Azorella selago

From Wikipedia, the free encyclopedia

Azorella selago est une plante à fleurs de la famille des Apiaceae, à développement en coussin, que l'on rencontre dans les régions australes, notamment sur les îles subantarctiques de l'océan Indien où elle est une composante dominante de la végétation d'origine.

Azorella selago forme des touffes denses, vivaces et toujours vertes[1]. Les tiges, souvent allongées et ramifiées, longues de 2,5 à 12,5 cm développent un port fastigié compact : elles croissent serrées les unes contre les autres et s'organisent en coussins ou en nappes continues. Les feuilles sont étroitement et densément imbriquées et appliquées contre le rameau. Le pétiole forme une gaine largement enveloppante. Le limbe, plus large que long, dont la face interne porte quelques longs poils, est coriace et concave ; il se divise en 3 à 7 lobes entiers et oblongs, dotés chacun d'une seule nervure et moyennement pointus[2].

Cliché pris en 1898-1899 par l'expédition de la Valdivia d'une formation à Azorella selago en coussins aux îles Kerguelen.

Les fleurs, vert-jaunâtre[3] (et non rosées comme bizarrement décrites par Hooker), à pédoncule court, dépassant à peine de la surface des coussins, sont groupées par trois en petites ombelles. Les folioles de l'involucre sont allongés et légèrement effilés. Le calice présente de petites dents pointues. Les fruits, de forme ovale, terminés pas deux styles allongés, sont des diakènes dont les deux éléments, légèrement convexes et porteurs de cinq côtes, sont très fortement comprimés dorsalement et se trouvent très étroitement serrés l'un contre l'autre[2].

Azorella selago croît sur sa propre matière décomposée, une masse humifère qui peut atteindre plus d'un mètre d'épaisseur. La partie vivante ne forme souvent qu'une “croûte” qui enfonce ses racines à travers cet “humus”. Des analyses d'ADN ont montré qu'un même coussin était le plus souvent composé de plusieurs individus génétiquement distincts[4].

Phénologie

Pendant les périodes d'hiver austral, la couleur du feuillage peut virer vers le brun tout en restant vivace.

Quelques fleurs peuvent apparaître discrètement tout au long de l'année, mais la floraison intervient principalement en octobre-novembre[3].

Taxonomie

Coussin d'azorelle (Azorella selago) sur l'île de la Possession (Crozet)

La position taxonomique d'Azorella selago n'est pas encore établie avec précision de manière stable.

La famille des Apiaceae (les “Ombellifères”), à laquelle Azorella selago est actuellement rattachée, est elle-même contestée par certains auteurs qui considèrent qu'il n'est pas justifié de distinguer cette famille de celle des Araliaceae[5]. Pour le moins, un groupe de plantes dont celles du genre Azorella, rassemblées un temps dans la sous-famille des Hydrocotyloideae, s'est révélé polyphylétique, avec certaines espèces manifestement à inclure parmi les Araliaceae classiques[6]. Bien que la communauté scientifique n'ait pas encore adopté de consensus sur la fusion ou la démarcation des deux familles, il n'est cependant pas surprenant de voir apparaître dans certaines publications Azorella selago parmi les Araliaceae.

Des études complémentaires ont alors montré qu'une sous-famille des Azorelloideae n'était pas plus pertinente et que même la cohésion du genre Azorella, basé sur des caractères purement morphologiques, pouvait être remise en question[7]. Au-delà, les distinctions entre espèces proches d'azorelles, celles à port en coussins compacts, pourraient s'avérer aussi bien infondées qu'à l'inverse insuffisantes.

De prochains bouleversements dans la classification d'Azorella selago, ou dans sa dénomination, ne sont donc pas à écarter.

L'origine du nom Azorella reste mystérieuse. Le genre fut créé par Lamarck en 1783 pour l'espèce Azorella filamentosa à partir d'éléments collectés par Commerson dans les “terres magellaniques” lors de l'expédition autour du monde de Bougainville[8]. Lorsque Hooker décrivit ensuite d'autres espèces du genre Azorella, il supposa que Lamarck avait repris le nom de genre déjà retenu par Commerson[2]. Certains y voient une allusion aux Açores[9], mais le lien ne semble pas évident et, en l'absence de notes explicatives, bien hypothétique.

L'épithète selago, attribué par Hooker et publié en 1847, fait quant à lui clairement référence à la ressemblance des rameaux, aux feuilles en écailles imbriquées, avec ceux de certains lycopodes, dont Dillenius considéra qu'ils correspondaient au “Selago” décrit par Pline l'Ancien[10]. Le nom d'une autre espèce d'azorelle, Azorella lycopodioides, a la même signification.

Répartition géographique

Azorella selago est répertoriée en Amérique du Sud (dans la cordillère centrale des Andes de Patagonie[11], en Terre de Feu[11] et aux îles Malouines[12]) où elle occupe une place secondaire dans la végétation, loin derrière d'autres espèces du genre Azorella ou d'autres plantes à port en coussin. Elle est absente de la Géorgie du Sud[13].

C'est en revanche la seule azorelle des îles australes de l'océan Indien[14] (archipel du Prince-Édouard, îles Crozet, îles Kerguelen, îles Heard-et-MacDonald) où elle forme un habitat biologique de première importance. En 1840, le botaniste Joseph Dalton Hooker, qui décrivit l'espèce lors de l'expédition autour de l'Antarctique de Sir James Clark Ross, la déclara comme « l'espèce la plus abondante du pays de Kerguelen, couvrant le sol rocheux jusqu'au plus près de la mer, en masses brunes de plusieurs pieds d'épaisseur, et souvent si molles que le voyageur s'y enfonce ou passe au travers jusqu'à la moitié du corps[2]. » Cependant, l'introduction des lapins a fait ensuite en grande partie disparaître de l'archipel cette azorelle, qui ne subsiste aujourd'hui en abondance que sur les îles, îlots et zones isolées indemnes de ces bêtes à longues oreilles[15].

Une espèce très proche, Azorella macquariensis, qui n'a été considérée en tant qu'espèce distincte que depuis 1989, est présente sur l'île Macquarie dans l'océan Pacifique[16].

Écologie

Liens internes

Notes et références

Related Articles

Wikiwand AI