Bataille d'Antioche (218)

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Bataille d'Antioche (218)
Description de cette image, également commentée ci-après
Une carte du XXe siècle illustrant la Syrie romaine, mettant en lumière les sites antiques d'Antioche, d'Émèse et de Zeugma, ainsi que d'autres lieux d'importance historique.
Informations générales
Date Voir et modifier les données sur Wikidata
Lieu Antioche
Issue Victoire d'Héliogabale
Belligérants
Armée romaine de Macrin Armée romaine d'Héliogabale
Commandants
Macrin Gannys[1]
Forces en présence
Éléments de la garde prétorienne Legio III Gallica
Legio II Parthica
Autres rebelles
Coordonnées 36° 12′ nord, 36° 09′ est
Géolocalisation sur la carte : Rome antique
(Voir situation sur carte : Rome antique)
Bataille d'Antioche (218)
Géolocalisation sur la carte : Turquie
(Voir situation sur carte : Turquie)
Bataille d'Antioche (218)

La bataille d'Antioche oppose le l'armée romaine de l'empereur Macrin à celle de son rival Héliogabale, commandée par le général Gannys. La victoire de ce dernier entraîne la chute de Macrin et ouvre la voie à l'accession d'Héliogabale au trône impérial.

Le prédécesseur de Macrin, Caracalla, est assassiné le par un soldat mécontent, et des rumeurs circulent sur la possible implication de Macrin dans ce meurtre. Peu après, celui-ci est proclamé empereur avec l'appui de l'armée. Dès le début de son règne, il doit affronter plusieurs défis : la guerre contre les Parthes, des tensions avec l'Arménie et la Dacie, ainsi qu'une pression fiscale croissante. Bien qu'il parvienne à conclure la paix avec les Parthes, celle-ci s'avère coûteuse pour Rome, alors que sa politique de réduction des dépenses militaires accentue le mécontentement au sein des troupes.

Profitant de cette situation, Julia Maesa, tante de Caracalla, attise le ressentiment des soldats et soutient activement la candidature de son petit-fils Héliogabale, qu'elle présente comme l'héritier légitime de l'empire. Héliogabale, grand prêtre du dieu Élagabal, est proclamé empereur par les soldats de la Legio III Gallica le . En réaction, Macrin dépêche le général Ulpius Julianus avec une unité de cavalerie pour écraser la rébellion, mais celle-ci fait défection, assassine Julianus et envoie sa tête à Macrin à Antioche. Moins d'un mois plus tard, une confrontation décisive s'engage.

Bien que Gannys bénéficie de la supériorité numérique au début de la bataille, les gardes prétoriens de Macrin réussissent à percer ses lignes et provoquent la déroute de ses troupes. Cependant, celles-ci se ressaisissent, relancent l'assaut et contraignent Macrin à prendre la fuite. Celui-ci envisage alors d'envoyer son fils Diaduménien en Parthie avant de regagner Rome, mais tous deux sont capturés et exécutés. Héliogabale fait une entrée triomphale à Antioche en tant que nouvel empereur de Rome, et, avec la mort de Macrin, le Sénat se trouve contraint de reconnaître son accession au pouvoir.

Mort de Caracalla

Reconstitution de la mort de Caracalla par Tancredi Scarpelli (1929).

Le , l'empereur romain Caracalla est assassiné près de Carrhae, alors qu'il se rend à un temple au cours d'une campagne militaire contre les Parthes[2],[3]. Son assassin, Justin Martialus, un soldat mécontent d'avoir été écarté du grade de centurion, profite d'un moment d'inattention des gardes de Caracalla, alors que l'empereur se soulageait d'un besoin naturel au bord de la route, pour passer à l'acte[4],[5]. Il est immédiatement abattu par les gardes germains de Caracalla, un événement qui profite à Macrin, alors préfet du prétoire, par ailleurs soupçonné d'avoir orchestré l'assassinat[4],[6],[7].

Les motivations de Macrin semblent liées à une crainte pour sa propre sécurité[8]. Selon Hérodien, corroboré par d'autres sources, Macrin était chargé de lire les dépêches adressées à l'empereur. L'une d'elles contient une prophétie attribuée à l'oracle de Delphes qui annonce que Macrin est destiné à tuer Caracalla et à lui succéder. Cette prédiction renforce ses inquiétudes et le pousse à agir[4],[9].

Ascension de Macrin

Selon Hérodien, à la suite de l'assassinat de Caracalla, alors que les gardes prétoriens mettaient en avant leurs préfets, Marcus Oclatinius Adventus décline le pouvoir en raison de son âge avancé. L'armée se tourne alors vers Macrin, qui, bien qu'il ne suscite « ni amour ni estime », leur a promis des dons d'argent[10],[11]. Trois jours après la mort de Caracalla, Macrin est proclamé empereur[12] et reçoit le titre d'Auguste[13],[14].

Buste romain en marbre, barbe sculptée, style classique, empereur idéalisé, sur fond neutre.
Buste de Macrin, musées du Capitole.

Le Sénat accueille favorablement cette nomination, heureux d’être débarrassé de l'ancien empereur. Toutefois, selon la tradition, l'empereur doit être issu du corps sénatorial[1], et Macrin, membre de la classe équestre[1],[15], occupe le rang le plus bas dans la hiérarchie aristocratique[16],[12]. Ce statut marginal pousse le Sénat à surveiller étroitement ses décisions[17]. Néanmoins, son autorité reste incontestée, l'armée étant engagée contre les Parthes dans la région d'Édesse (actuelle Şanlıurfa, en Turquie)[18].

En tant que nouvel empereur, Macrin doit gérer la guerre en cours contre les Parthes. Une bataille indécise à Nisibe conduit à l'ouverture de négociations[18]. Ces pourparlers semblent avantageux pour les deux camps : Rome fait face à des tensions en Arménie et en Dacie, tandis que les Parthes, éloignés de leurs bases, manquent de ravitaillement[19],[20]. Pourtant, l'accord final est jugé humiliant pour Rome. Dion Cassius rapporte que Macrin concède 200 millions de sesterces aux Parthes pour obtenir la paix[21],[22]. Andrew Scott remet en question ce chiffre, soulignant la fiabilité douteuse des données financières chez Dion[23]. Quoi qu'il en soit, Macrin est accusé par les historiens anciens de faiblesse et de lâcheté[24].

Après la paix, Macrin tente de rétablir l'équilibre budgétaire en annulant les réformes fiscales de Caracalla et en revenant aux pratiques de Septime Sévère[25]. Il réduit les soldes et les privilèges des légionnaires, ce qui provoque un vif mécontentement dans l'armée[26]. Bien que ces mesures ne concernent que les nouvelles recrues, les vétérans y voient une menace pour leurs propres avantages. La situation se dégrade, aggravée par l'attitude résignée des nouvelles recrues, prêtes à travailler plus pour moins. Edward Gibbon souligne qu'à ce stade, une « simple étincelle » suffisait à déclencher une révolte[27],[28].

Ascension d'Héliogabale

Jeune homme romain en marbre, cheveux bouclés, toge drapée, fond rouge, élégance sculpturale.
Buste d'Héliogabale jeune, c.218-220, Ny Carlsberg Glyptotek.

Après la mort de Caracalla, Macrin autorise la mère de celui-ci, Julia Domna, ainsi que sa tante, Julia Maesa[29], à regagner leur ville natale d'Émèse. Julia Domna, présente à Antioche au moment du meurtre de son fils, tente de se suicider et finit par se laisser mourir de faim[30],[31]. Julia Maesa, quant à elle, retourne à Émèse en ayant préservé les ressources de la famille[32].

Soupçonnant Macrin d'avoir participé à l'assassinat de Caracalla, Julia Maesa décide de promouvoir son petit-fils Héliogabale comme héritier légitime[33]. Celui-ci est alors grand prêtre du dieu phénicien Élagabal à Émèse[34]. Les soldats locaux assistent régulièrement aux cérémonies en son honneur. Durant l'un de ces rites, Julia Maesa affirme, sans preuve solide, qu'Héliogabale est le fils de Caracalla. Elle mobilise la fortune et le prestige familial pour appuyer sa cause[32].

Dans la nuit du , Héliogabale est conduit, par Julia Maesa ou Gannys, au camp de la Legio III Gallica à Rafanée, où il est présenté aux soldats[35]. Ces derniers le saluent comme Antoninus, en référence à son père supposé, Caracalla, officiellement nommé Marcus Aurelius Antoninus[36]. Séduite par les largesses de Julia Maesa, la légion proclame Héliogabale empereur le [32],[37]. Edward Gibbon soutient que Macrin aurait pu étouffer la rébellion dès ses débuts, mais son incapacité à élaborer une stratégie efficace et sa décision de rester à Antioche compromettent toute riposte décisive[38].

Prélude à la bataille

Rébellion

Fort du ralliement d'une légion entière, Héliogabale attire rapidement d'autres soldats mécontents de leur solde, qui désertent Macrin pour rejoindre ses rangs. Face à cette menace croissante, Macrin dépêche une unité de cavalerie commandée par Ulpius Julianus afin de rétablir l'ordre. Toutefois, la mission tourne court : la cavalerie se retourne contre son chef, l'assassine et fait allégeance à Héliogabale[38],[39].

À la suite de cet épisode, Macrin se rend à Apamée pour s'assurer du soutien de la Legio II Parthica, avant de se diriger vers Émèse[37]. Selon Dion Cassius, il élève son fils Diaduménien au rang d'imperator et promet à chaque soldat une prime de 20 000 sesterces[40], dont 4 000 sont versés immédiatement. Il organise également un banquet en l'honneur de Diaduménien pour les habitants d'Apamée[40]. Au cours du repas, il reçoit la tête d'Ulpius Julianus, envoyée par les soldats rebelles[41]. Ce geste symbolique pousse Macrin à quitter précipitamment Apamée pour se diriger vers le sud[37].

Les armées de Macrin et d'Héliogabale se rencontrent dans la zone frontalière entre la Cœlé-Syrie et la Syrie-Phénicie. Malgré les efforts de Macrin pour contenir l'insurrection, ses troupes font défection en masse et rejoignent l'ennemi, ce qui l'oblige à se replier sur Antioche. Profitant de la situation, Héliogabale lance une offensive vers la cité[37].

Position du Sénat

Au début du IIIe siècle, l'équilibre des pouvoirs au sein de l'Empire romain se modifie profondément : l'autorité passe du Sénat à l'armée, reléguant les sénateurs à un rôle consultatif sans réel pouvoir décisionnel[42]. Les empereurs Macrin et, plus tard, Héliogabale, s'appuient principalement sur le soutien militaire et négligent les avis du Sénat. Confronté à la rébellion d'Héliogabale, Macrin se retrouve isolé et tente, depuis Antioche, d'obtenir l'appui du Sénat. Toutefois, une conjonction de facteurs  méfiance mutuelle, manque de ressources et imminence de l'assaut ennemi  l'oblige à affronter les légions rebelles avec pour seule force sa garde prétorienne. Dans un contexte plus favorable, le préfet de Rome, Marius Maximus, aurait pu mobiliser des troupes pour lui venir en aide[43]. Malgré son impuissance croissante, le Sénat déclare néanmoins la guerre à l'usurpateur et à sa famille[44].

Bataille

Historiographie

La bataille du constitue un objet historiographique complexe, en raison de la nature lacunaire et souvent contradictoire des sources antiques. Les témoignages anciens offrent des récits divergents quant à la localisation exacte de l'affrontement. Dion Cassius le situe dans un défilé proche d'Immae, à environ quarante kilomètres d'Antioche[37], tandis qu'Hérodien évoque une position plus méridionale, aux confins de la Cœlé-Syrie et de la Syrie-Phénicie, vraisemblablement à proximité d'Émèse[45]. L'historiographie moderne, illustrée notamment par les travaux de Glanville Downey, propose une lecture plus nuancée[37]. Une hypothèse séquentielle y est avancée : un premier engagement correspondant au récit d'Hérodien, suivi d'une bataille décisive près d'Antioche, qui aurait constitué le point culminant de la confrontation[37]. Les chercheurs contemporains demeurent toutefois divisés. Certains, tels Scott, Grant et Goldsworthy, privilégient la version de Dion qui situe l'affrontement à Antioche[46],[47],[48], tandis que d'autres ne prennent pas position quant au lieu de la bataille[49],[18].

Déroulement

Les troupes d'Héliogabale, placées sous le commandement de Gannys[a], général novice mais animé d'une volonté farouche, affrontent la garde prétorienne de Macrin dans une bataille rangée[44]. Gannys dispose d'au moins deux légions complètes, ce qui lui confère une supériorité numérique manifeste sur les forces réduites que Macrin a pu mobiliser. Néanmoins, les premières phases de l'engagement tournent à l'avantage de ce dernier. Selon Dion, Macrin a ordonné à ses prétoriens d'abandonner leurs cuirasses d'écailles et leurs boucliers rainurés au profit de boucliers ovales plus légers. Cette manœuvre tactique vise à neutraliser l'efficacité des lanciarii, fantassins légers équipés de javelots[52]. Les prétoriens parviennent alors à rompre les lignes adverses, provoquant la retraite des troupes de Gannys. Cependant, au cœur de cette déroute, Julia Maesa et Soaemias Bassiana, mère d'Héliogabale, interviennent pour galvaniser les soldats, tandis que Gannys mène une charge de cavalerie contre les forces ennemies. Ces actes décisifs restaurent le moral des troupes, qui reprennent l'offensive et renversent le cours de la bataille[44],[53]. Constatant l'échec de ses prétoriens, Macrin interrompt les combats et prend la fuite[37],[1]. Selon Downey et Gibbon, si Macrin avait maintenu sa position, il aurait pu, dans certaines conditions, emporter la victoire et consolider son autorité impériale[44],[37].

Conséquences

Notes et références

Annexes

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