mentionner son ascendance coréenne lors des castings[13]. L'autrice en conclut que les acteurs de la mode ne font pas qu'appliquer des normes sociales préexistantes, mais qu'ils produisent aussi de manière active des idéaux qui reflètent des « hiérarchies de valeurs sexuées et racialisées attachées à la beauté »[14]. Publishers Weekly salue le livre comme « une étude bien documentée, bien écrite et approfondie de cette industrie »[15].
Ashley Mears écrit également pour le New York Times à propos de ses recherches après Pricing Beauty, y compris ses recherches ethnographiques sur les femmes qui sont recrutées par des « promoteurs » pour assister à des soirées VIP et à des événements dans des boîtes de nuit[16]. Cette recherche a servi de base à la publication en 2020 d'un livre, traduit en français en 2023 : Very Important People, consacré à « la manière dont la beauté féminine est continuellement exploitée dans le business du clubbing. » Ashley Mears y analyse la jet set comme « un monde complexe d'échange et d'exploitation » dans lequel les propriétaires de boîtes de nuit, les promoteurs et les femmes perçues comme attirantes négocient leurs relations et leurs statuts dans un monde social de « hiérarchies genrées et racialisées[14]. » Ashley Mears montre que les hommes, en particulier les promoteurs, jouent un rôle important pour déterminer la valeur de la beauté des femmes dans l'univers festif de la jet-set, mais que les femmes sont également des participantes volontaires qui cherchent à réaliser leurs propres aspirations[17].
En plus de ses propres travaux, Ashley Mears est régulièrement interrogée par la presse sur des questions liées à la culture, aux marchés ou au travail, par exemple sur le fait que de nombreux mannequins viennent d'une même région des États-Unis[18], sur la façon dont des scandales publics peuvent affecter hôtels et boîtes de nuit[19], sur le mannequinat comme étant une servitude sous contrat[20], sur les « sexbots »[21], ou encore le travail émotionnel des femmes sur le lieu de travail[22].