Astarté

déesse connue dans tout le Proche-Orient, de l'âge du bronze à l'Antiquité From Wikipedia, the free encyclopedia

Astarté (du grec Ἀστάρτη / Astártē, dérivé du phénicien ‘Aštart) est une déesse majeure du Proche-Orient ancien, vénérée dans plusieurs régions, notamment en Syrie (Ougarit) et en Phénicie. Elle est l'équivalent quasi identique de la déesse mésopotamienne Ishtar et présente les mêmes fonctions majeures qu'elle : c'est une incarnation de la planète Vénus, une déesse de l'amour et de la sexualité, des activités guerrières, une figure souveraine protégeant les monarques. Son culte a connu une grande diffusion, notamment à la suite de l'expansion phénicienne en Méditerranée. Astarté se retrouve ainsi en Égypte, à Chypre, dans la mer Égée, à Carthage, en Sicile, en Sardaigne, en Espagne. Évoquée de manière négative dans la Bible hébraïque, elle a servi de base au démon Astaroth (ce nom est d'ailleurs le pluriel d'Astarté en hébreu).

Faits en bref Divinité du Proche-Orient ancien (Syrie, Levant)., Caractéristiques ...
Astarté
Divinité du Proche-Orient ancien (Syrie, Levant).
Image illustrative de l’article Astarté
Caractéristiques
Parèdre Baal, Melqart, Eshmoun.
Région de culte Ougarit, Canaan, Phénicie, Carthage, Égypte antique
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Traits généraux

Astarté est l'une des principales déesses des panthéons du Levant dans l'Antiquité. Elle se présente selon les cultures sous différentes variantes de son nom : ‘Aṯtart(u) à Ougarit, ‘Aštareth ou ‘Aštoreth dans l'Israël antique, ‘Aštart chez les Phéniciens, Astártē chez les Grecs, nom par lequel elle est connue dans les langues européennes modernes[1].

Son nom a une origine obscure. Il semble être la forme féminine du nom masculin de la planète Vénus, ‘Aṯtar l'étoile du matin, qui semble aussi avoir désigné un dieu[2],[1].

Elle présente de fortes similitudes avec la déesse mésopotamienne Ishtar (Inan(n)a en sumérien), qui se retrouvent jusque dans leur nom. Cela trahit probablement une origine commune, même si la nature exacte de leurs liens est inconnue[3]. Dans les textes de la Syrie intérieure de l'âge du bronze, provenant d'Ebla (XXIVe siècle av. J.-C.), de Mari (XVIIIe siècle av. J.-C.) et d'Emar (XIIIe siècle av. J.-C.), il est d'ailleurs impossible de distinguer s'il s'agit de l'une ou de l'autre, en raison de la similitude de leur nom[2].

Astarté est une déesse aux attributs multiples, similaires à ceux d'Ishtar :

  • Comme l'origine probable de son nom l'indique, c'est une divinité astrale et céleste associée à la planète Vénus. C'est peut-être plus précisément Vénus en tant qu'étoile du soir, si elle est bien la contrepartie du dieu ‘Aṯtar représentant l'étoile du matin. Cela semble confirmé par les sources grecques la concernant[2],[1].
  • C'est une déesse qui préside à l'amour et à la sexualité, voire de la fécondité[4],[1].
  • C'est une déesse guerrière qui patronne les activités militaires, qui peut être représentée armée et chevauchant, et également de la chasse[4],[1].
  • C'est une protectrice des rois, qui participe à leur élection et leur légitimité[3].
  • Elle est également associée à la mort et au deuil, au moins en contexte phénicien[3].

Ses animaux sacrés sont le lion et la colombe[1]. Il est souvent tenté de relier à son culte les figurines de femmes nues mises au jour sur les sites phéniciens et puniques, en raison de son rôle de déesse de la sexualité, mais cela est hypothétique[5].

Les cultes d'Astarté connaissant une grande diffusion autour de la Méditerranée en lien avec l'expansion phénicienne, elle en vient à être assimilée à différentes déesses locales. Celles-ci se font suivant des modalités variables selon les contextes, les attributs larges et variés d'Astarté permettant différents types de configurations. Elle est certes souvent assimilée à Aphrodite/Vénus, mais elle est aussi dans d'autres cas rapprochée d'Héra/Junon, ou encore Europe et Cybèle, les divinités astrales Séléné et Astéria, aussi aux égyptiennes Isis et Hathor. À l'époque romaine apparaît à Tyr une déesse appelée Astronoé, qui est une variante d'Astarté sous son aspect astral. Astarté pourrait aussi être assimilée aux époques tardives à la déesse syrienne Atargatis[4],[6],[7].

Par culture

Ougarit

La déesse apparaît dans la documentation écrite de la cité syrienne d'Ougarit, datée majoritairement du XIIIe siècle av. J.-C., sous le nom ‘Aṯtart(u). Elle est certes évoquée dans la mythologie, qui la rapproche du dieu souverain local Baal (Hadad) et aussi de la déesse Anat. Les deux déesses résident sur le mont Ibbub, et sont présentées comme des modèles de beauté. Mais Astarté est plus attestée dans les textes rituels, qui reflètent sa grande popularité auprès de la population. Elle reçoit des cultes sous des aspects définis par une épithète, comme Astarté de la steppe (‘Aṯtart Šadi)[2],[8].

Cités phéniciennes et puniques

Bas-relief sur stèle représentant le roi Yehawmilk de Byblos (à droite) rendant hommage à la déesse de la cité, Astarté la « Dame de Byblos » (à gauche). Vers Musée du Louvre.

Astarté est probablement la déesse la plus vénérée de la Phénicie de l'âge du fer et encore à l'époque gréco-romaine, comme le documentent les écrits de Philon de Byblos et de Lucien de Samosate. Elle est la déesse principale des cités de Sidon et de Tyr, et aussi de celle de Byblos sous le nom de « Dame de Byblos » (Baalat Gubal)[2],[3]. Elle est systématiquement associée à un « Baal » local, avec lequel elle forme le couple dominant le panthéon, modèle et protecteur de la royauté. Le roi Yehawmilk de Byblos a laissé une dédicace en son honneur sur une stèle, où la déesse est représentée à la manière égyptienne, sur un trône, face au roi en posture de dévotion. À Tyr, où elle est la parèdre du dieu Melqart, son aspect royal ressort dans les malédictions du traité entre le roi local Baal et Assarhaddon d'Assyrie, où elle menace de ravager sur son char les terres de celui qui enfreindrait l'accord. À Sidon, où elle est la parèdre d'Eshmoun, les rois signalent leur lien avec la déesse par le port du titre de « prêtre d'Astarté ». L'importance de son culte dans la cité est encore relatée par Lucien au IIe siècle de notre ère[9],[10],[11].

Statue en calcaire d'Astarté/Aphrodite, Idalion (Chypre), Ve siècle av. J.-C., Neues Museum de Berlin.

Avec l'expansion phénicienne autour de la Méditerranée, son culte s'implante dans plusieurs régions. Chypre d'abord : elle dispose d'un lieu de culte à Kition dès le IXe siècle av. J.-C., où elle semble assimilée à une grande déesse chypriote Kypris (aussi assimilée à Aphrodite), et est également vénérée avec d'importants égards à Lapethos, à Paphos, à Amathonte et probablement en bien d'autres lieux. Au gré de l'expansion phénicienne, Astarté voit son culte s'implanter dans de nouveaux lieux, où elle est souvent associée aux déesses majeures locales, quitte à prendre de nouveaux aspects, notamment marins dans le monde grec. Des inscriptions permettent de retrouver son culte à Carthage, à Malte (Gozo), en Sicile (Eryx en pays élime), en Sardaigne (Cagliari), en pays étrusque (Pyrgi), et une statuette en bronze inscrite la représentant a été mise au jour en Espagne à El Carambolo (culture de Tartessos). Dans ces contextes, elle est plutôt associée au dieu Melqart[4],[12],[13].

Égypte antique

Le culte d'Astarté s'implante en Égypte durant le Nouvel Empire et reste présent par la suite. Elle est en particulier décrite et représentée visuellement sous ses aspects guerriers, avec les chars et les chevaux de guerre, aussi une protectrice des rois. Astarté est souvent invoquée en tandem avec Anat, qui est comme elle vue comme l'épouse du dieu Baal, assimilé à Seth. Dans un mythe fragmentaire d'inspiration levantine rapporté par le Papyrus d'Astarté, elle est présentée comme la fille de Ptah et fait partie des divinités desquelles le dieu incarnant la Mer, Yam, exige un tribut. Aux IIe – Ier siècle av. J.-C., elle dispose d'un lieu de culte dans le port de Memphis[12],[11].

Bible hébraïque

Astarté (‘Aštareth) est évoquée à neuf reprises dans des textes de la Bible hébraïque (l'Ancien Testament des Chrétiens), dans une veine polémique, comme les autres divinités issues du fonds « cananéen » (Baal, Ashérah) dont le culte est rejeté par les auteurs bibliques qui professent le culte du seul dieu Yahvé. Les textes bibliques évoquent à plusieurs reprises les Astartés au pluriel (‘Aštaroth, à l'origine du démon Astaroth de la tradition chrétienne), qui, avec les Baals au pluriel, représentent de manière générique les divinités honnies mais malgré tout vénérées par des Israélites. Un passage du premier Livre des Rois (11, 33) relate ainsi comment le roi Salomon, durant ses vieux jours et sous l'influence de ses concubines étrangères, pour rendre un culte à « Astarté la déesse des Sidoniens »[14],[15]. Astarté correspond sans doute aussi à la « Reine du Ciel » évoquée dans le livre de Jérémie, à laquelle les femmes judéennes vouent un culte (certains spécialistes préfèrent l'identifier à Ashérah)[16].

Réceptions modernes

Dans Zadig ou la destinée, de Voltaire, Astarté est une femme, ancienne reine de Babylone réduite à l'esclavage, qui retrouve son premier et seul amour : Zadig.

Dans les Lettres persanes de Montesquieu, au sein d'un apologue sous la forme d'un récit enchâssé (lettre 67, d'Ibben à Usbek) elle apparaît comme la sœur et l'amante du Guèbre Asphéridon, convertie de force à l'Islam, mariée à un eunuque, elle s'échappe avec l'aide de son frère et après maintes péripéties, ils se retrouvent à Smyrne où ils coulent une vie maritale heureuse.

Dans Les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs, Bilitis invoque Astarté en la portant aux nues, dans l'Hymne à Astarté.

Dans Soleil et Chair d'Arthur Rimbaud, Astarté est citée comme immortelle Déesse.

Dans L'Homme qui rit de Victor Hugo, l'auteur décrit la duchesse Josiane comme étant « une Astarté possible dans une Diane réelle » (deuxième partie, premier livre, troisième chapitre).

Astarté est le sous-titre de Monsieur de Phocas de Jean Lorrain, elle incarne le regard introuvable qui meut le protagoniste.

Astarté est l'une des 1 038 femmes dont le nom figure sur le socle de l'œuvre contemporaine The Dinner Party de Judy Chicago. Elle y est associée à la déesse Ishtar, troisième convive de l'aile I de la table[17].

Une rue de Carthage porte son nom[18].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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