Bataille de Marib
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(1 an, 1 mois et 25 jours)
- Territoire contrôlé par les loyalistes.
- Territoire contrôlé par les Houthis.
- Territoire contesté.
| Date |
– (1 an, 1 mois et 25 jours) |
|---|---|
| Lieu | Marib |
| Issue | Cessez-le-feu dans le cadre de la trêve nationale appliquée depuis le 2 avril 2022 |
| inconnues | inconnues |
| 2 000 morts et plusieurs milliers de blessés entre février et avril 2021. | 27 000 morts entre février et novembre 2021 selon la coalition menée par l'Arabie saoudite. 14 700 morts entre juin et novembre selon le ministère de la défense houthis. |
Batailles
- Bataille d'Amran
- 1re Bataille de Sanaa
- Bataille de l'aéroport d'Aden
- 1re Bataille d'Aden
- Bataille de Taëz
- 1re Bataille de Moukalla
- 2e Bataille de Moukalla
- 2e Bataille de Sanaa
- 2e Bataille d'Aden
- Bataille d'al-Hodeïda
- Prise de Socotra
- 3e Bataille d'Aden
- 4e Bataille d'Aden
- Offensive de Najran
- Attaque d'Abqaïq et de Khurais
- Offensive d'Al Bayda
- Offensive d'Al Jawf
- Bataille de Marib
- Offensive du gouvernorat de l'Hadramaout de 2025
| Coordonnées | 15° 27′ 41″ nord, 45° 19′ 26″ est | |
|---|---|---|
La bataille de Marib commence en pendant la guerre civile yéménite, et oppose les forces loyalistes qui contrôlent la ville de Marib aux rebelles houthis qui tentent de s'en emparer[1],[2].
En , après une offensive de presque une année, les rebelles houthis ont réussi à encercler la ville sur trois fronts : au nord depuis Al-Jawf, au sud depuis la frontière du gouvernorat de Chabwa et à l’ouest tout au long des fronts de la capitale du pays Sanaa[3].
Géographiquement, elle fait par ailleurs la jonction entre le nord et le sud et mène vers l’est et le reste du Yémen. Elle est également proche des frontières de l’Arabie saoudite.
Ancien bastion d’Al-Qaëda dans la péninsule Arabique[4], la région yéménite de Ma'rib riche en pétrole, compte une population essentiellement tribale[5].
En 2015, la ville passe sous le contrôle des troupes du gouvernement d'Abdrabbo Mansour Hadi[6]. Les années suivantes, c'est l'une des rares à être épargnée par la guerre civile opposant depuis 2014 les forces loyalistes fidèles soutenu par l'Arabie saoudite, aux rebelles houthis soutenus par l'Iran[1]. Sa capitale, Marib, peuplée de 2 millions d'habitants, constitue un refuge pour des centaines de milliers de déplacés ayant fui les combats dans ce pays dévasté par la guerre[7],[8].
Au début de l'année 2020, les rebelles houthis qui contrôlent le nord du pays et sa capitale Sanaa à 120 km de Marib tentent de s'en emparer, mais les combats baissent en intensité avant de s'arrêter pendant plusieurs mois[1]. Les rebelles houthis s'emparent néanmoins du terminal pétrolier de Ras Issa, relié à Ma’rib par oléoduc, et espèrent élargir leur contrôle aux raffineries[6].
En début d'année 2021, les houthis bénéficient de l'arrivée à la tête des États-Unis d'un président (Joe Biden) moins favorable à l'Arabie saoudite que son prédécesseur (Donald Trump)[8],[9]. En effet, dans la foulée de son élection, Joe Biden décide de suspendre les sanctions américaines contre les houthis pour faciliter la distribution d'aide humanitaire internationale au Yémen[10], et annonce son intention de retirer cette organisation paramilitaire de la liste noire américaine des groupes terroristes[11]. Enfin, la nomination par le gouvernement américain de Timothy Lenderking comme émissaire pour le Yémen sonne également comme un appel au dialogue alors que ce dernier avait mené des négociations entre les houthis et la coalition durant le mandat de Donald Trump[12].
Le , constatant ce relâchement des États-Unis en raison d'une recherche d’apaisement et de médiation au Yémen les houthis décident de reprendre leur offensive pour tenter de s'emparer de la ville de Marib[1].
Le contrôle de la région de Marib présente également de forts enjeux économiques : elle produit près de 10 % du gazole et, surtout, 90 % du gaz de pétrole liquéfié consommé dans le pays. La plupart des foyers yéménites en sont dépendants pour la cuisine et le chauffage, alors que de graves pénuries de carburant sévissent déjà dans de nombreuses régions. En outre, la bataille est importante dans le rapport de force dans les négociations entre les belligérants. Les Houthis espèrent pouvoir mettre en avant une victoire stratégique, alors que le camp pro-Hadi tente pour sa part de conserver l'une de ses seules places fortes, son autorité dans le sud du pays étant très contesté par les séparatistes[13].
L'International Crisis Group (ICG) explique que « Marib est le dernier bastion gouvernemental pro-Hadi dans ce qui fut le Yémen du Nord avant l’unification du pays, en 1990. Symboliquement, sa perte constituerait un revers majeur pour le gouvernement reconnu par la communauté internationale et soutenu par la coalition saoudienne. C’est pour cela que Marib est important. Pour les houthistes, comme pour les forces du camp gouvernemental, pour qui cette attaque est un danger existentiel. Il y a probablement plusieurs facteurs en jeu, mais le principal est la conviction des houthistes qu’ils peuvent prendre cette ville et mettre fin à la guerre dans le Nord, améliorer la viabilité économique des régions qu’ils contrôlent et leur position de négociation avec l’Arabie saoudite »[13].
Déroulement de la bataille
Durant la première semaine de l'offensive, les combats autour de Marib font rapidement monter le bilan humain à plusieurs dizaines de morts et de blessés dans les deux camps[9]. Les rebelles houthis ont à leur disposition un arsenal conséquent avec plusieurs types d'armes notamment des blindés, des drones, des roquettes, et des missiles balistiques[5],[14].
Ils réussissent dans les premiers jours à couper les lignes d'approvisionnement en équipements militaires dans le district d'El-Abdiya, à 50 km au sud de Marib, en vue de préparer des attaques et de renforcer le siège de la ville[9]. Les forces gouvernementales dans la ville appellent les tribus locales à leur venir en aide, tandis que jeudi , les rebelles houthis tirent un missile balistique dans la banlieue de Ma’rib tuant huit soldats et blessant beaucoup d’autres[11].
Lundi , les houthis poussent des centaines de leurs combattants au sud de la ville et parviennent à s'emparer de certains sites pendant quelques heures avant d'être contraints de battre en retraite par les frappes aériennes de l'aviation saoudienne[15]. Des forces loyalistes ciblent les renforts houthis venant de Sanaa et bombardent leurs repaires au nord de la ville[15].
Le lendemain, les rebelles font état de 13 frappes aériennes de la coalition arabe contre leurs troupes, ce qui ne les empêche pas d'avancer à l'ouest et au nord[8].
Entre le 10 et le , les forces de la coalition ont selon l'ONU, mené plus de 100 frappes aériennes[6]. Malgré cela, les défenses pro-gouvernementales à Sarwah, à l’ouest de Ma’rib, s'effondrent, avançant la ligne de front à moins de 20 km de la ville de Marib[6].
Vendredi , des sources locales évoquent un bilan plus de 60 combattants tués à Ma'rib, ce qui en fait la journée la plus sanglante depuis le début de cette bataille le [1].
Le lendemain, une source militaire loyaliste annonçait un bilan de 50 combattants tués dans les affrontements durant les dernières 24 heures, dont 22 membres des forces gouvernementales et de 28 rebelles[1]. La chaîne des rebelles houthis Al-Massirah annonce que la coalition arabe menée par l'Arabie saoudite a mené plus de 12 raids aériens en appui aux forces gouvernementales au sol[1], tandis que selon des témoignages d'habitants, les houthis tirent une dizaine de missiles sur la ville[7].
Le samedi , des sources militaires gouvernementales annoncent un bilan d'au moins 90 combattants tués au cours des dernières 24 heures[2]. Des affrontements particulièrement violents éclatent sur six fronts, la plupart des offensives rebelles étant stoppées par les forces gouvernementales à l'exception du front de Kassara, au nord-ouest de la ville de Marib[2]. L'aviation saoudienne mènent plusieurs frappes contre des cibles des houthis sur plusieurs fronts, tuant au moins 58 rebelles et blessant des dizaines d'autres[2].
Vendredi , les rebelles houthis prennent le contrôle d'une montagne surplombant la ville de Marib, le mont Hilan, ce qui leur permet de menacer les premières lignes de défense de la ville[16]. Des témoignages de combattant loyalistes déclarent que les houthis ont coupé les lignes d'approvisionnement sur certains fronts et que les combats font désormais rage à l'ouest de la ville[16]. En réaction, l'armée saoudienne mène des dizaines de frappes aériennes sur des positions houthies[17]. Entre le 19 et le , les affrontements et frappes aériennes à Kassara au nord-ouest de la ville de Marib, provoquent la mort de près de 70 combattants (22 pro-gouvernementaux et 58 houthis), et des dizaines de blessés[18]. La coalition déclare avoir réussi à détruire des équipements militaires rebelles, notamment des chars d'assaut[18]. À ce stade, des experts considèrent que la puissance de feu de la coalition devrait retarder une éventuelle victoire houthie, et qu'une chute imminente de Marib est peu probable[17].
Le , après avoir baissé en intensité, les combats reprennent à la suite d'une nouvelle offensive des rebelles sur les fronts de Kassara et de Machjaa au nord-ouest de Ma'rib, faisant en 24 heures au moins 53 morts dans les deux camps, 22 soldats loyalistes et 31 rebelles[19]. L'aviation de la coalition est intervenue en soutien aux forces loyalistes, ce qui n'empêche pas une avancée limitée des rebelles, mais sans pour autant menacer la ville[19]. Entre le 10 et le , le nombre de combattants tué se chiffre à 70, 26 loyalistes et 44 rebelles houthis, dont la progression limitée est repoussée grâce à l'appui des frappes aériennes de la coalition[20]. Ces frappes détruisent, 12 véhicules militaires, quatre chars et un canon[20].
Les 15 et , de nouveaux combats font 96 morts, 36 morts et 60 parmi les rebelles houthis, qui poursuivent une lente avancée avancent vers Ma'rib, menaçant de plus en plus la ville[21].
Les 23 et , les rebelles reprennent leur offensive en déployant des centaines de renforts, et des motos après que les frappes aériennes saoudiennes aient détruit la plupart de leurs véhicules militaires[22]. Malgré l'appui aérien saoudien aux combattants loyalistes, les houthis avancent et prennent le contrôle total du front de Kassara[22]. Au moins 65 combattants sont tués en 48 heures, dont 26 membres des forces gouvernementales (incluant quatre officiers), et 18 rebelles[22].
Le , les loyalistes annoncent avoir repoussé une attaque massive des rebelles faisant 67 morts en 24 heures dont 27 soldats loyalistes et 40 rebelles, à al-Tala'a al-Hamra, à 18 kilomètres à l'ouest de la ville, près de la principale route reliant Marib à la capitale Sanaa, contrôlée par les rebelles[23].
Après un mois et demi d'accalmie et d'efforts diplomatiques pour obtenir un cessez-le-feu, les rebelles lancent une nouvelle attaque le avant d'être repoussés, une trentaine de morts dans leurs rangs et 16 du côté loyaliste[24]. Des avions de la coalition militaire dirigée par l’Arabie saoudite mènent de nouvelles frappes sur plusieurs sites houthistes dans la province de Marib[24]. Les deux jours suivants, la poursuite des combats fait 90 morts en 48 heures, dont 63 rebelles et 27 loyalistes, sans faire bouger les lignes de front[25]. Entre le 24 et le , la poursuite des combats fait 13 morts du côté loyaliste et 48 du côté houthis, puis entre le 26 et le 27, de nouveau 16 morts du côté loyaliste et 34 rebelles du côté houthis[26].
En juillet, les houthis concentrent leur offensive sur le secteur de Bayhan, situé dans le gouvernorat de Chabwa frontalier de Marib, dont la prise accroisserait fortement la pression sur Marib qu'ils pourraient attaquer par le sud[27]. Après une importante avancée de ces derniers, prenant le contrôle des districts de Natie et Naaman à Al-Bayda, le camp loyaliste se renforce pour stopper leur progression[27].
Début septembre, avec une baisse des tensions pendant l'été, les combats reprennent de nouveau faisant 65 morts en 48 heures, 22 côté loyaliste et 43 côté houthis[28]. Les 7 et , un nouvel assaut des houthis fait 78 morts en 24 heures, 18 dans le camp des loyalistes et 60 dans le camp des rebelles, principalement en raison des frappes aériennes de l'aviation saoudienne[29]. Les 25 et , un nouvel assaut des houthis fait 50 morts en 24 heures, 7 dans le camp des loyalistes et 43 dans le camp des rebelles, principalement en raison des frappes aériennes de l'aviation saoudiennes[30]. Le lendemain, de nouveaux affrontements dans les provinces de Marib et Chabwa font 67 morts dont 58 houthis, principalement tués par les frappes aériennes de la coalitions[31]. Les 28 et , la poursuite des combats fait une centaine de morts en 48 heures, dont environ les deux tiers de rebelles houthis, alors que les forces loyalistes se renforcent grâce au ralliement de centaines de combattants de tribus locales[32].
En octobre, de nombreux bombardements saoudiens visent les houthis au sud de la ville dans l'espoir de stopper leur offensive[33],[34],[35],[36],[37]. Mais cela n'empêche pas les houthis de continuer leur lente progression, malgré des pertes très lourdes dans leurs rangs[32], estimées à plus de 800 morts depuis début octobre[38]. Ces derniers réalisent des avancées au sud de la ville, dans les districts de Harib, de Rahabah, d’Al-Joubah ou encore dans les gouvernorats de Shabwa et d’Al-Bayda[5].
À la fin du mois d', la ville de Marib est presque totalement encerclée par les houthis par le nord, par l’ouest, et par le sud[39]. Selon le journaliste indépendant Quentin Müller, présent sur place, seule une route à l'est menant vers l’Hadramaout est encore ouverte, sécurisée par une quarantaine de check-points, signe de son importance vitale[39]. Selon Quentin Müller cette route est l’unique voie d'approvisionnement en vivres et en armes des forces loyalistes, et la seule porte de sortie pour la population dans le cas où les rebelles parviendrait à prendre la ville[39].
Entre le 3 et le , la reprise des combats fait environ 200 morts dans le nord de Marib, dont 125 houthis et 70 loyalistes[40].
Le , après deux semaines de combats, les houthis sont chassés de Harib, une localité située au sud de la ville de Marib, par des forces loyalistes, la Brigade des Géants soutenues par les Emirats arabes unis, au lendemain d'une nouvelle attaque de ces insurgés contre le territoire émirati[41].
En , une trêve nationale est signée au Yémen entre l'Arabie saoudite et les rebelles houthis, entérinant une forme de statu quo militaire autour de la ville de Marib[42]. Malgré quelques affrontements sporadiques cette trêve de six mois tient globalement jusqu'à son expiration[43]. En , malgré l'échec des négociations pour prolonger cette trêve, cette-ci se transforme « trêve gelée », où chaque camp s’en tient aux conditions de l’accord, sans pour autant s'engager à une cessation durable des hostilités[43]. Parallèlement, des pourparlers secrets ont lieu entre les rebelles houthis et l'Arabie saoudite, cette dernière désirant se retirer de ce conflit coûteux et enlisé, et d'obtenir, par la négociation, des garanties des houthis sur la sécurisation de sa frontière avec le Yémen[44].