Autorité spirituelle et pouvoir temporel

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Autorité spirituelle et pouvoir temporel est un essai de René Guénon paru en 1929. Il y explique sa vision des relations entre l'autorité spirituelle, représentée par la papauté en Occident, et la politique. Ce livre est publié à la suite des tensions entre l'Action française et l'Église catholique. Guénon prend position pour cette dernière et écrit que toutes les déviations, en particulier celle menant au monde moderne, prennent leur origine dans la révolte des guerriers contre l'autorité spirituelle des prêtres.

PaysDrapeau de la France France
ÉditeurVrin
Faits en bref Auteur, Pays ...
Autorité spirituelle et pouvoir temporel
Auteur René Guénon
Pays Drapeau de la France France
Genre Ésotérisme
Éditeur Vrin
Lieu de parution Paris
Date de parution
ISBN 2-85-707-142-6
Chronologie
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Contenu du livre

Portait de Saint Bernard de Clairvaux dans une lettrine ornant un manuscrit de La Légende dorée, vers 1267-1276. Bernard, interprète comme Guénon le passage des deux glaives dans l'Évangile de Luc, comme subordonnant le pouvoir temporel au pouvoir spirituel[1]. Guénon a écrit un article sur la vie de Saint Bernard qui avait beaucoup d'aspects qui intéressaient Guénon : il fonda de l'ordre du temple, il fut un pur contemplatif plaçant la contemplation au-dessus de la raison et il soutint la primauté de l'autorité pontificale sur celles des rois et des empereurs[DB 1]

Le point d'orgue de la collaboration de Guénon avec les milieux internationalistes de la revue Vers l'Unité fut la publication d'Autorité spirituelle et pouvoir temporel en 1929 chez J. Vrin[RC 1]. Le livre était d'actualité. En effet l'« entente cordiale [QS 1] » entre les néo-thomistes et l'Action française s'était brisée. Déjà, des tensions entre l'universalisme catholique de Maritain et la défense de l'Occident et de la latinité de Massis étaient apparues dès 1924. Ce qui explique, en partie, pourquoi La défense de l'Occident, qui se présentait comme une réponse à Orient et Occident de Guénon, fut publiée trois années plus tard : Maritain avait retardé sa publication[RC 2]. Mais l'agnosticisme affiché par certains leadeurs de l'Action française et surtout de Charles Maurras conduisit à la condamnation de l'Action française par la Papauté en 1926[PC 1]. La tension augmenta, l'Église cherchant à obliger tous les catholiques français à quitter ce mouvement auxquels certains étaient très attachés même dans le haut clergé, pour atteindre son paroxysme au moment de la publication du livre[LE 1]. Malgré ses nombreuses déceptions avec les catholiques, Guénon prit nettement position pour l'Église catholique.

Il écrivit dans ce livre

« 

Au Moyen Âge, il y avait, pour tout l’Occident, une unité réelle, fondée sur des bases d’ordre proprement traditionnel, qui était celle de la « Chrétienté » ; lorsque furent formées ces unités secondaires, d’ordre purement politique, c’est-à-dire temporel et non plus spirituel, que sont les nations, cette grande unité de l’Occident fut irrémédiablement brisée, et l’existence effective de la « Chrétienté » prit fin. Les nations, qui ne sont que les fragments dispersés de l’ancienne « Chrétienté », les fausses unités substituées à l’unité véritable par la volonté de domination du pouvoir temporel, ne pouvaient vivre, par les conditions mêmes de leur constitution, qu’en s’opposant les unes aux autres, en luttant sans cesse entre elles sur tous les terrains ; l’esprit est unité, la matière est multiplicité et division, et plus on s’éloigne de la spiritualité, plus les antagonismes s’accentuent et s’amplifient [...] C’est pourquoi l’idée d’une « société des nations » ne peut être qu’une utopie sans portée réelle ; la forme nationale répugne essentiellement à la connaissance d’une unité quelconque supérieure à la sienne propre ; d’ailleurs, dans les conceptions qui se font jour actuellement, il ne s’agirait évidemment que d’une unité d’ordre exclusivement temporel, donc d’autant plus inefficace, et qui ne pourrait jamais être qu’une parodie de la véritable unité [ASPT 1].

 »

D'après Guénon, les doctrines hindoues prétendent qu'à l'origine de l'humanité il n'y avait qu'une caste (Hamsa [EH 1] représentant aussi le cygne[SSS 1])[LS 1]. Les différentes castes apparurent avec la descente du cycle: tout en haut les Brahmanes (le clergé), puis les Kshatriyas (les guerriers ou la noblesse), en dessous les Vaishyas (les artisans, les commerçants: le tiers état ou la bourgeoisie en Occident), enfin les Shudras c'est-à-dire le peuple[LE 2]. Guénon appliqua cette structure aux différentes cultures et établit un parallèle avec la société médiévale européenne[DB 2]. Pour lui, dans une civilisation «normale», tout tourne autour des membres du clergé qui assurent le lien avec le monde supra-humain et la transmission de l'influence spirituelle[DB 3]. Les autres ne sont là que pour rendre leur fonction sacerdotale possible[LE 1],[DB 3],[ASPT 2]. D'après lui, toutes les déviations, en particulier celle menant au monde moderne, prennent leur origine dans la révolte des Kshatriyas contre l'autorité spirituelle des prêtres[LS 2]: il y voit une « clef essentielle à la compréhension de l'histoire [DB 2] ».

Double couronnement de Philippe VI de Valois et de Jeanne de Bourgogne à Reims, en 1328. Dans l'Europe médiévale, d'après Guénon, les rois ne tenaient leur pouvoir que par délégation, à travers le sacre[LS 3].

Dans l'Europe médiévale, d'après Guénon, les rois ne tenaient leur pouvoir que par délégation, à travers le sacre[LS 3]. En Occident, le début du monde moderne commença au début du XIVe siècle lorsque Philippe le Bel contesta l'autorité de Boniface VIII et sa doctrine des deux glaives[DB 2]. Il détruisit l'ordre du temple qui assurait, d'après Guénon, la transmission initiatique de la connaissance[DB 4],[LE 2]. Ici, Guénon fait porter toute la responsabilité sur le Roi qui aurait imposé cette destruction au nouveau Pape, Clément V[ASPT 1]. Le renversement de la hiérarchie fut renforcé par des rois « centralisateurs » tels que Louis XI et Louis XIV qui s'entourèrent de membres de la bourgeoisie pour gouverner et pour affaiblir le système féodal[LS 4]. En se révoltant contre l'autorité spirituelle, la classe guerrière perd toute légitimité, d'après lui, car toute légitimité ne peut avoir qu'une source spirituelle[ASPT 3]: en voie de conséquence, le pouvoir des rois ne pouvait qu'être progressivement remis en cause par les classes plus basses. Ce qui conduisit inévitablement au renversement de la noblesse par la bourgeoisie lors de la Révolution française conduisant à un monde dominé par l'économie et les sentiments nationaux[DB 5]. À son tour, la bourgeoisie se voit contestée par la classe en dessous ce qui correspond à l'arrivée du communisme et la négation pure et simple de l'autorité spirituelle[DB 5]. Guénon déclara que le communisme ne peut avoir qu'une durée de vie très courte[ASPT 1],[LE 3]. Guénon conclut de la façon suivante:

« 

tant qu’il subsistera une autorité spirituelle régulièrement constituée, fût-elle méconnue de presque tout le monde et même de ses propres représentants, fût-elle réduite à n’être plus que l’ombre d’elle-même, cette autorité aura toujours la meilleure part, et cette part ne saurait lui être enlevée, parce qu’il y a en elle quelque chose de plus haut que les possibilités purement humaines, parce que, même affaiblie ou endormie, elle incarne encore « la seule chose nécessaire », la seule qui ne passe point. « Patiens quia œterna », dit-on parfois de l’autorité spirituelle, et très justement, non pas, certes, qu’aucune des formes extérieures qu’elle peut revêtir soit éternelle, car toute forme n’est que contingente et transitoire, mais parce que, en elle-même, dans sa véritable essence, elle participe de l’éternité et de l’immutabilité des principes ; et c’est pourquoi, dans tous les conflits qui mettent le pouvoir temporel aux prises avec l’autorité spirituelle, on peut être assuré que, quelles que puissent être les apparences, c’est toujours celle-ci qui aura le dernier mot[ASPT 4].

 »

David Bisson écrivit en guise d'analyse de ce livre que « le point de vue adopté se situe exclusivement du côté des Brahmanes [...] Il en résulte un déni certain de la chose politique, comprise comme l'art de guider la vie humaine sur le plan temporel, au profit d'une métaphysique du politique. En effet, la politique n'a de sens qu'au regard des principes qui la fondent [DB 3] ». Il ajouta que l'inversion des castes de Guénon rappelle la lutte des classes et se présente, par certains aspects, « comme le paradigme inversé de l'historiographie marxiste [DB 5] ». Un parallèle systématique entre Karl Marx et Guénon a été formulé par René Alleau car les deux hommes, par « des logiques radicalement opposées », se croisent sur de nombreux points: dénonciation de la fabrication de l'opinion par les classes dirigeantes, aliénation des hommes par le travail, l'argent et la morale[DB 6]. Mais Marx prend la défense des classes inférieures et Guénon celle des peuples colonisés[DB 6]. Réné Alleau écrivit: « à travers eux, deux grandes voix peuvent être entendues : celle d'un prolétariat encore opprimé [...]; celle d'un Tiers-Monde culturellement dévasté et économiquement asservi par la société industrielle moderne [DB 7] ».

En ce qui concerne le contexte de l'époque, la conclusion était claire : l'Action française, en refusant de se soumettre à la Papauté, prouvait qu'elle n'avait aucune conscience des rapports hiérarchiques normaux dans une civilisation traditionnelle telle que l'entendait Guénon. Ce dernier attaquait, en fait, de façon plus générale les courants « traditionalistes », point qu'il allait approfondir dans Le Règne de la quantité et les signes des temps. Les traditionalistes sont ceux qui se réclament du passé sans une base doctrinale sérieuse. En particulier, ils méconnaissent les rapports hiérarchiques « normaux » entre la religion et la politique, d’une part, et l'ésotérisme et la religion, d’autre part[PC 2]. L'ouvrage ne réconcilia pas les catholiques avec Guénon et le brouilla définitivement avec les membres de l'Action française, même avec Léon Daudet bien que ce dernier ne critiquât jamais publiquement Guénon[RC 3]. D'autre part, la présentation « idéalisée » du Moyen Âge fut critiquée par les historiens: même avant Philippe le Bel, les rois de France prétendaient parfois ne tenir leur pouvoir que d'eux et de Dieu directement, les empereurs avaient contesté sans arrêt la primauté du Pape (la lutte du sacerdoce et de l'Empire), Philippe le Bel avait été aussi un roi très chrétien et Dante un gibelin[LS 5],[DB 4],[LE 3].

Bibliographie

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