Vœu du faisan
vœu formulé par Philippe le Bon, duc de Bourgogne
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Le Vœu du faisan est un vœu formulé par Philippe le Bon (Philippe III), duc de Bourgogne, et sa cour lors du « Banquet du faisan », tenu à Lille le [1],[2]. L'engagement concerne le fait d'aller délivrer Constantinople prise par les Turcs l'année précédente.

Cet engagement chrétien pour la croisade ne fut jamais tenu[3]. Cette fête précédait de peu la diète impériale de Ratisbonne concernant la Turquie, qui n'aboutit pas elle non plus. La croisade n'eut donc pas lieu. Philippe le Bon semble pourtant sincère dans son vœu de croisade. La diplomatie fut très active en la matière. De plus, le duc leva de l'argent pour enrôler des troupes et armer des navires. Il semble même qu'il ait voulu participer lui-même à cette croisade. En effet, il réunit des États généraux en pour organiser le gouvernement en son absence.
Banquet du faisan

Mathieu d'Escouchy, chroniqueur de l'époque, fit un récit détaillé du Vœu du faisan :
« Après l'apparition d'un géant escortant une dame représentant la sainte Église, apparaît dans la salle du banquet : « Toison-d'Or, roy d'armes, lequel portoit en ses mains un phaisant (faisan) en vie, orné d'un riche collier d'or, garny de pierres fines et de perles ; et après iceluy Toison-d'Or, vinrent deux damoiselles adextrées de deux chevaliers de la Toison-d'Or. Ils s'avancèrent jusques devant le duc, où après avoir fait la révérence, ledit Toison-d'Or parla à icelui duc en ceste manière : »
« Très haut et très puissant prince, et mon très redoutable seigneur, voyez ici les dames qui très humblement se recommandent à vous ; et pour ce que c'est la coutume qui a esté anciennement instituée, après grandes festes et nobles assemblées, on présente aux princes et seigneurs et aux nobles hommes le paon ou quelque autre noble oiseau pour faire des vœux utiles et valables, pour ce sujet on m'a ci envoyé avec ces deux damoiselles pour vous présenter ce noble phaisant, vous priant que le veuillez avoir en souvenance. »
« Ces paroles estant dites, icelui duc print un bref escript, lequel il bailla à Toison-d'Or, et dit tout haut : Je voue à Dieu, mon Créateur, à la glorieuse Vierge Marie, aux dames et au phaisant, que je feray et entretiendray ce que je baille par escript. »
« Toison-d'Or prend alors l'écrit et en fait lecture à haute voix. C'était le vœu que faisait le prince d'entreprendre et d'exposer son corps pour la défense de la foi chrétienne, et pour résister à la dampnable entreprinse du Grand-Turc et des infidelles… Et, ajouta-t-il, si je puis, par quelque voye ou manière que ce soit, sçavoir ou cognoistre que ledit Grand-Turc eût volonté d'avoir affaire à moy corps à corps, je, pour ladite foy chrestienne soustenir, le combattray à l'ayde de Dieu tout-puissant et de sa très douce mère, lesquels j'appelle toujours à mon ayde. » »
Il est fait appel spécialement à de nombreux artistes pour participer à la décoration des lieux de festivités. La liste nominative et leur rémunération sont connues grâce aux archives ducales. On signale la présence de Jacques Daret, le mieux payé d'entre eux, mais aussi de Jean Hennecart, Jean Le Tavernier, Simon Marmion[4]. L'objet du banquet est en effet avant tout de montrer la splendeur de la cour du duc de Bourgogne[3].
Chronique d'une croisade avortée
Le banquet du est organisé à l'occasion de la venue du nonce Silvio Piccolomini. Le serment de Philippe III est précédé d'une scène où une femme en haillons déclame un poème de la part de la sainte Église prisonnière des Sarrasins. Après le duc, les chevaliers prêtent le même serment de partir en croisade. En quelques mois, plus d'une centaine de seigneurs féodaux se joignent au serment. Philippe III se rend aussi à la diète de Ratisbonne espérant que l'empereur et les princes allemands se joignent à la croisade, mais Frédéric III n'y assiste pas. À la diète suivante, à l'automne, Silvio Piccolomini appelle à la croisade au nom du pape Nicolas V et les princes présents acceptent de s'y joindre, mais le pape meurt en mars 1455 et les préparatifs sont reportés. Son successeur Calixte III publie une bulle annonçant le départ pour la croisade au printemps 1456, et l'on récolte dans les églises d'Europe la dîme pour la guerre contre les Turcs[5].
En 1456 et 1457 les Ottomans sont en mauvaise posture devant les Hongrois de Jean Hunyadi et les Albanais de Skanderbeg, mais le pape entre en conflit avec le roi d'Aragon et le duc de Bourgogne avec le roi de France, et Calixte III meurt en août 1458. En 1459 Silvio Piccolomini, qui lui a succédé sous le nom de Pie II, organise à Mantoue une nouvelle réunion des croisés potentiels. L'argent récolté pour la croisade a été englouti dans la guerre entre les Français et les Aragonais mais Pie II, en accord avec Venise, décide de rassembler les croisés à Ancône. L'armée bourguignonne les y rejoint mais le pape meurt en août 1464 et la peste fait rage à Ancône : les croisés se dispersent et rentrent chez eux. Le nouveau pape, Paul II, se désintéresse de la question pour se consacrer à la guerre contre les hussites[5].