Aïn Chaïr
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Ain Chair
Aïn Chaïr (en amazighe : ⵄⵉⵏ ⵛⵄⵉⵔ, en arabe : عين الشعير) est un village marocain situé à quelques kilomètres de la frontière algérienne dans la province de Figuig, dans la région de l'Oriental.
Située à 175 km de Figuig et proche de la frontière algérienne, Aïn Chaïr est l'oasis la plus proche de l'Europe, elle jaillie au cœur du désert, dans un décor, entre les montagnes, les sables ocrés et le ciel.
L’oasis fait partie d’un grand nombre d’oasis s'étendant entre Agadir et Figuig, jusqu’en Algérie et Tunisie. 1 500 personnes vivent aujourd’hui dans cet ancien Ksar le premier au Maroc à voir l’arrivée des troupes françaises provenant d’Algérie. La commune fait partie de l’administration du Cercle de Beni-Tadjit, Province de Figuig.
Origine de Aïn Chaïr
On manque de références concernant l'histoire de la région. La principale source d'information est la transmission orale de génération en génération.
Les habitants de ce village se réclament descendants de Fatima par le biais de Moulay Slimane.
Anciennement, le village d'Aïn Chaïr a plusieurs noms : « la source blanche » (العين البيضاء) et « la source Bni Mghit » (العين بني مغيت). La dénomination actuelle, « la source de l'orge » est mentionnée dans quelques documents français à la fin du XIXe siècle, du fait de la grande quantité d'orge qui y est produite.
Identité de l'oasis
La situation stratégique de l’oasis d’Aïn Chaïr lui apportait une certaine richesse. Elle constituait en effet un point d’escale pour les caravanes commerciales et un lieu de cohabitation pour les différentes communautés. Ainsi, d'abord habitée par une population amazighe, elle a ensuite connu un mélange progressif de populations amazighe et arabe. Ils constitueront plus tard une tribu divisée en plusieurs groupes (treize cuisses), chaque quartier prenant le nom de la cuisse.
La langue amazighe est la langue maternelle des habitants et la langue arabe est une langue secondaire pour parler avec les étrangers. Celle-ci est également utilisée pour le folklore local.
Structure sociale
Le village était composé de plusieurs éléments socio-ethniques[1] : les éléments arabes (achraf الاشراف, descendants du prophète), les Amazighes et les populations d'origine sub-saharienne. Les décisions étaient prises par la djemâa, assemblée des notables. Celle-ci est constituée des membres de la zaouïa, centre spirituel, ainsi que des musiciens folkloriques. Les coutumes à Aïn Chaïr ont régi la population dans l'organisation des relations générales quotidiennes entre les éléments du ksar.
La pyramide de la hiérarchie sociale se compose comme suit :
- sommet de la pyramide : les achraf, dont on trouve au Maroc plusieurs catégories (Alaouites, Idrissides...). À Aïn Chaïr, il s'agit d'une population soulimanide.
- les membres de la zaouïa, centre spirituel et religieux.
- les personnes libres, qui se trouvent dans toutes les zones oasiennes, d'origines amazighe et arabe.
- les affranchis (الحراطين), anciennement esclaves, qui ont travaillé plusieurs siècles dans des activités agricoles et domestiques. Les affranchis possèdent généralement des terres et de l'eau. Cependant, à Aïn Chaïr, les affranchis ne possédaient pas de terre. Le sujet étant toujours sensible, les noms de famille ne sont pas mentionnés.
Bataille de Aïn Chaïr
En 1870, l'armée française envoya des soldats à l'assaut du village fortifié de Aïn Chaïr afin de capturer des résistants d’Alger réfugiés dans le ksar[2].
Le , les Français attaquèrent le ksar d'Aïn Chair, centre d'approvisionnement des insurgés. Après une demi-heure de canonnade, les tirailleurs sont lancés à l'assaut du village fortifié, mais se heurtent à une forte défense et doivent reculer, perdant 150 hommes dans l'engagement. Bailleul, alors sergent major, est atteint d'un coup de feu à la cuisse gauche. Le village fera soumission le lendemain en donnant 200 sacs d'orge à l'armée française en guise de tribut.
L'exode rural
Au début du XXe siècle, la population d’Aïn Chaïr diminue ainsi que la concentration d’activités. En découle un exode rural et le nombre d’habitants passe d'environ 5 000 à 1 000 habitants. Aïn Chaïr était un point de traversée des nomades pour s’approvisionner en orge et en dattes.
Géographie
Aïn Chaïr fait partie d’une chaîne d’oasis éparpillées le long du versant Sud-Est du Haut-Atlas. À cet endroit, le relief est caractérisé par une dépression alluviale, qui permet de rendre disponible des terres arables et cultivables ainsi que l’eau pour l’irrigation. La source d’eau qui vient apporter la vie à cette oasis est une source permanente.
Géologie et climat
Le paysage naturel qui entoure l’oasis est marqué par sa complexité et sa diversité : des types de relief sahariens y règnent (ergs, dunes de sable, oueds secs, glacis…), des formations récentes du Quaternaire reposent directement sur le socle précambrien et un rideau montagneux d’un grand intérêt géologique, minéralogique et même botanique.
L’oasis se caractérise par un climat sec et continental dominé par les influences sahariennes : hiver relativement froid ; été chaud et sec et précipitations ne dépassant pas 200 mm/an. Mais l’aspect forestier de l’oasis contribue à l’adoucissement de la sévérité du climat et donne à l’oasis un micro-climat spécifique.
De plus, l'oasis bénéficie d'une abondance d’eau souterraine que la formation géologique et l’évolution géomorphologique de la région lui réservent, car elle occupe une dépression alluviale qui constitue le seul exutoire des eaux souterraines du bassin hydrologique de Tamlelt et d’une partie des hauts plateaux au nord. Ce phénomène se manifeste par la faible profondeur de la nappe souterraine et par le jaillissement des sources dont le débit dépasse 30 litres par seconde. Ces eaux sont drainées par un système de khettara et seguias pour irriguer une palmeraie couvrant plus de 900 hectares.
Mais ce phénomène positif est actuellement menacé par l’exploitation intense de la nappe souterraine due à l’extension des périmètres irrigués qui entourent l’oasis de l’est et du nord–est et qui utilisent des techniques d’irrigation puissantes (forages plus profonds, moteurs, pompes, tubes plastiques…). Tout cela se passe sous l’action de « aménagement des terres bours » et en l'absence d’une étude sur les potentialités de la nappe et la faisabilité de son exploitation.
