Bataille de l'île de Hainan

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Date 16 avril – 1er mai 1950
Bataille de l'île de Hainan
Description de cette image, également commentée ci-après
Jonques communistes traversant le détroit de Qiongzhou
Informations générales
Date 16 avril – 1er mai 1950
Lieu Hainan, Guangdong, Chine
Belligérants
Drapeau de la République populaire de Chine République populaire de Chine Drapeau de Taïwan République de Chine
Commandants
Deng Hua
Lai Chuanzhu
Han Xianchu
Li Zuopeng
Feng Baiju (Colonne de Hainan)
Wang Guoxing (Li)
Wang Yujin (Li)
Chen Jitang
Xue Yue
Bai Chongxi
Unités impliquées
Armée populaire de libération
  • 40e armée du 12e Corps
  • 43e armée du 15e Corps
  • Colonne communiste de Hainan
  • Milices Li
Armée de la république de Chine
  • 32e, 62e, 64e armées
  • 163e division de la 109e armée

Naval Jack of the Republic of ChinaMarine de la république de Chine

  • 3e Flotte

Flag of the Republic of China Marine CorpsCorps des fusiliers marins de la république de Chine

  • 2e brigade des Marines
Flag of the Republic of China Air ForceForce aérienne de la république de Chine
Forces en présence
100 000 soldats
15 000 miliciens
140 000–200 000 soldats et miliciens
52 navires
40 avions
Pertes
4 000 morts 33 000 morts

1 navire coulé, 5 endomagés

2 avions abattus

Guerre civile chinoise

La bataille de l'île de Hainan (chinois simplifié : 海南岛战役 ; chinois traditionnel : 海南島戰役 ; pinyin : Hǎinán dǎo zhànyì) est un engagement militaire qui s'est produit en 1950, pendant la phase finale de la guerre civile chinoise. La république populaire de Chine, à peine déclarée quelque six mois plus tôt, y mène un assaut amphibie sur l'île de Hainan, aidée par le mouvement communiste de Hainan qui contrôlait une grande partie de l'intérieur de l'île. La république de Chine défend d'abord la côte, ses forces étant concentrées au nord, près de Haikou avant d'être contraintes de se replier vers le sud après le débarquement. La campagne dure moins de deux semaines et les communistes chinois déclarent victoire le après la capture des villes du sud.

Le mouvement communiste de Hainan

En décembre 1949, les communistes chinois contrôlent toute la Chine continentale, à l'exception de Hainan et du Tibet, à l'époque indépendant.

Le Parti communiste chinois (PCC) établit une section à Hainan dès 1926. Le mouvement communiste de l'île s'est cependant développé indépendamment, les lignes de communication entre cette section et la direction du PCC étant ténues dès le début. La répression déchainée par le gouvernement nationaliste, après l'éclatement du Premier front uni chinois, touche gravement les communistes de Hainan. Presque anéantis comme leurs homologues du continent, les rares survivants abandonnent la côte urbaine pour l'intérieur rural et montagneux. En 1929, Wang Wenming, chef des communistes de Hainan, désigne Feng Baiju (en) comme son successeur[1].

Face à l'agression japonaises, les communistes et le Kuomintang (KMT) constituent un Deuxième front uni chinois dès 1937 mais des arrangements formels pour Hainan ne furent pris qu'en 1938 après le début de la Seconde guerre sino-japonaise[2]. Le groupe communiste de Hainan doit cependant vite faire face à l'invasion japonaise de l'île en 1939[3]. Ils restent ainsi isolés de la direction du parti communiste pendant l'essentiel du conflit[4]. Des hostilités limitées entre les communistes de Hainan et les maquis nationalistes reprennent en 1940[5]. Les résistants forment finalement une milice appelée la Colonne indépendante de Hainan[6] alors que les nationalistes s'aliènent le peuple indigène Li des montagnes du sud en occupant leur territoire et en exigeant un soutien matériel[7]. En , les Li - dirigés par Wang Guoxing et Wang Yujin - attaquent les combattants du KMT lors du soulèvement de Baisha avant d'être écrasés[8]. Wang Guoxing et Wang Yujin survécurent et formèrent, sur suggestion de ce dernier, une alliance[9] avec les communistes de l'intérieur septentrional[10]. Les communistes, dépendant fortement des Li pour leur survie [11], déplacèrent leur principale base vers le sud, à Wuzhishan, en 1943-1944[12].

La guerre civile s'intensifie après la fin de la Seconde Guerre mondiale en 1945. À Hainan, les forces de la république de Chine quittent le territoire des Li et se réinstallent le long de la côte[13]. Pendant ce temps, la Colonne communiste profite de son accès au territoire Li pour se développer malgré la répression nationaliste[14]. Maintenir les communications avec le PCC continental reste toujours difficile et lorsque Yan'an ordonne d'abandonner l'île en 1946, les communistes de Hainan rejettent les ordres du Parti[15], invoquant les années passées à construire un soutien populaire[16].

Préparatifs communistes

Soldats de l'APL s'entraînant pour l'offensive en 1949.

Fin 1949, la république populaire de Chine, déclarée le , espère mettre un terme à la guerre civile en s'emparant des îles constituant les derniers bastions de la république de Chine. Ces tâches s'avèrent particulièrement difficiles, le gouvernement nationaliste conservant des forces navales et aériennes supérieures. La marine communiste n'a commencé à se former qu'au printemps, avec la capture de navires républicains. En outre, les communistes ne sont pas préparés : les invasions des îles Kinmen en octobre et Zhoushan en novembre se sont soldées par des échecs cinglants[17]. L'invasion de Hainan est donc reportée[18].

Wang Guoxing et Ma Baishan traversent le territoire alors contrôlé par la république de Chine pour se rendre à Pékin à l'automne 1949. Ils sont ainsi présents dans la ville pour la proclamation de la république populaire de Chine. La délégation de Hainan s'entretient avec les dirigeants militaires de l'APL avant de repartir vers le sud en profitant des avancées militaires des communistes[19]. La planification de l'invasion a lieu pendant l'hiver 1949-1950[20]. En , Mao Zedong approuve finalement l'invasion lors d'une visite d'État en Union soviétique, peut-être dans l'objectif d'impressionner ses hôtes [21].

Les délégués de Hainan arrivent à temps pour assister à la réunion finale de planification de l'invasion en , à laquelle se joignent des officiers haïnaniens. Ma relaye une suggestion de Feng : l'attaque depuis le nord devrait se faire en tenailles plutôt que par un assaut frontal suivi d'une bataille d'attrition pour Haikou[22].

La quatrième armée de campagne de l'Armée populaire de libération est chargée de l'invasion. L'armée est déployée dans la péninsule de Leizhou, dans le Guangdong, de l'autre côté du détroit de Qiongzhou, face à Hainan[23]. Le 15e corps subordonné, dirigé par le général Deng Hua, doit participer à l'invasion transdétroit[20] après des entrainements renforcés basés sur l'expérience du débarquement à Kinmen[24].

Le Bureau de la branche sud du Parti communiste a ordonne alors à la Colonne communiste de Hainan de préparer et de distribuer de la monnaie en prévision de l'invasion. Cette monnaie devait être remise aux troupes d'invasion de l'APL pour l'achat de fournitures sur l'île ; une distribution et un usage plus larges contribueraient à lier l'île à l'économie de la RPC. La Colonne émet des obligations de guerre durant l'hiver et le printemps 1950, provoquant une ultime campagne de répression de la part de la république de Chine. Chen Jitang, gouverneur de Hainan en république de Chine, a tente également d'émettre de la monnaie à la même époque pour combattre la stratégie communiste. Sans soutien du gouvernement de la république de Chine, cette tentative a échoue[25].

L'invasion a été précédée de trois mois d'entraînement [23] avec une aide soviétique[21]. L'entraînement comprenait la natation et le maniement de bateaux à voile et à moteur[23].

L'invasion est reportée de quelques semaines sur les conseils des Soviétiques, qui estimaient que les vents seraient alors plus favorables aux jonques[21]. Malgré cela, les principaux débarquements d'avril et de mai ne purent profiter de ces vents hivernaux favorables[23].

Préparatifs nationalistes

Les forces nationalistes sont composées d'environ 200 000 troupes régulières et de milice[26]. Seymour Topping du The New York Times note la présence de 140 000 troupes, incluant 80 000 vétérans[23]. Un grand nombre d'entre eux avaient été évacués du Continent et étaient largement démoralisés et mal ravitaillées[23],[27]. Ils étaient aussi accompagnés de refugiés en nombre[21]. La plupart des défenseurs se concentraient autour de Haikou[27]. Les forces aériennes et navales de la république de Chine, elles, sont mieux équipées que leurs homologues communistes, avec 25 avions et 50 navires de combat[28].

Le général Xue Yue est chargé de défendre Hainan à la fin de 1949[24]. Il lance une campagne de répression au début de 1950 et dévaste les rangs des communistes de Hainan en février sans pour autant les éliminer[29].

Les forces nationalistes sont cependant divisées. Le gouverneur de l'île, Chen Jitang, a été nommé en et cherche depuis à faire de Hainan une citadelle anticommuniste loin de l'influence de Chiang Kai-shek, persuadé que celui-ci a été abandonné par les États-Unis[30]. L'arrivée du général Bai Chongxi puis du gouverneur du Guangdong, Xue Yue, en , renforcent les tensions sur l'île. Après avoir tenté de se rendre aux communistes chinois en vain, Chen essaie de s'attirer les faveurs de Washington en obtenant le soutien du sénateur William Knowland[30].

Face à cette situation, depuis Taipei, Chiang Kai-shek ordonne la réalisation de plans en cas d'abandon nécessaire de l'île. Le Généralissime, en lutte contre son Vice-Président, Li Zongren, n'a en outre que peu d'intérêt à voire l'autonomisation d'un territoire historiquement contrôlé par son adversaire[30].

Le gouvernement de la république de Chine, se concentrant donc sur la défense de Taïwan, refuse la plupart des demandes de renforts et de matériel de Chen Jitang et de Xue Yue[31]. Cela pousse les deux hommes à s'accorder sur la vente de 600 000 tonnes de minerais de fer au Japon pour renflouer les finances de l'île[30].

L'invasion

Un soldat de l'APL (à gauche) serre la main d'un soldat de la Colonne de Hainan (à droite), peu de temps après la capture conjointe de Haikou par leurs forces.

Attaques préliminaires

Face à la préparation communiste, la république de Chine bombarde les bases communistes de Hainan et de la péninsule de Leizhou, profitant de l'absence de défenses antiaériennes[32].

À partir de fin-, l'APL renforce la Colonne de Hainan par des débarquements de petite envergure[33],[21] ; la plupart échappèrent à la détection nationaliste[21], la force des unités de débarquement étant masquée par leur dispersion. Des mouvements plus importants ont lieu les 10, 26 et , impliquant des dizaines de jonques[33].

Débarquements principaux

L'assaut amphibie communiste principal a commence dans la nuit du . Les troupes traversent le détroit sur 318 jonques divisées en plusieurs vagues[33]. Un certain nombre de transports est coulé par les forces aéronavales nationalistes, la plupart des 4 000 victimes communistes de la campagne s'étant produites pendant la traversée initiale[34]. Les forces communistes arrivées sur les plages arrivent cependant rapidement à effectuer une jonction. La Colonne de Hainan avait effectivement préparé des têtes de pont permettant à plus de 100 000 soldats de l'APL de débarquer au matin du [35]. Haikou au nord tombe le [33]. La défense nationaliste, minée par la désunion du commandement et le manque de ravitaillement, se désintègre sous les coups communistes[36]. Les forces de Chen Jitang et Xue Yue battent en retraite vers le sud [33] avant d'évacuer ses commandants et près de 70 000 soldats et réfugiés de l'île[36]. À Taïwan, Chiang Kai-shek s'était visiblement désintéressé du sort de Hainan depuis , considérant l'île comme un gouffre économique et militaire par rapport à Taïwan. Une visite à Taipei de Chen Jitang au début de l'invasion ne permet pas le déploiement de nouvelles troupes nationalistes et, après une visite sur l'île de son conseiller, l'amiral américain Charles M. Cooke Jr., Chiang décide l'abandon de Hainan[37].

Sanya et Yulin, dans le sud, tombent aux mains des communistes dans les sept jours suivant Haikou, permettant à la république populaire de Chine de proclamer la prise de le l'île entière le [33].

Conséquences

Références

Annexes

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