Assassinat de Paul Anlauf et Franz Lenck
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L'assassinat de Paul Anlauf et Franz Lenck, dit aussi assassinat de la Bülowplatz, est un crime commis en 1931 à Berlin, sur la Bülowplatz, sous la République de Weimar. Le , Erich Mielke (qui sera plus tard ministre de la sécurité de l'État de la RDA) et son complice Erich Ziemer abattent les policiers Paul Anlauf et Franz Lenck sur la Bülowplatz, pour le compte du Parti communiste allemand (KPD), et blessent gravement un autre policier. Cette action du KPD vise à créer une nouvelle situation politique après l'échec du référendum du 9 août 1931 sur la dissolution du parlement prussien[1].
À Berlin, la lutte politique s'intensifie à l'approche du référendum soutenu par le KPD. Lors de l'évacuation répétée de la Bülowplatz, à proximité immédiate du siège du KPD, le plombier Fritz Auge, 19 ans, est abattu à bout portant par la police lors d'une mêlée le . Selon les déclarations ultérieures des participants au crime, les députés du KPD au Reichstag Hans Kippenberger et Heinz Neumann planifient dans l'arrière-salle d'un bar, avec le chef de l'autoprotection du parti à Berlin-Wedding, Michael Klause (de), l'assassinat de Paul Anlauf, officier de la police de protection prussienne et chef du commissariat no 7. Sur ordre de Kippenberger, Klause trouve deux volontaires, Erich Mielke et Erich Ziemer (de).
L'action prévue est acceptée par Walter Ulbricht[2], futur dirigeant est-allemand, qui est à l'époque directeur politique du district communiste de Berlin-Brandenburg-Lausitz-Grenzmark. Le , Ulbricht avait rabroué les députés Kippenberger et Neumann et appelé à « tirer dans la tête » de la police sous peu[3].
Assassinat

Le soir du , vers 19 ou 20 heures, le capitaine de la Schutzpolizei Paul Anlauf (né le ), le capitaine Franz Lenck (né le ) du Service extérieur des délits (GAD), et le sergent-chef de la police August Willig effectuent une patrouille depuis le poste de police no 7 de la Hankestraße, et, en passant par la Weydingerstraße, marchent en direction de la Maison Karl-Liebknecht, siège du parti communiste. Une fois arrivés, ils rencontrent le sergent-chef de la police Burkert qui leur conseille de faire évacuer la Bülowplatz, car quelque 1 000 personnes sont présentes sur la place et il y règne une atmosphère agressive et chauffée à blanc.
Les trois agents repartent dans la Weydingerstraße en direction de la Hankestraße. Mielke et Ziemer, probablement dissimulés dans une entrée d'immeuble, s'approchent rapidement des agents par derrière. Dans la Weydingerstraße, qui se dirige vers le cinéma Babylon, ils discutent brièvement de leur projet d'action alors qu'ils se trouvent juste derrière les agents. Willig s'en aperçoit et veut sortir son pistolet 08 de son étui. À ce moment, les auteurs tirent au moins six fois[4] sur leurs victimes à une distance d'environ quatre à cinq mètres. Anlauf reçoit une balle dans la tête et meurt sur le coup, Lenck est touché dans le dos, se traîne jusqu'à l'entrée du cinéma Babylon alors qu'il est encore armé, et meurt peu après sur le chemin du poste de secours. Willig, tombé à terre, se relève et vide son chargeur sur des passants non impliqués qui se trouvent à proximité. Il survit avec une balle dans le ventre et une blessure à la main.
Les forces de police devant la Karl-Liebknecht-Haus, prises de panique, croient à une attaque de grande ampleur et tirent au jugé sur les passants qui fuient. Après l'arrivée des renforts, la Bülowplatz est presque déserte, les policiers tirant encore sur de prétendus tireurs embusqués. Les maisons environnantes sont fouillées, tout comme les visiteurs du cinéma Babylon. Mielke et Ziemer ont réussi à s'enfuir.
Auteurs
Les auteurs des coups de feu tirés sur les policiers appartiennent au service d'autoprotection du KPD (Parteiselbstschutz, PSS)[5], un groupe paramilitaire organisé et armé au sein du parti. Ce sont Erich Mielke, futur ministre de la sécurité d'État de la République démocratique allemande, et Erich Ziemer. Tous deux s'enfuient à Moscou, aidés par le parti[5], via Rostock et Leningrad.
L'ordre de tuer a été donné par le député communiste au Reichstag et chef de l'appareil militaire du KPD Hans Kippenberger. Le principal responsable politique est Heinz Neumann, alors numéro deux du KPD après Ernst Thälmann. Michael Klause (de), qui a reçu les instructions, a sollicité les deux volontaires, Mielke et Ziemer, a placé cinq hommes armés comme arrière-garde et plusieurs personnes non armées qui devaient barrer la route aux éventuels poursuivants. Klause n'a pas participé à l'exécution[6].
Jusqu'à aujourd'hui, il n'a pas été totalement établi si un troisième assassin, qui n'aurait finalement pas utilisé son pistolet, a participé à l'exécution de l'acte.
Suites judiciaires sous la République de Weimar
Le , plusieurs maisons sont perquisitionnées sur la Bülowplatz, dont la Maison Karl-Liebknecht, siège du KPD, fermée vers 23 heures et occupée par la police le lendemain à 5 heures du matin. Des vérifications d'identité sont effectuées, un fichier du personnel du KPD et le dernier numéro de la publication Die Rote Fahne sont confisqués.
À l'époque, la police politique prussienne (en) n'identifie comme suspect que Max Thunert, découvert par la police dans un tonneau d'eau de pluie, et qui déclare s'être caché là par peur des tirs de la police. Il n'est pas possible de prouver sa participation au crime.
Suites judiciaires sous le National-socialisme
Après l'arrivée au pouvoir des nationaux-socialistes en 1933, des cas de soi-disant « assassinats rouges » non élucidés sont confiés à la Commission d'homicide de la police criminelle berlinoise dirigée par Ernst Gennat. Les deux armes du crime, que Mielke et Ziemer ont jetées par-dessus une clôture lors de leur fuite en direction de la Volksbühne, ont été retrouvées[7]. Thunert est interrogé une nouvelle fois par Gennat. Il admet alors avoir participé au crime, mais nie avoir tiré lui-même et incrimine lourdement le communiste et membre du service d'autoprotection Max Matern (en) en tant que commanditaire de l'assassinat. Le , le tribunal de grande instance de Berlin émet des mandats d'arrêt contre Mielke et Ziemer.
Après l'arrestation de Klause par les nationaux-socialistes le , celui-ci est brutalisé par les SA et doit témoigner comme témoin principal au procès. Au cours de l'enquête, sont entendus Max Matern, Friedrich Broede (de), Albert Kuntz (en) et Erich Wichert (de). Outre Matern et Broede, Klause est condamné à mort le par la cour d'assises I du tribunal de grande instance de Berlin, présidée par le directeur du tribunal de grande instance Walter Böhmert, pour « meurtre collectif et complicité ». Un recours en grâce auprès d'Adolf Hitler permet de commuer la condamnation à mort de Klause en réclusion à perpétuité. Kuntz et Wichert sont condamnés à des peines de réclusion et de détention de sûreté lors d'un procès ultérieur pour haute trahison. Broede meurt en prison en , Matern est exécuté deux mois plus tard.
Mandat d'arrêt contre Erich Mielke
Le , le tribunal d'instance de Berlin-Mitte lance un mandat d'arrêt contre Erich Mielke (et non contre Erich Ziemer, mort en Espagne en 1937) pour le double meurtre des officiers de police Anlauf et Lenck. À l'instigation du SED, le mandat d'arrêt est suspendu et les autorités d'occupation soviétiques de Berlin-Est retirent le dossier de la procédure. Par contre, à Berlin-Ouest, le mandat d'arrêt contre Mielke reste en vigueur.