Banou 'hoshekh legaresh

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Banou 'hoshēkh lēgaresh (hébreu : באנו חושך לגרש, « Nous sommes venus chasser les ténèbres[Notes 1] ») est l'incipit d'un chant de Hanoucca originellement intitulé Hanoukka.
Destiné, comme la plupart des chants de cette fête, aux enfants, il a été composé par Sara Levi-Tanaï (he) dans la seconde moitié des années 1940, et mis en musique par Immanuel Amiran (en).

Le chant est composé par l'éducatrice Sara Levi-Tanaï alors qu'elle travaille au kibboutz Ramat HaKovesh, entre 1939 et 1946. Convaincue que les théâtres du foyer national juif l'avaient écartée en raison de son origine yéménite, elle se tourne vers la mise en scène de spectacles destinés aux kibboutzim et aux implantations juives, parallèlement à son activité pédagogique[1]. À cette époque, Hanoucca est l'une des fêtes phares du sionisme pionnier, qui cherche à redéfinir l'identité juive dans une dimension nationale plutôt que rabbinique[2] : la révolte victorieuse des Maccabées y est perçue comme un modèle réussi de libération nationale[3].

Mis en musique au plus tard vers 1948[4], le chant est rapidement adopté dans les écoles et jardins d'enfants, figurant dès 1953 dans deux recueils destinés aux jeunes enfants, avec paroles, partition et même des idées pour l'intégrer aux spectacles[5].

Intégré au répertoire israélien de Hanoucca dès cette période, il fait l'objet de nombreux enregistrements à partir des années 1960[6].

Caractéristiques

Paroles

Hanoukka, tel qu'il est connu dans ces répertoires, comprend trois couplets, dont le premier est le plus connu et souvent le seul chanté :

version originale transcription hébraïque traduction française

בָּאנוּ חֹשֶךְ לְגָרֵשׁ.
בְּיָדֵינוּ אוֹר וָאֵשׁ.
כָּל אֶחָד הוּא אוֹר קָטָן,
וְכֻלָּנוּ – אוֹר אֵיתָן.

סוּרָה חֹשֶךְ! הָלְאָה שְׁחוֹר!
סוּרָה מִפְּנֵי הָאוֹר!

Baʾnou 'hoshēkh lēgaresh
Bēyadenou ʾor vaʾesh,
Kol ʾē'had hou ʾor katan,
vēkhoulanou ʾor eytan.

Sourah 'hoshēkh ! Halʾa sh'hor !
Sourah mipnei haʾor !

Nous sommes venus chasser les ténèbres
Dans nos mains lumière et feu
Chacun est une petite lueur,
et nous tous, une forte lumière

Va-t-en, ténèbres, ouste, obscurité !
Va-t-en de la face de la lumière !

Le deuxième couplet a pour thème les toupies qui « tiennent sur un pied », et « même si elles tombent, n'ont pas peur ». Le troisième met en scène les enfants « espiègles » et « joyeux », à qui la chanson est destinée[7].

Le refrain, Sourah 'hoshēkh … mipnei haʾor Retire-toi, ténèbres, de la face de la lumière »), reprend un dicton qui remonte aux Devoirs du Cœur de Bahya ibn Paquda : « de même qu'un peu de lumière dissipe beaucoup d'obscurité ». Le titre original, Hanoukka, suggère que le premier couplet fait référence à la victoire des Maccabées sur les Grecs ; l'opposition entre lumière et ténèbres introduit une dimension spirituelle, tandis que la répétition de consonnes chuintantes et sifflantes évoquant le crépitement des flammes, renvoie à l'histoire talmudique du miracle de la fiole d'huile.
Ces références demeurent toutefois subtiles et ne seront pas perçues par un enfant sans préparation préalable. Le message qu'il retiendra, en revanche, c'est que la force vient moins de la lumière elle‑même que du groupe. Le chant recourt systématiquement à la première personne du pluriel, mettant en avant la puissance du “nous” face à l'individu isolé. Il ne célèbre donc ni Dieu ni même quelque héroïsme militaire mais l'idéal du collectif cher au sionisme du kibboutz[6],[8].

Chorégraphie

Sara Levi-Tanaï a conçu Hanoukka comme un jeu chanté où les enfants, disposés en ronde, adoptent une gestuelle de flamme vacillante, en balançant leur main droite levée au rythme du poème. L'allongement de leur silhouette évoque une bougie de cire, majoritairement utilisée à l'époque de la chanson dans les candélabres de Hanoucca.
Arrivés au refrain, ils se penchent brusquement vers le centre du cercle, où leurs lumières se rejoignent, et frappent simultanément le sol du pied afin d'« effrayer » l'obscurité et la chasser[6],[9].

Musique

Le texte est mis en musique par Imanuel Amiran comme un seul bloc, sans couplets différenciés, et les deux dernières lignes, répétées deux fois, en deviennent le refrain.

La mélodie repose sur trois phrases musicales, chacune répétée deux fois de suite. La mélodie est identique pour les deux premières paires de lignes et commence de la même manière pour la dernière paire, mais se termine différemment.
Le chant est construit sur cinq notes autour de la tonique, avec l'ajout d'une septième abaissée ; la sixième n'apparaît pas du tout, ce qui empêche d'identifier clairement le mode comme éolien ou dorien. L'ambitus total est celui d'une sixte majeure. L'intervalle restreint, l'usage marqué de la septième abaissée et l'absence de ton conducteur, sont des traits caractéristiques du zemer ivri (chant hébraïque) précoce. Le rythme à quatre temps, le motif pointé et la pulsation accentuée donnent au chant un caractère quasi martial[6].

Devenirs du poème

Notes et références

Liens externes

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