Ateu Atsa
sculpteur africain du royaume bangwa, Cameroun
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Ateu Atsa, né vers 1840 et mort vers 1910, est un sculpteur africain du royaume bangwa, un sous-groupe des Bamilékés établi dans les hautes terres de l'ouest de l'actuel Cameroun.
| Naissance |
Vers 1840 |
|---|---|
| Décès |
Vers 1910 |
| Autres noms |
Atsa |
| Activité | |
| Mouvement |
Actif dans la seconde moitié du XIXe siècle, il est l'un des rares artistes africains anciens dont le nom a été conservé. Il est principalement connu pour ses sculptures rituelles et commémoratives bangwa, notamment des figures de rois et de reines utilisées dans les rites royaux.
Biographie et œuvre
Contexte social et rituel
Les sculptures commémoratives des royaumes bangwa occidentaux, dans la région montagneuse du bassin de Fontem, à l'ouest des Grassfields, sont utilisées dans des rites royaux et spirituels. Elles jouent un rôle important lors des funérailles, des successions de souverains et des cérémonies consacrées aux ancêtres royaux[1].
Les chefs importants des communautés bangwa pouvaient commander de leur vivant une sculpture rituelle les représentant. Les reines mères et les princesses royales pouvaient également être représentées. Ces figures étaient placées dans des sanctuaires royaux comme gardiennes symboliques du lien entre les vivants et les esprits des anciens souverains[1].
Les sculpteurs comme Ateu Atsa étaient formés dans des ateliers spécialisés. À la fin de son apprentissage, un jeune sculpteur devait présenter une œuvre au roi ; il n'était reconnu comme sculpteur que si celle-ci était acceptée. Ces artisans produisaient des statues sur commande royale ou lorsque des objets étaient nécessaires pour des événements culturels, tels qu'une intronisation, l'entrée dans une association rituelle, la reconstruction d'une maison de société ou le remplacement d'un objet cultuel endommagé[1].
Certaines sculptures en bois placées au sommet de bâtons rituels appartenaient aux associations secrètes Lefem. Celles-ci réunissaient des nobles chargés de traiter des questions relatives au bien-être du royaume. Les bâtons rituels étaient placés à l'entrée de l'espace sacré de l'association pour signaler aux non-membres que l'accès en était interdit[2].
Œuvres attribuées à Ateu Atsa

En 1898 et 1899, Gustav Conrau, commerçant et collecteur allemand actif dans l'ancienne colonie du Kamerun, acquiert une quarantaine de sculptures bangwa traditionnelles provenant du palais du roi Assunganyi. Ces œuvres sont envoyées à Berlin pour les collections qui précèdent l'actuel musée ethnologique de Berlin[3].
Le nom d'Ateu Atsa est mis en évidence en 1990 par l'ethnographe français Pierre Harter, dans un article consacré aux figures commémoratives royales des Grassfields camerounais. Harter s'appuie sur des notes, des photographies et des témoignages oraux collectés au Cameroun à la fin des années 1960[1].
Une tradition orale rapportée par Harter présente Ateu Atsa comme un sculpteur réputé de Fontem. Selon ce récit, il aurait irrité un roi banyang d'une chefferie voisine en le représentant de manière réaliste, avec une paralysie partielle du visage, plutôt qu'en le figurant sous une forme idéalisée. Cette anecdote contribue à identifier Ateu Atsa comme un artiste individuel et à contextualiser son œuvre[1].
Les œuvres attribuées à Ateu Atsa reposent principalement sur l'analyse stylistique. Harter estime en 1990 que quinze sculptures peuvent lui être attribuées. Il relève notamment des similitudes dans les figures masculines, la posture, les dimensions, les attributs tenus par les personnages, ainsi que l'emploi de motifs particuliers comme des étoffes à sept plis et certains éléments de soutien[1].
En 2002, l'ethnologue Bettina von Lintig propose, à partir de recherches de provenance et d'analyses stylistiques, d'élargir le corpus des œuvres d'Ateu Atsa et de son atelier à vingt-huit pièces[4].
Parmi les sculptures conservées dans des collections publiques, le musée ethnologique de Berlin possède une figure commémorative du chef Fosia, acquise en 1898 et attribuée à Ateu Atsa. Elle est considérée comme l'une des sculptures les mieux conservées et les plus caractéristiques de son style[5].
Le musée du quai Branly - Jacques-Chirac conserve également un bâton de la société Lefem attribué à Ateu Atsa[6]. Le Cleveland Museum of Art possède une figure commémorative lefem attribuée au même artiste, représentant probablement un roi ou un dignitaire important[7]. D'autres œuvres attribuées à l'artiste ou à son atelier sont conservées au Rautenstrauch-Joest-Museum, au Museum Fünf Kontinente de Munich, à la Yale University Art Gallery et à l'Eskenazi Museum of Art de l'université de l'Indiana[8].
Réception
Études des sculptures attribuées à Ateu Atsa
Le cas d'Ateu Atsa est important dans l'histoire de l'art africain, car peu de sculpteurs africains actifs avant le XXe siècle sont connus par leur nom. L'attribution d'œuvres à Ateu Atsa remet en cause l'idée, longtemps répandue dans les musées et le marché de l'art, selon laquelle les arts africains anciens seraient essentiellement anonymes.
Dans son étude de 1990, Pierre Harter décrit le contexte rituel et culturel des sculpteurs bangwa, puis identifie plusieurs caractéristiques stylistiques propres aux œuvres qu'il attribue à Ateu Atsa : figures masculines de dignitaires, paires de figures masculines et féminines, bâtons de la société Lefem, porteuse de coupe et poteaux de véranda provenant d'un palais royal[1].
En 2015, Bettina von Lintig publie une étude consacrée au parcours d'un bâton Lefem provenant de Fontem. Elle y retrace l'histoire de l'objet depuis le Potter Museum au Royaume-Uni jusqu'à son attribution à Ateu Atsa et sa vente ultérieure à un collectionneur privé, en s'appuyant sur des archives de vente et des lettres historiques[9].
Expositions
Depuis les années 1950, des sculptures bangwa, dont certaines attribuées à Ateu Atsa, sont présentées dans des expositions en Europe et aux États-Unis.
L'exposition Eternal Ancestors: The Art of the Central African Reliquary, organisée au Metropolitan Museum of Art de New York de 2007 à 2008, présente notamment la sculpture du roi Fosia conservée à Berlin[10].
L'exposition Heroic Africans: Legendary Leaders, Iconic Sculptures, organisée au Metropolitan Museum of Art de 2011 à 2012, présente également des œuvres liées aux traditions sculpturales royales d'Afrique centrale, dont des sculptures bangwa attribuées à Ateu Atsa ou à son atelier[11].
En 2017, le Cleveland Museum of Art organise l'exposition African Master Carvers: Known and Famous, consacrée à des sculpteurs africains identifiés par leur nom, dont Ateu Atsa[12].
Principales expositions présentant des œuvres d'Ateu Atsa
- The Art of Cameroon, Smithsonian Institution Traveling Exhibition, 1984.
- African Art: Recent Acquisitions, Pace Primitive and Ancient Art, New York, 1986.
- Kings of Africa: Art and Authority in Central Africa, Maastricht, 1992.
- Mains de maîtres – Masterhands : À la découverte des sculpteurs d'Afrique, Bruxelles, 2001.
- Eternal Ancestors: The Art of the Central African Reliquary, Metropolitan Museum of Art, New York, 2007-2008.
- Heroic Africans: Legendary Leaders, Iconic Sculptures, Metropolitan Museum of Art, New York, 2011-2012.
- Helden Afrikas: Ein neuer Blick auf die Kunst, Museum Rietberg, Zurich, 2012.
- African Master Carvers: Known and Famous, Cleveland Museum of Art, 2017.
Demandes de restitution
Les œuvres bangwa collectées à l'époque coloniale font l'objet de débats relatifs à la provenance et à la restitution des biens culturels africains.
Lors d'une conférence consacrée aux recherches de provenance dans les collections issues de contextes coloniaux, Charles A. Taku, arrière-petit-fils du roi Assunganyi et président de l'International Criminal Court Bar Association, évoque des arguments juridiques et moraux en faveur de la restitution du patrimoine bangwa à sa communauté d'origine au Cameroun[13].
La juriste Evelien Campfens analyse également la question du retour d'objets à caractère spirituel acquis pendant la période coloniale. En prenant notamment l'exemple de la « reine bangwa », elle estime que des normes internationales relatives aux droits des peuples autochtones, ainsi que des principes déontologiques muséaux, peuvent fonder des demandes de restitution, sous réserve de décisions des autorités culturelles concernées[14].
Galerie
- Figure commémorative, Cleveland Museum of Art
- Figure commémorative, Rautenstrauch-Joest-Museum, Cologne.
- Bâton rituel avec figure d'ancêtre, musée du quai Branly - Jacques-Chirac, Paris.
- Bâton rituel avec figure d'ancêtre, Yale University Art Gallery.
Notes
- (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Ateu Atsa » (voir la liste des auteurs).