Askia Daoud

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Askia Daoud (ou Dāwūd) est le souverain de l'Empire songhaï de 1549 à 1582. Son règne voit l'empire atteindre un sommet de paix et de prospérité après une série de conflits de succession et de règnes courts.

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Askia Daoud
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Biographie

Contexte et ascension au pouvoir

Askia Daoud est l'un des nombreux fils d'Askia Mohammed, le premier dirigeant de la dynastie Askia. Sous son règne, l'économie songhaï prospère et une société profondément islamisée se développe, le gouvernement promouvant le commerce, l'éducation et l'alphabétisation. Daoud et ses frères reçoivent une bonne éducation islamique[1]. À partir de la déposition de son père en 1528, l'Empire songhaï est toutefois secoué par une série de conflits de succession jusqu'à ce que son frère Askia Ishaq Ier soit pacifiquement élu empereur en 1539. Daoud est alors nommé kurmina-fari (en), un poste très puissant à la tête de la moitié occidentale de l'empire. Alors qu'Askia Ishaq Ier est sur son lit de mort en 1549, ses proches alliés convoquent Daoud depuis Tindirma afin d'assurer sa présence à Gao au moment de la succession. Il n'y a qu'un seul autre prétendant, qui aurait été tué par l'intercession d'un sorcier musulman[1].

Règne

Politique intérieure

Le contexte particulier de la nomination d'Askia Daoud conduit à l'émergence d'une forme de prophétie restauratrice selon laquelle il surpasserait les précédents Askia depuis son père. Après son investiture, il nomme immédiatement ses fils à des postes de pouvoir dans l'empire, mettant de côté ses demi-frères, fils d'Askia Mohammed[2]. Après avoir garanti un poste à chacun de ses héritiers, il tend la main à ses opposants et leur garantit qu'il ne les punira pas  à l'exception du plus farouche d'entre eux, qu'il fait tuer et remplacer[3].

La stabilité, la sécurité et la religion sont parmi les principales préoccupations des Askia. Daoud use de mariages stratégiques pour promouvoir la loyauté et l'unité, à la fois politique et religieuse, de la part de ses vassaux, des chefs religieux et des marchands[4]. Il établit des centres du trésor public dans les provinces ainsi que des bibliothèques publiques pour promouvoir l'alphabétisation et l'éducation islamique[2]. Il rénove également de nombreuses mosquées, notamment les trois mosquées constitutives de l'université de Tombouctou (en)[5].

Campagnes militaires

Daoud continue d'étendre l'empire, mais de manière moins agressive que certains de ses prédécesseurs. Il réorganise l'armée et mène au moins vingt campagnes militaires, la plupart réussies, projetant la puissance songhaï dans toute la région et ramenant d'énormes quantités de butin et d'esclaves à Gao[3]. Il s'agit notamment d'attaques contre les Mossi en 1549 et 1561-62, contre le Borgou en 1558-59 et 1563, et contre l'Empire du Mali en 1550 et 1558[1],[6]. Cette dernière campagne se solde par un mariage entre Daoud et la fille du mansa, tandis que plusieurs artisans maliens rejoignent Gao[7].

Des opérations sont également menées dans les régions montagneuses, notamment dans le Hajar (Bandiagara), pour y affaiblir des groupes restés autonomes depuis les règnes précédents. La résistance locale oblige Daoud à adapter ses stratégies, combinant prudence militaire et opérations ciblées. Des campagnes contre les Touaregs et les groupes arabes dans le Sud impliquent souvent des alliés berbères, intégrés à l'appareil militaire songhaï[8].

Mohammed Bonkana, fils de Daoud, mène avec le huku-kuri-koi (vizir du palais) Yâssî une série de campagnes contre le peuple Dogon de l'escarpement de Bandiagara. Ils y rétablissent ainsi une certaine autorité songhaï, certes limitée, qui s'est affaiblie depuis l'époque d'Askia Mohammed[9].

L'armée songhaï sous Daoud ne réussit toutefois pas à se moderniser par l'adoption d'armes à feu : ses armes de référence demeurent les lances et les flèches[10], employées dans des stratégies de guérilla.

Esclavage institutionnalisé

Sous le règne d'Askia Daoud, l'esclavage atteint une complexité sociale et politique inédite qui ne relève plus uniquement d'une institution économique, mais aussi d'un instrument de légitimation du pouvoir, d'un vecteur de piété religieuse, et du reflet des contradictions profondes du système impérial. Loin d'être homogène, la condition servile s'inscrit dans une gamme étendue de statuts, de fonctions et de pratiques qui défient les définitions traditionnelles de l'esclavage[11].

L'omniprésence et l'importance de l'esclavage dans l'Empire songhaï atteignent de nouveaux sommets sous Askia Daoud. Il possède personnellement des dizaines de plantations gigantesques à travers l'empire, ce qui constitue une expansion significative des systèmes antérieurs similaires. Ceux-ci étaient exploités et gérés par des esclaves. Leurs dirigeants, bien que techniquement toujours propriété des Askia, devenaient souvent eux-mêmes extrêmement riches et influents[12]. Ses réformes militaires accroissent également le contrôle central sur les soldats, les transformant en quasi-esclaves des Askia[13]. Les fonctions des esclaves sont également multiples : soldats, fonctionnaires, intendants de plantations, percepteurs d'impôts, conseillers, chefs militaires ou encore gestionnaires de ressources stratégiques comme les mines de sel de Teghazza. Certains occupent même des postes clés dans l'appareil d'État. Les serviles deviennent une composante essentielle des élites gouvernementales songhaï[14].

Les témoignages coloniaux et les traditions postérieures suggèrent une intégration progressive de certaines populations serviles (les horson) dans les familles songhaï, jusqu'à devenir des membres à part entière, non vendables, comparables à des serfs. Cette hybridation entre esclavage, caste et domesticité renforce l'idée d'un système servile fluide, où l'identité pouvait se transformer selon les circonstances, les générations et les usages politiques[15].

Relations avec le Maroc

En 1556-1557, les troupes de Mohammed ech-Cheikh, le sultan de Marrakech, s'emparent des mines de sel de Teghazza, extrêmement lucratives et d'une importance économique capitale, mais se retirent ensuite[16]. Peu après son accession au trône en 1578, le sultan du Maroc Ahmed al-Mansour exige les recettes fiscales des mines de sel. Askia Daoud répond en envoyant une grande quantité d'or en guise de cadeau[17]. Sa générosité étonne al-Mansour : à la suite de cet échange, les relations entre les deux États s'améliorent pendant un temps, même si le pot-de-vin est perçu comme une faiblesse[18].

Décès et succession

Askia Daoud meurt à Tondibi, dans l'un de ses nombreux domaines, en 1582. Son corps est ramené en aval jusqu'à Gao pour être enterré[18]. Après sa mort, les conflits de succession entre ses fils affaiblissent gravement l'empire[19]. Ceci, ainsi que le manque de modernité de l'armement songhaï, entraîne sa perte en 1591, lorsque l'empire est finalement conquis par les forces marocaines[20].

Personnalité

Daoud est décrit comme un dirigeant éloquent et magnanime, craint et respecté, mais pouvant aussi se révéler farceur[2]. Il est connu pour sa dévotion à l'islam : fin connaisseur de la loi islamique, il connaît également par cœur le Coran et respecte les érudits musulmans de Tombouctou, auxquels il fait des dons généreux. Néanmoins, les croyances préislamiques restent influentes à Gao et dans d'autres régions faiblement islamisées de l'empire[21].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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