Monsieur de Phocas

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PaysDrapeau de la France France
GenreRoman
Monsieur de Phocas
Image illustrative de l’article Monsieur de Phocas
Couverture illustrée par Géo Dupuis,
Librairie Paul Ollendorff, 1908.

Auteur Jean Lorrain
Pays Drapeau de la France France
Genre Roman
Éditeur Paul Ollendorff
Date de parution 1901
Nombre de pages 410

Monsieur de Phocas (sous-titré Astarté) est un roman de Jean Lorrain, écrivain français de la Belle Époque, paru en 1901.

Le roman paraît d'abord en feuilleton dans Le Journal du au . Il est publié en 1901 chez Paul Ollendorff et porte une dédicace à l’écrivain et critique d’art Paul Adam : « Mon cher Paul Adam, Voulez-vous me permettre de dédier, autant à l’auteur de la Force et du Mystère des Foules qu’à l’ami sûr et à l’artiste rare, l’évocation de ces misères et de ces tristesses, en témoignage de mon admiration et de ma sympathie grandes pour le caractère de l’homme et la probité de l’écrivain. Jean Lorrain. Cannes, 1er mai 1901 ».

Résumé

Héros du roman, le duc Jean de Fréneuse, héritier d’une lignée finissante d’aristocrates, éthéromane et pervers blasé, se présente au narrateur sous le nom de M. de Phocas (un nom emprunté à un empereur byzantin) pour lui confier son journal intime, dans lequel il a consigné les dégoûts et les vices que lui inspire son époque.

Ce sont ces pages que le narrateur propose et qui constituent la quasi-totalité du roman : « je les transcris telles quelles, dans le désordre incohérent des dates, mais en en supprimant, néanmoins, quelques-unes d’une écriture trop hardie pour pouvoir être imprimées »[1].

On y découvre l’obsession du duc de Fréneuse pour une « certaine transparence glauque », obsession autour de laquelle le texte se construit. Il y raconte sa vie d'esthète éthéromane, qui « souffre depuis des années d'une chose bleue et verte ». Le duc traque cette lueur verte - d'abord décelée dans les yeux de l’Antinoüs du Louvre - dans l’éclat des pierres précieuses, dans les yeux des portraits, des statues, des masques de cire et des individus. Cette quête, à travers laquelle les vices, les névroses et les visions de Fréneuse sont révélées, l’amène à rencontrer Claudius Ethal, qui lui propose de le guérir de son obsession dévorante. Ce personnage maléfique le poussera au contraire jusqu’aux derniers degrés de la perversion, avant que Fréneuse ne se délivre de son emprise en le tuant.

Sur les conseils de sir Thomas Welcôme, le duc abandonne son passé à son journal et — renaissant sous un nouveau nom s’enfuit pour l’Égypte afin d'y entamer une vie nouvelle.

Cependant l’intrigue reste secondaire : y dominent l’imaginaire, l’onirisme et les fantasmes du duc de Fréneuse, digne représentant d’un monde finissant[2]. La suite du manuscrit, pourtant promise au narrateur dans le premier chapitre n'arrivera jamais, et le roman prend fin sur l'annonce de ce voyage.

Il s'agit de l'une des œuvres majeures de la littérature dite « décadente ». Monsieur de Phocas est à rattacher à deux autres œuvres de Lorrain, mettant en scène elles aussi la décrépitude morale d’aristocrates « fin de race » : Monsieur de Bougrelon, et Les Noronsoff, qui semblent constituer des projections paroxystiques[3] de l’auteur.

Influences

Monsieur de Phocas est un roman à clé, faisant écho aux pratiques littéraires et artistiques de son temps. On y devine les figures de l’époque, comme autant de célébrités fantomatiques et déguisées. Les deux personnages principaux du roman, le duc de Fréneuse et le peintre Claudius Ethal, sont inspirés par des célébrités de l’époque : Robert de Montesquiou de qui Lorrain reprend les tics et les vices pour créer le duc de Fréneuse ; Whistler, qui partage avec Ethal le goût du théâtral et les frasques vestimentaires, et Oscar Wilde dont il tient la dimension de l’horreur[4].

On retrouve aussi le joaillier Lalique, pour lequel Lorrain avait une admiration profonde[5] en Barruchini, l’orfèvre sur lequel le narrateur a écrit les pages qui ont conduit Fréneuse à lui confier son manuscrit ; mais aussi Sarah Bernhardt, et d’autres figures du siècle finissant, dissimulées dans les portraits monstrueux et caricaturaux de la société entourant Fréneuse.

L’ouvrage se présente comme une véritable marqueterie littéraire, se dissimulant derrière les mots et les images des autres[6]. Les premiers mots du duc de Fréneuse sont à ce titre empruntés à d’autres : « C’était d’abord sur le premier feuillet cette citation tronquée de Swinburne, […] Et puis ces quatre vers de Musset tirés d’A quoi rêvent les jeunes filles »[1].

Le texte est émaillé de citations et d’emprunts, allant souvent jusqu’au plagiat[7], les allusions à des œuvres extérieures sont multiples, pas toujours explicites, appartenant à la peinture, à la sculpture ou à l’art littéraire.

Le roman, publié quinze ans après A rebours de Huysmans est marqué par son influence. En témoigne la figure de Fréneuse, aristocrate décadent, dandy, dont la quête esthétique l’amène à se couper du monde. Son admiration pour Gustave Moreau le rapproche de des Esseintes « Gustave Moreau, l’âme de peintre et de penseur qui m’a toujours le plus troublé ! »[1], de même que la présence récurrente de la figure de Salomé : « les Salomés dansant devant Hérode, leurs chevilles cerclées de sardoines, et le geste hiératique de leur bras droit tendu »[1] .

Y résonnent les mots des autres : allusion à Rachilde et à son roman Les hors-nature, mœurs contemporaines[8], 1897  : « Tous et toutes sentent en moi un être hors nature »[9] p. 154 ; à Mirbeau dont il emprunte le titre Le Jardin des supplices[10], pour sa formule qu’il attribue à Fréneuse : « Les mornes trahisons des regards et des bouches / Sommeillent dans la nuit de vos pétales lourds / Turgides floraisons d’un jardin de supplices »[11]; à Nodier encore, et son roman Smarra ou les démons de la nuit[12], nommant un chapitre du roman Smara. C’est un réseau complexe de références qui enveloppe Monsieur de Phocas. Le roman adopte les thèmes de l’époque, en reprend les tics, jusqu’à dissimulation de l’authentique.

L’imaginaire des contes fantastiques est très présent dans le roman, et c’est d’ailleurs à « un personnage de conte d’Hoffmann ! » qu’est dès les premières pages assimilé Fréneuse. L’étrange, le double, l’inquiétude allant jusqu’à l’effroi : le vocabulaire fantastique inonde le roman.

Enfin, la dette baudelairienne est assumée par Lorrain autant qu’il en pervertit les thèmes et le vocabulaire, dans une optique de dégradation de l’idéal[13]. Claudius Ethal est cet « anglais spleenétique » que Fréneuse tue pour se libérer de son influence. L’image de la fleur abonde, mais c’est une fleur « vénéneuse », une fleur en décrépitude, abîmée par l’époque, (« L’homme aux mains baguées continuait de baver sur les lis ») dont il faut se détacher[14].

Style

Notes et références

Voir aussi

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