Avaz
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L'avaz (en persan آواز) désigne le chant persan qui met en voix la poésie classique, en rythme libre, en s'appuyant sur le répertoire traditionnel, mais en faisant une place à l'improvisation.
En son sens le plus général, issu d'un mot qui signifie « voix », l'avaz désigne une chanson, quel que soit son genre. En un deuxième sens, dans le répertoire classique ou radif, composé de quelques centaines d'échantillons de pièces courtes regroupées en ensembles appelés dastgahs, les avaz désignent les sous-ensembles de certains des dastgahs. Enfin, l'avaz désigne la poésie classique chantée traditionnellement de manière non métrique, en s'appuyant sur le corpus qu'est le radif, mais avec une part d'improvisation, accompagnée par des instruments traditionnels, le plus souvent le tar ou le setar et le santour. Par extension, bien que l'avaz désigne d'abord la partie vocale, il peut désigner aussi cet accompagnement instrumental[1].
Histoire et origine
Les origines de l'avaz sont méconnues. On peut supposer qu'il constituait, à côté de sa simple récitation, l'une des manières de présenter la poésie médiévale[2]. Mais on ne peut en remonter la tradition qu'à partir du moment où il en existe des enregistrements[3]. Les premiers ont eu lieu dans la première décennie du XXe siècle. Depuis, on constate une certaine évolution[4]. On peut en conclure qu'auparavant, transmise oralement de maître à disciple, cette pratique a certainement évolué, de sorte que l'avaz pratiqué aujourd'hui et considéré comme traditionnel, n'a peut-être que peu de rapport avec celui qui existait au XVe siècle. Quant au radif, il a été codifié dans sa forme actuelle au milieu du XIXe siècle[5]. L'avaz est sans doute ancien, mais on ne peut assurer que la tradition a été préservée sans altérations[6].
Nature de l'avaz
L'avaz est chanté en rythme libre. Comme le note Rob Simms, on ne peut pas battre la mesure du pied en écoutant un concert d'avaz[7]. Cela le rapproche de la récitation psalmodiée du Coran, avec laquelle il présente des ressemblances[8]. Nombre de chanteurs d'avaz ont commencé par pratiquer le chant religieux[9]. Son caractère non métrique le distingue d'autres types de chants qualifiés de zarbi (en rythme fixe) comme le tasnif[1]. Un autre caractère distinctif est que le tasnif est composé à l'avance, tandis que l'avaz laisse une part importante à l'improvisation[10],[11]. En outre, l'avaz présente un caractère plus narratif[11].
Le chanteur s'appuie sur le radif, un corpus constitué de 200 à 300 pièces mélodiques, organisées en 12 ensembles appelés dastgah, et qui servent de motifs de base pour l'improvisation. Dans ce répertoire transmis par la tradition, et dont le contenu peut donc varier en fonction de la chaîne de transmission, le chanteur choisit le dastgah le plus approprié au poème qu'il veut chanter. En général, le chanteur s'en tient à un seul dastgah[1]. Mais il peut se permettre une « excursion » dans un autre ; on appelle cette modulation morakab khani[12]. Le radif constitue le vocabulaire. Le chanteur, à partir de ce corpus, combine et innove, comme celui qui parle se sert de mots pré-existants pour créer des significations nouvelles[13]..
L'avaz entretient une relation intime avec la poésie classique persane. Les poètes les plus chantés sont les poètes médiévaux tels que Hafez, Saadi et Rumi[1]. Cependant, les khanandehs (chanteurs d'avaz) s'essaient parfois à mettre en voix les poètes contemporains et la nouvelle poésie[14].
Un concert d'avaz
Bien qu'il puisse impliquer des orchestres plus conséquents, une représentation d'avaz est en général exécutée par une formation de trois musiciens, en plus du chanteur. Les instruments privilégiés sont un târ ou un setâr, un santour et un tonbak. Mais selon l'atmosphère poétique qu'il s'agit d'exprimer, on peut aussi avoir affaire à un ney ou un kamanche[15].
La représentation commence par le pishdaramad (« prélude »), une introduction instrumentale , suivi du daramad. Le chaharmezrab est improvisé, le soliste y fait la démonstration de son talent. L'avaz proprement dit est central, il est accompagné par les jawabs (les « réponses ») d'un instrument. Vient ensuite un tasnif (« ballade »), et en guise de final un reng, pièce dansante, composée en mesure fixe[1].
Chanteurs d'avaz
Parmi les plus célèbres khanandehs, on peut citer Qorban Khan Shahi, Seyyed Ahmad Khan, Qoli Khan Shahi, Iqbal Sultan, Jenab Damavandi, et Qamar ol-Moluk Vaziri[16]. Hossein Taherzadeh, Reza Gholi Mirza Zelli, Gholam Hossein Banan, et Djalal Taj Esfahan ont également été influents[17].
Parmi les chanteurs contemporains d'avaz, certains ont une notoriété internationale, comme Mohammad Reza Shadjarian ou Shahram Nazeri. Leurs styles sont différents : le premier préfère Hafez et Saadi, le second Rumi. Nazeri introduit des influences propres à la musique folk kurde.
La question est disputée de savoir si l'on doit distinguer des écoles (maktab) d'avaz, comme il y a des écoles de peinture. Mohammed Musavi en distingue trois, chacune caractérisée par un style : l'école d'Ispahan, celle de Tabriz et celle de Téhéran. Du point de vue de Mohammad Reza Shadjarian, ces distinctions sont artificielles, ce sont des individualités qui se distinguent et se trouvent à une même époque concentrées en un lieu parce que c'est alors le centre du pouvoir[18].