Bataille de Cochin

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Date 16 mars – 3 juillet 1504
Lieu Cochin, Inde
Issue

Victoire décisive Cochinoise et Portugaise

  • Tentative impérialiste du Zamorin stoppée et préservation de l'indépendance du Royaume de Cochin
  • La présence continue des Portugais en Inde est assurée.
Bataille de Cochin
Description de cette image, également commentée ci-après
La victoire de Duarte Pacheco à la bataille de Cochin, lithographie portugaise de 1840
Informations générales
Date 16 mars – 3 juillet 1504
Lieu Cochin, Inde
Issue

Victoire décisive Cochinoise et Portugaise

  • Tentative impérialiste du Zamorin stoppée et préservation de l'indépendance du Royaume de Cochin
  • La présence continue des Portugais en Inde est assurée.
Belligérants

États vassaux Malabarais [1]:

Commandants
  • Saamoothiri, Raja Zamorin de Calicut
  • Naubeadarim, héritier de Calicut
  • Elancol, Kaimal d'Edapalli
Forces en présence
130 portugais
9 500 cochinois [2]
5 navires (2 galions, 1 caravelle et 2 petits bateaux)
70 000 à 84 000 soldats
260 navires
Pertes
Faibles 19 000 morts
(environ 5 000 au combat et 13 000 de maladie) [3]

La bataille de Cochin, parfois appelée le « Deuxième siège de Cochin », est une série d'affrontements menés sur terre et sur mer, entre mars et , entre les Portugais, alliés au Trimumpara Raja de Cochin, et l'armée du Zamorin de Calicut, soutenue par celles d'États Malabarais vassaux.

Les célèbres exploits de la petite garnison portugaise, dirigée par Duarte Pacheco Pereira, repoussent une armée d'invasion largement plus nombreuse. Elle est une défaite humiliante pour le Zamorin de Calicut. Non seulement, il ne réussit pas à conquérir Cochin, mais son incapacité à écraser la petite opposition mine la foi de ses vassaux et alliés. Le Zamorin perd par la suite une grande partie de son autorité traditionnelle sur les États indiens Malabarais. La préservation de Cochin assure la présence continue des Portugais en Inde.

Premier siège de Cochin (1503)

Depuis la fragmentation du Royaume Chera au Xe siècle, le dirigeant de la cité-état de Calicut (Port. Calecute ; maintenant, Kozhikode), connu sous le nom de Zamorin (Samoothiri Raja, « Seigneur de la mer ») est généralement reconnu comme suzerain par la plupart des petits États de la Côte de Malabar en Inde. Sous le règne des Zamorins, Calicut se développe en tant que ville de commerce des épices, telles que le poivre.

Lors l'arrivée des Portugais en Inde, en 1498, Vasco de Gama se rend à Calicut et tente de conclure un traité commercial avec le Zamorin. Le souverain autorise les Portugais à acheter des épices sur les marchés de Calicut, mais refuse de leur accorder de plus grands privilèges.

Lors de l'expédition portugaise suivante (2e Armada indienne, 1500), Pedro Álvares Cabral négocie un traité avec le nouveau Zamorin qui lui accorde l'ouverture d'une usine à Calicut. Cependant, des querelles éclatent entre les agents portugais et les commerçants Arabes établis dans la ville, dans lesquelles le Zamorin refusent d'intervenir. En , l'usine des Portugais à Calicut est attaquée et plusieurs sont tués. Blâmant le Zamorin pour l'incident, Cabral demande réparation et l'expulsion tous les commerçants arabes de la ville. À la suite du refus du dirigeant indien, les Portugais bombardent la ville de Calicut.

Côte de Malabar, Inde, vers 1500.

Ainsi commence la guerre entre le Portugal et Calicut. Les Portugais trouvent rapidement des alliés locaux parmi certaines des cités-États de la côte de Malabar qui ont longtemps été en conflit sous la domination de Calicut. Cochin (Cochim, Kochi), Cannanore (Canonor, Kannur) et Quilon (Coulão, Kollam) ouvrent leurs ports et invitent les Portugais.

Les navires portugais qui se rendent en Inde s'en prennent régulièrement à Calicut en s'attaquant à ses bateaux et en éloignant le trafic commercial de la ville. L'avantage technologique de leur flotte de guerre étant conséquent, le Zamorin évite de défier les portugais en mer [4]. Cependant, sur terre, la différence militaire n’est pas aussi importante et les portugais en Inde ne sont qu'une poignée d’agents commerciaux.

Le Zamorin tente ainsi, via son autorité traditionnelle sur les États Malabar, de fermer l'accès aux épices des Portugais pour les forcer à partir ou à négocier les conditions d'une paix raisonnable [5]. Il fait pression sur les royaumes de Cochin, Cannanore et Quilon, qui lui sont hostiles, pour interdire leurs marchés aux Portugais [6].

Néanmoins, le Raja de Cochin rejette les demandes du Zamorin [7].

Cochin est une ville commerciale en pleine croissance perchée au bord de la lagune de Vembanad. Le monarque hindou de Cochin, Unni Goda Varma, au milieu d'une querelle familiale, cherche probablement l'alliance portugaise pour renforcer sa propre position face à ses proches [8].

Le Raja fait en sorte que l'envoyé portugais Diogo Fernandes Correia et ses assistants, Lourenço Moreno et Álvaro Vaz, restent dans son propre palais et veille à ce qu'ils soient toujours escortés par des gardes fidèles en se promenant sur les marchés de la ville. Cependant, l'influence du Zamorin sur l'arrière-pays du Kerala tarit une grande partie des réserves de poivre de son royaume. Les portugais sont déçus des rares trouvailles sur les marchés aux épices de Cochin, et le Raja est conscient de leur intérêt croissant pour d'autres villes plus prometteuses, notamment Quilon.

Représentation portugaise du XVIe siècle d'un guerrier malabarais Nair

En , dès que la flotte portugaise repart vers Lisbonne, le Zamorin décide d'intimider son ennemi pour qu'il lui obéisse. Les Portugais laissent derrière eux une petite patrouille côtière pour aider la défense de Cochin. Mais le commandant de la patrouille, Vicente Sodré écarte les rumeurs sur les préparatifs militaires du Zamorin et décide d'emmener sa patrouille naviguer à l'embouchure de la mer Rouge. Ils ne reviennent qu'à la fin de l'été.

En avril, le Zamorin dirige une grande armée de Calicut de quelque 50 000 soldats contre Cochin. En chemin, il doit être rejoint par des seigneurs alliés Malabarais, notamment les dirigeants d'Edapalli. Le fils du Raja, Narayan, se précipite avec une force de 5 500 soldats cochinois pour bloquer le passage de l'armée de Calicut sur un passage près d'Edapalli (« Repelim »). Narayan repousse vaillamment deux assauts de Calicut, mais finalement les agents du Zamorin, par la corruption et le subterfuge, réussissent à détacher de nombreux Nairs cochinois de la ligne de front. Lors de l'assaut suivant, Narayan est submergé et tué, avec ses forces restantes.

La position courageuse de Narayan donne à son père et à ses invités portugais suffisamment de temps pour fuir Cochin à travers l'eau jusqu'à l'île Vypin Vaipim ») avec un petit noyau de gardes fidèles. Le Zamorin s'empare de la ville de Cochin et demande au Trimumpara Raja de lui remettre les agents portugais, mais le roi refuse. Les défenses naturelles de Vypin et la détérioration des conditions météorologiques empêchent le lancement d'un assaut contre l'île. Le Zamorin, frustré, se limite à incendier la ville de Cochin et jure de revenir une fois le temps amélioré.

Avant d'incendier Cochin, le Zamorin de Calicut s'empare d'une ancienne pierre sacrée, sur laquelle les anciens rois Chera de Malabar étaient traditionnellement érigés en seigneurs de la mer et suzerains de tous les États de Malabar. La pierre sacrée se trouve à l'origine dans l'ancienne capitale Malabaraise de Cranganore, mais a depuis été déplacée à Cochin. Le Zamorin la déplace à nouveau, à Edapalli [9].

La principale armée de Calicut revient le même mois d'août, et une fois de plus le Trimumpara Raja et les agents portugais se retranchent à Vypin. Le Zamorin et ses alliés Malabarais sont en train de préparer des bateaux d'assaut contre l'île, lorsqu'ils repèrent six navires portugais armés (5e Armada), sous le commandement de Francisco de Albuquerque, en route vers Cochin. Les armées alliées Malabaraises commencent immédiatement à fuir, le Zamorin lève le siège à contrecœur et retourne à Calicut.

Préparatifs

Cochin est sauvé juste à temps, mais les armées du Zamorin sont sûres de revenir au printemps prochain, dès le départ de la 5e Armada. Les Portugais se mettent donc immédiatement à préparer la défense de Cochin en l'absence de la flotte.

Une escadre de navires portugais fait une tournée de la lagune de Vembanad, punissant les princelets locaux qui ont apporté leur soutien au Zamorin. Le sac brutal d'Edapalli par les Portugais, rasant la ville, avec une grande effusion de sang, est remarquable dans cette campagne. Les petites villes et villages connaissent un sort similaire ou changent rapidement d'allégeance en faveur de Cochin. De cette manière, le Trimumpara Raja de Cochin est imposé de force par les armes portugaises comme suzerain de la lagune de Vembanad [10].

Entre-temps, les commandants portugais persuadent le Trimumpara Raja de leur permettre d'ériger une forteresse à la limite de la péninsule de Cochin (une zone aujourd'hui connue sous le nom de Fort Kochi), juste un peu à l'ouest de la vieille ville de Cochin proprement dit (autour de ce qui est maintenant Mattancherry). Le Fort Manuel de Cochim est le premier fort portugais en Asie.

Une fois terminé, le commandant de la flotte portugaise, Afonso de Albuquerque, contre toute attente, accepte soudainement un traité de paix avec le Zamorin de Calicut. Néanmoins, la paix est à nouveau rompue lors d'une escarmouche concernant la livraison d'une cargaison d'épices à Cranganore [11].

Duarte Pacheco Pereira, premier commandant du Fort Manuel de Cochin.

Fin , la 5e Armada portugaise des Indes quitte finalement Cochin. Ils laissent derrière eux une petite garnison d'environ 150 soldats portugais armés (certains disent seulement 130 ou moins [12]) au Fort Manuel de Cochin, sous le commandement du chevalier Duarte Pacheco Pereira. Pacheco reçoit également trois navires – une caraque (la Concepção sous Diogo Pereira) et deux caravelles (la Garrida de Pêro Rafael, et un autre de nom inconnu sous Diogo Pires (ou Peres)) [13].

Une nouvelle grande armée d’invasion est rassemblée à Calicut. Contrairement à la précédente, elle est mieux équipée. Le Zamorin dispose d'un important contingent d'armes à feu (arquebuses et/ou mousquets de la part des Turcs. Deux agents de la république de Venise, venus secrètement en Inde avec la 4e Armada portugaise, aident Calicut à forger une meilleure artillerie. Au moins cinq gros canons européens sont prêts, ainsi que quelques centaines de canons de bateau plus petits. Des messages sont envoyés aux alliés du Zamorin pour préparer leurs forces auxiliaires [14].

Cette nouvelle menace alerte Cochin qui a perdu une bataille lors du siège de l'année précédente. Bien que, dans sa nouvelle position de seigneur de la lagune de Vembanad, le Trimumpara Raja puisse, théoriquement, faire appel à 30 000 soldats autour de la lagune, au plus 8 000 pourraient répondre à son appel, le reste étant « activement ou passivement hostile » [15].

La première tâche de Duarte Pacheco est de renforcer la détermination du Trimumpara Raja, en le persuadant que les Portugais sont là pour rester et que son sort est lié à eux. Le souverain remet ainsi entre leurs mains la défense de la ville. Le Trimumpara publie des édits interdisant à quiconque de quitter Cochin sous peine de mort et ordonne à ses sujets d'obéir aux ordres de Duarte Pacheco.

La communauté musulmane étant particulièrement préoccupante, Duarte Pacheco s'adresse à une assemblée des principaux marchands musulmans de Cochin, promettant qu'aucun mal ne leur serait fait. Par précaution, il prend en otage certaines grandes familles musulmanes, les expédiant sous surveillance sur l'île de Vypin pendant toute la durée des hostilités [16]. En plus de cela, de grandes réserves de denrées alimentaires (riz, sucre, etc.) sont stockées à Vypin au cas où les hommes du Zamorin mettraient le feu à la ville ou en cas d'évacuation [17].

En prélude, Duarte Pacheco lance des raids mineurs sur quelques petites localités autour d'Edapalli, qui se sont rangés du côté du Zamorin. Il s’agit d’une démonstration de force des Portugais pour rassurer la population de Cochin.

Col de Cambalão

Grâce aux réseaux de renseignement, Duarte Pacheco Pereira reçoit des informations sur les forces armées du Zamorin et sur leurs mouvements. Le Zamorin lui-même dirige une armée de Calicut forte de 57 000 hommes (certains citent 84 000, qui peuvent ou non inclure des auxiliaires [18]; bien que la plupart d'entre eux sont certainement très légèrement armés [19]). L'armée du Zamorin apporte cinq gros canons européens, coulés par les deux ingénieurs vénitiens, et près de 300 canons indiens plus petits. L'armée est rassemblée près de Cranganore et doit marcher vers le sud le long de la rive Est de la lagune de Vembanad et traverser le passage par Kumbalam (« Cambalão »).

La flotte de Calicut est composée de 160 navires – dont environ 76 sont des « paraus » [20] (un navire de guerre Malabarais propulsé à voiles et à rames, souvent comparé par les écrivains à une fuste ou galiote [21]). Chaque parau est armé de deux bombardes, de cinq mousquets et de 25 archers [22]. Les bateaux restants étaient plus petits, quelque 54 petits « paraus » et 30 canoës, chacun monté avec un canon et 16 soldats [23]. La flotte est sous le commandement du neveu du Zamorin (et héritier de Calicut), Naubea Daring (« Naubeadarim »), avec le seigneur Elcanol d'Edapalli comme commandant en second. La flotte doit se glisser dans le lagon de Vembanad via l'exutoire près de Cranganore puis descendre le lagon, accompagnant et protégeant l'infanterie.

Pleinement informé des plans du Zamorin, Duarte Pacheco Pereira détermine que les forces luso-cochinoises doivent bloquer le passage de l'armée au gué de Kumbalam (« Passo de Cambalão »). Il place Diogo Fernandes Correia et ses deux assistants, Lourenço Moreno et Álvaro Vaz, avec 39 hommes au Fort Manuel. Le grand nau Concepção est chargé de 25 hommes, d'artillerie et de cinq artilleurs experts, et placé sous le commandement de Diogo Pereira. Ce dernier reçoit pour instruction de rester près du fort et de défendre la ville de Cochin face aux navires de Calicut.

Duarte Pacheco place 26 hommes dans l'une des caravelles sous le commandement de Pêro Rafael. L'autre caravelle encore en réparation, Pacheco réquisitionne deux « bateis » Malabaraises (comparables aux pinasses), en plaçant l'un (avec 23 hommes) sous Diogo Pires, et l'autre (avec 22 hommes) sous son commandement [24]. Chaque batel est armé de quatre canons pivotants.

Les ouvriers cochinois ont produit une collection de boucliers de tour, d'épaisses planches de bois, de deux doigts d'épaisseur, qui sont montées tout le long des côtés de la caravelle et des batéis comme crénelages pour protéger l’équipage des tirs de missiles. Des filets de corde sont suspendus aux mâts et des sacs remplis de coton sont placés sur tout le pont du navire et accrochés tout le long des côtés, pour protéger les navires des boulets de canon [25]. Des bateaux chargés de bonne pierre dure ont été expédiés de l'île d'Anjediva pour être sculptés par des ouvriers cochinois en boulets pour les canons portugais [26]. Les ouvriers cochinois produisent également discrètement un grand nombre de poteaux de 3,5 mètres de haut, aiguisés à une extrémité, durcis par le feu à l'autre, avec des découpés de rainures pour permettre de les enclencher avec des poteaux transversaux [27].

La majeure partie de son armée ayant déserté, le Trimumpara Raja de Cochin se retrouva avec moins de 5 000 soldats. Il assigne environ 500 Nairs pour rejoindre la petite flotte de Duarte Pacheco au col de Kumbalam, conservant le reste pour protéger la ville.

Naviguant prudemment à travers les minces passages et détroits saumâtres du lac Vembanad, les trois navires de Duarte Pacheco (et les bateaux cochinois qui les accompagnent) arrivent au gué de Kumbalam, à seulement 100 m d'eau peu profonde. Pacheco ordonne que les longs poteaux aiguisés soient percés profondément au milieu du canal et sur toute la longueur du gué, une palissade de fortune pour bloquer le passage de l'infanterie. Il ordonne ensuite d'attacher les navires les uns aux autres et aux berges (avec des cordes de fer, afin qu'ils ne puissent pas être facilement coupés et mis à la dérive). Les navires sont placés avec les bordées face aux rivages.

Localisation du Col

Carte conjecturale montrant plusieurs positions possibles du « Col de Cambalão » détenu par les Portugais en avril 1504. Remarque : cette carte est hautement conjecturale, basée à peu près sur la géographie moderne du lac Kochi et Vembanad, qui a probablement considérablement changé depuis le XVIe siècle. Points verts = emplacements possibles de la position portugaise, Ligne droite = itinéraire le plus probable de l'armée de Calicut ; Ligne pointillée = itinéraire alternatif plus long pour l'armée de Calicut.

L'emplacement exact du Col de Cambalão, le point de passage à gué où Duarte Pacheco Pereira prend position, est incertain et contesté dans diverses sources. Le « Cambalão » portugais correspond probablement à l'actuelle Kumbalam sur les îles allongées au milieu-sud de la lagune Vembanad – c'est-à-dire « en dessous » de la ville de Cochin. Cependant, certains historiens (par exemple Logan (1887), Whiteway (1894), Monteiro (1989)) suggèrent que les Portugais sont installés beaucoup plus au nord, au gué de Edapalli (portugais « Repelim »), le même col que Narayan tente en vain de conserver l'année précédente [28].

Premier assaut

Duarte Pacheco n'a pas à attendre longtemps avant que l'armée massive du Zamorin de Calicut apparaisse au gué de Kumbalam. L'armée a investi et déployé ses positions sur les berges dans la nuit, sans que personne les aperçoive jusqu'à l'aube du (Dimanche des Rameaux) [29].

La vue soudaine, dans la lumière du petit matin, de l'armée massive du Zamorin de 84 000 hommes sur les rives, déjà déployés, dans leurs magnifiques armes avec des drapeaux flottants et des canons en position, est un spectacle surprenant pour les défenseurs. Le retentissement intimidant des trompettes et les cris de guerre d’une armée aussi massive est trop lourd à supporter pour certains défenseurs. L'acte final de ce terrifiant prélude est l'apparition soudaine de la flotte de Calicut, composée de 160 navires armés, derrière le coude du détroit [30].

Certains bateaux cochinois commencent à s'enfuir, d'autres suivent, et bientôt une panique massive s'installe. Les bateaux cochinois, avec leurs 500 Nairs, fuient tous rapidement vers Cochin. Seuls les trois navires ancrés, avec environ 90 Portugais (plus deux fonctionnaires cochinois [31]) restent pour affronter l'armée et la flotte de Zamorin.

Pour Duarte Pacheco, la préoccupation la plus immédiate concerne les cinq canons vénitiens sur le rivage. On dit que la plupart des canons indiens ont à peu près « la portée et la force d'une pierre lancée par un bras », ce qui représente peu de menace pour les navires renforcés en coton. Mais les canons vénitiens peuvent les couler à distance. Pacheco dirige immédiatement ²tous ses tirs sur ces canons, dispersant les équipages de batterie, et maintenant des tirs intermittents concentrés sur eux pour les empêcher de se reformer. Le feu est également dirigé vers les équipes de hachettes de Calicut qui se sont aventurées dans le gué pour tenter d'abattre la palissade.

Pendant ce temps, la flotte de Calicut commence à avancer vers la position portugaise. Mais l'étroitesse même du canal choisi par Pacheco est fortuite. Cela ne permet pas à la grande flotte de Calicut de s'étendre sur un large front. Au lieu de cela, ils doivent approcher les Portugais ancrés avec un front très étroit. Cela oppose les trois navires portugais à seulement une douzaine de paras à la fois, ce que la puissance de feu portugaise supérieure peut gérer.

La première vague est la plus difficile : une vingtaine de bateaux, étroitement liés les uns aux autres, avancent ensemble, constituant une quarantaine de bombardes et 100 mousquets, auxquels s'ajoutent d'innombrables archers. Mais les boucliers de tour et les sacs de coton des navires portugais font des merveilles, amortissant les boulets et permettant aux arbalétriers, mousquetaires et artilleurs portugais d'abattre les artilleurs et mousquetaires des bateaux Malabarais, qui n'ont que peu ou pas de protection. Après quelques volées, quatre bateaux sont à moitié coulés, les autres assez endommagés ou couverts de suffisamment de morts et de blessés pour ne pas pouvoir continuer, et commencent à se retirer.

Ils sont suivis d'une deuxième vague d'une dizaine de bateaux. Mais elle connait à peu près le même sort. Puis une troisième, une quatrième et une cinquième, chacune ne s'en sort pas mieux. En effet, cela ne fait que devenir plus facile pour les Portugais, car les paraus coulés, endommagés et se retirant des vagues précédentes forment des obstacles fluviaux (et un spectacle démoralisant) pour la suivante. À midi, les commandants de la flotte de Calicut se rendent compte que cela ne fonctionne pas et ordonnent la retraite.

Pendant tout cela, l'armée du Zamorin rassemblée sur les côtes est largement inefficace. Les boucliers et les filets de la tour repoussent la plupart de leurs tirs constants de boulets. Le feu doit être occasionnellement dirigé vers le rivage, pour garantir que les canons italiens restent hors service et que les escadrons de hachettes n'atteignent pas la palissade du gué.

La matinée est humiliante pour le Zamorin. Les chroniqueurs rapportent que, lors de cette première rencontre, l'armée et la flotte de Calicut subit quelque 1 300 morts, tandis que les Portugais ne subissent aucune perte.

Deuxième assaut

Une semaine s'écoule jusqu'au deuxième assaut du gué de Kumblam, le (dimanche de Pâques) [32]. Pendant cet intérim, la caravelle de Diogo Pires qui est en réparation retrouve sa forme et rejoint l'équipe au gué de Kumbalam. Le nau « Concepção » reste comme sentinelle devant la ville de Cochin.

Le Zamorin est également occupé à réparer ses navires et à lever davantage de troupes. Cette fois, il opte pour une tactique de diversion. Tandis que la flotte principale de Calicut (environ 150 bateaux) se dirige vers Kumbalam, une flotte d'environ 70 paraus de Calicut se dirige vers la ville de Cochin elle-même et engage le nau « Concepção ». Le but est de forcer la petite escouade de Duarte Pacheco à abandonner Kumbalam pour sauver la ville de Cochin, laissant ainsi le gué de Kumbalam ouvert à son armée.

Dès qu'il en a connaissance (par les canaux de renseignement habituels), le Trimumpara Raja de Cochin envoie immédiatementun un message à Duarte Pacheco le suppliant de revenir. Pacheco ignore d’abord la demande. Cependant, vers 9 heures du matin, avec la marée descendante et le vent en sa faveur, Duarte Pacheco décide que les éléments peuvent lui permettre de faire appel. Prenant une caravelle et un batel, et laissant les deux autres derrière lui pour tenir le gué, Pacheco court vers Cochin. Il arrive juste au moment où le nau « Concepção » est en train de repousser désespérément un assaut intensif de l'escouade de Calicut. Voyant les deux navires de Pacheco arriver par l'arrière, l'escouade de Calicut se rend compte qu'ils sont sur le point d'être pris au piège dans des tirs croisés et rompt rapidement l'engagement et se retire.

Pacheco ne s'arrête pas pour saluer ou demander des renseignements, mais fait immédiatement demi-tour avec ses bateaux et court vers le col de Kumbalam. La marée haute monte et le vent tourne. Il revient au gué de Kumbalam juste à temps pour s'ancrer avec les autres et se préparer à affronter le gros de la flotte de Calicut, qui se dirige maintenant vers le gué.

La même scène que la semaine précédente se joue avec les paraus de Calicut forcés d'avancer par petites vagues étroites et qui sont tout aussi infructueuses. Après avoir perdu environ 19 navires à cause de lourds dégâts et quelque 290 morts, l'amiral de Calicut annule l'attaque. Le pari de diversion échoue.

Troisième assaut

Le lendemain, plutôt que de se reposer et de récupérer, Duarte Pacheco lance une attaque surprise contre quelques petits villages des îles voisines, qui fournissent furtivement des paraus à la flotte de Calicut. La valeur de la cible elle-même n’est pas grande. Son objectif principal est de déstabiliser psychologiquement l'armée du Zamorin.

Le lendemain (mardi ), le Zamorin décide d'adopter une nouvelle tactique. Il n’y a plus d’attaques de flotte impétueuses. La flotte reçoit l'ordre de se retenir jusqu'à ce que les navires portugais soient coulés ou gravement endommagés par les canons côtiers. À cette fin, les batteries de Calicut sont positionnées soigneusement et protègent leurs canons vénitiens.

La bataille s'ouvre par un barrage terrestre sur les navires portugais. Mais alors que les canons vénitiens ont la portée nécessaire pour toucher les navires, les équipages de batterie relativement inexpérimentés n'ont pas la visée – certainement pas à cette distance. Duarte Pacheco informe rapidement de la situation et interdit aux navires de riposter. Son intention est de donner confiance aux équipages de la batterie de Calicut et de les inciter à avancer leurs canons pour mieux viser (et s'exposer).

La ruse de Pacheco fonctionne mieux que prévu. Alors que les canons des navires portugais se taisent et qu'ils restent tranquilles, se laissant tirer dessus depuis la terre sans riposter, les capitaines de Calicut ne tardent pas à conclure que les Portugais doivent être à court de munitions. À ce stade, le plan prudent du Zamorin échoue. Non seulement les batteries de canons commencent à quitter leurs positions protégées, mais la flotte de Calicut, qui reste inactive à l'embouchure du détroit, surveillant avec méfiance les Portugais, décide que c'est une opportunité en or. Avec les canons portugais à court de munitions, il est simple pour les paraus de se précipiter, de s'attaquer, d'aborder et de submerger les Portugais par leur nombre. Ils se lancent impétueusement en aval vers l'équipe portugaise.

Duarte Pacheco tient le feu jusqu'à ce que la première vague de paraus se rapproche suffisamment, puis lance un barrage à bout portant, coulant huit paraus dans une volée massive de tirs de canon et de mousquet, causant un nombre extraordinaire de victimes. La première vague est brisée, mais le reste des paraus s'est trop avancé pour reculer maintenant. La flotte du Zamorin s'engage et cela se déroule comme avant avec de petites vagues infructueuses après vagues de paraus, brisées successivement et calmement par les tirs portugais. Les canons vénitiens, désormais imprudemment avancés et exposés, sont réduits au silence par des tirs directs occasionnels sur les équipages de batterie.

À midi, cependant, l'un des «bateis» portugais prend feu, obligeant l'équipage à diviser ses attentions. La vague suivante de paraus de Calicut concentre tous ses efforts là-dessus, dans l'espoir de mettre définitivement hors service au moins une des quatre plates-formes portugaises. Mais l'équipage réussit à éteindre l'incendie et à repousser l'attaque.

À la fin de la journée, la flotte de Calicut se retire, après avoir perdu 22 paras et quelque 600 morts. Malgré l'épuisement des équipages, Pacheco ordonne à ses deux « bateis » de lancer une brève poursuite de la flotte en retraite. Un peu en chemin, les bateis débarquent quelques soldats près d'Edapalli, incendient deux petits villages et battent la garde qu'un seigneur local s'est précipité d'envoyer pour les sauver.

Malgré toutes ces actions, les Portugais, une fois de plus, ne comptent aucun mort, seulement quelques blessés.

Le Zamorin est démoralisé après cet assaut et se retire dans ses tentes. Déjà après le deuxième assaut, le Zamorin aurait compris l'inutilité des attaques répétées contre le gué de Kumbalam et aurait même probablement décidé d'arrêter la campagne et d'entamer des négociations de paix. Néanmoins, ses capitaines l'auraient poussé à réessayer, à restaurer son honneur et garder la foi de ses vassaux; le conduisant ainsi à un nouvel échec.

Cols de Palignar et Palurte

Conséquences

Notes et références

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