Batrachium

sous-genre ou section de plantes aquatiques de la famille des Renonculacées From Wikipedia, the free encyclopedia

Renoncules aquatiques, Grenouillettes

Batrachium est une section au sein des Renoncules (Ranunculus sect. Batrachium DC. 1817). Elle comprend une trentaine d'espèces de plantes aquatiques à fleurs blanches.

L'ensemble de ces espèces est communément dénommée par le pluriel « renoncules aquatiques »[1], mais parmi celles-ci il en existe une dont le nom est la Renoncule aquatique (Ranunculus aquatilis). Le présent article traite de la section dans son ensemble et donc des quelque trente espèces qu'elle contient.

Caractéristiques

Description

Espèces du genre Ranunculus se développant dans des habitats aquatiques, ou à minima dans des zones humides. Elles ont pour second trait commun caractéristique leurs fleurs de couleur blanches (sauf R. flavidus à fleurs jaunes[2]). Leurs nectaires sont dépourvus d'écaille et leur méricarpes sont charnus et forment des rident transversales à la surface en se desséchant[1]. Les formes émergées possèdent toujours des tiges rampantes : prostrées. Les formes aquatiques peuvent avoir un port dressé ou dressé-étalé en eaux stagnantes, ou prostrées en eaux courantes[2].

Écotypes

Dans sa monographie, Pizarro[2] reconnaît trois écotypes :

  • nymphéïdes : présence de feuilles laminaires uniquement (à limbe plein = feuilles plates)
  • myriophyllides : présence de feuilles laciniées uniquement (= à segments filiformes, capillaires). Ce type de feuille est une adaptation au développement au sein d'eau courante.
  • batrachides : présence des deux types de feuilles sus-cités. Plantes plutôt présentes dans les eaux stagnantes ou faiblement courantes.

Tous les auteurs alertent sur la grande variabilité morphologique des espèces en fonction des milieux dans lesquels elles se développent.

Distinction avec les sections proches

La section Hecatonia (Lour.) DC. 1824 est paraphylletique avec la section Batrachium.

Il s'agit de plantes de zones humides à semi-aquatiques. Elles ont des pétales jaunes et ne disposent jamais de feuilles filiformes. Le réceptacle de leurs fleurs s'élargit après l'anthèse[3].

La section nord-américaine Xanthobatrachium présente des espèces de renoncules aquatiques à fleurs jaunes, comme notamment Ranunculus flabellaris.

Taxonomie et classification

Le nom de la section a été proposé par De Candolle en 1817 dans son ouvrage « Système naturel du règne végétal »[4],[5].

La première monographie a été réalisée par W. P. Hiern en 1871[6],[7].

Christopher D. K. Cook a publié en 1966 une monographie dans laquelle il traite ce groupe au rang de sous-genre[8]. Si cet ouvrage fait encore référence aujourd'hui[9], le traitement au rang de sous-genre est néanmoins rejeté pour lui préférer celui au rang de section.

En 2017 Gerhard Wiegleb et ses collègues publient un état des lieux de la taxonomie de ce groupe[6].

Synonymes

  • Ranunculus subgen. Batrachium (DC.) Ser. (1849)[10]

Étymologie

Du grec ancien βάτραχος, (bátrakhos) : « grenouille », car ces dernières s'abritent très souvent dans la végétation produite par ces plantes aquatiques.

Noms dans d'autres langues

En allemand cette plante se nomme : Wasserhahnenfuß

En anglais : Water Crowfoots

En castillan : Hierbas laguneras

En néerlandais son nom est : Waterranonkel

Écologie

Origine et distribution

Cette section est représentée sur tous les continents sauf l'Antartique. L'Europe occidentale constitue le centre de majeure diversité de ces espèces (18 y sont représentées)[6].

Ces espèces croissent dans les zones arctique, boréale, tempérée et méditerranéenne.

Habitat

Plantes aquatiques ou à minima des zones humides : rivières, marais, étangs, fossés, sources, ruisseaux, etc.

Spink et al. indiquent que la plupart des espèces préfèrent des eaux peu profondes (< 1,2 m) et citent R. fluitans comme principale exception[11].

Les renoncules aquatiques sont considérées comme des indicateurs vis-à-vis du degré d'eutrophisation et de la minéralisation de l'eau[12].

Lorsqu'elles sont présentes en cours d'eau, les Renoncules aquatiques participent à l'habitat d'intérêt communautaire « Rivières des étages planitiaire à montagnard avec végétation du Ranunculion fluitantis et du Callitricho-Batrachion »[13].

Liste des espèces

Wiegleb et al. (2017)

30 espèces[6] :

  • R. omiophyllus
    Groupe A (quatre espèces) : Plantes amphibies, de petite taille (souvent moins de 50 cm de long), petites fleurs à pétales de moins de 5 mm de long, nectaires en forme de petites lunes. Plantes prostrées, avec des feuilles laminaires alternes ou souvent opposées.
  • Plantes aquatiques (hydrophytes), moyennes à longues (de plus de 50 cm de long) à feuilles capillaires immergées (type myriophyllides) ou à feuilles capillaires immergées et feuilles laminaires flottantes (type batrachides). Croissance sur la terre ferme rare. Feuilles laminaires alternes, très rarement opposées.
  • R. ololeucos
    Groupe B (9 espèces) : Feuilles laminaires généralement présentes (type batrachides) avec une différence marquée entre le pétiole et le limbe.
    • Ranunculus ololeucos (d'Europe occidentale)
    • Ranunculus saniculifolius (ibérique à ouest-méditérranéenne)
    • Ranunculus baudotii (d'Europe)
    • Ranunculus bungei (chinoise à extrême-orientale)
    • Ranunculus aquatilis (holarctique)
    • Ranunculus mongolicus (asiatique et nord-américaine)
    • Ranunculus schmalhausenii (scandinave)
    • Ranunculus peltatus (européenne, proche-orientale et russe)
    • Ranunculus penicillatus (d'Europe occidentale et centrale)
      • subsp. penicillatus
      • subsp. pseudofluitans (= R. × pseudofluitans)
  • Feuilles laminaires généralement absentes (type myriophyllides), parfois présence de feuilles intermédiaires constituées de segments aplatis.
  • R. circinatus
    Groupe E (5 espèces) : Feuilles capillaires divergentes, rigides ou subrigides, circulaires (segments tous dans un même plan) ou sphériques (segments dans de nombreux plans), courtes (de moins de 3 cm de long), à entre-nœuds adjacents 3 à 5 × plus grands.
    • Ranunculus circinatus (espèce eurasienne et nord-américaine)
    • Ranunculus sphaerospermus (espèce méditérranéenne et d'Asie centrale)
    • Ranunculus subrigidus (espèce nord-américaine et nord-asiatique à tendance arctique)
    • Ranunculus codyanus (espèce canadienne arctique)
    • Ranunculus longirostris (espèce nord-américaine et nord-asiatique)
  • Feuilles capillaires flaccides, rigides ou charnues, obconiques (leurs segments se trouvant dans différents plans), petites à longues (de 1 à 60 cm), entre-nœuds adjacents 2 × plus longs, de même taille ou plus courts que les feuilles.
  • R. nipponicus
    Groupe C (7 espèces) : Grandes plantes des cours d'eau (de plus d'1,5 m de long), vivaces, souvent uniquement pourvues de feuilles capillaires (type myriophyllides), rarement à feuilles intermédiaires à segments aplatis (type 'ashibetsuensis'). Segments terminaux des feuilles capillaires de moins d'1 cm de long. Fleurs moyennes à grandes : pétales de 6 à 25 mm. Nectaires en lunules, circulaires, pyriformes ou en fer à cheval.
    • Ranunculus fluitans (d'Europe occidentale et centrale)
    • Ranunculus × pseudofluitans (= R. fluitans × R. peltatus, de l'ouest méditerranéen à l'Europe centrale)
    • Ranunculus vertumnus (d'Europe tempérée)
    • Ranunculus ashibetsuensis (japonaise et du Kamtchatka)
    • Ranunculus porteri (côte ouest d'Amérique du nord, du Canada au Mexique)
    • Ranunculus kauffmannii (d'Europe nord-orientale à l'Extrême Orient)
    • Ranunculus nipponicus (japonaise)
  • R. rionnii
    Groupe D (5 espèces) : Plantes petites à moyennes (de moins d'1,5 m de long), annuelles ou vivaces, feuilles toujours capillaires (type myriophyllides), à segments terminaux de plus d'1 cm de long, fleurs petites à pétales de moins de 5 mm de long, nectaires en lunules.
    • Ranunculus flavidus (d'Asie centrale)
    • Ranunculus rionii (d'Europe centrale au Moyen Orient)
    • Ranunculus kadzusensis (de Corée et du Japon)
    • Ranunculus confervoides (holarctique à tendance arctique ou alpine)
    • Ranunculus trichophyllus (holarctique)

Plants Of the World Online (POWO)

34 espèces et 9 hybrides[14] - les espèces suivies d'une astérisque (*) n'ont pas été traitées par Wiegleb et al. 2017.

  • Ranunculus aquatilis
  • Ranunculus ashibetsuensis
  • Ranunculus baudotii
  • Ranunculus bungei
  • Ranunculus circinatus
  • Ranunculus codyanus
  • Ranunculus confervoides
  • Ranunculus dahlgreniae * (espèce crétoise, décrite en 2023)
  • Ranunculus flavidus
  • Ranunculus fluitans
  • Ranunculus fucoides * (espèce méditerranéenne, d'Espagne, Corse, Italie)
  • Ranunculus hederaceus
  • Ranunculus kadzusensis
  • Ranunculus kauffmannii
  • Ranunculus lobbii
  • Ranunculus longirostris
  • Ranunculus mongolicus
  • Ranunculus nipponicus
  • Ranunculus oblitus * (espèce d'Amérique du sud, décrite en 2022)
  • Ranunculus ololeucos
  • Ranunculus omiophyllus
  • Ranunculus pachycaulon * (espèce d'Asie centrale)
  • Ranunculus peltatus
  • Ranunculus penicillatus
  • Ranunculus porteri
  • Ranunculus pseudofluitans
  • Ranunculus rionii
  • Ranunculus saniculifolius
  • Ranunculus schmalhausenii
  • Ranunculus sphaerospermus
  • Ranunculus subrigidus
  • Ranunculus trichophyllus
  • Ranunculus tripartitus
  • Ranunculus vertumnus
  • Ranunculus × bachii *
  • Ranunculus × glueckii *
  • Ranunculus × hiltonii *
  • Ranunculus × lambertii *
  • Ranunculus × lutarius *
  • Ranunculus × lutzii *
  • Ranunculus × redundans *
  • Ranunculus × segretii *
  • Ranunculus × virzionensis *

Impact des activités humaines

À l'échelle mondiale, les renoncules aquatiques ne semblent globalement pas menacées : la liste rouge de l'UICN ne classe aucune d'entre elles en catégorie de menace (et la Renoncule blanche - R. ololeucos - ne dispose pas d'assez de données pour mener à bien l'évaluation)[15].

Dans l'étude de prédiction du risque d'extinction des angiospermes (Bachman et al., 2024)[16] R. kadzusensis et R. ololeucos sont identifiées comme menacées.

Au niveau local en revanche, la situation est plus contrastée.

En Nouvelle-Aquitaine

R. ololeucos et R. tripartitus sont en danger d'extinction dans le Limousin[17]. R. omiophyllus et R. tripartitus sont vulnérables et R. hederaceus et R. peltatus subsp. baudotii sont presque menacées en Aquitaine[18]. En Poitou-Charente R. tripartitus est en danger d'extinction, R. circinatus, R. ololeucos et R. omiophyllus sont vulnérables et R. hederaceus est presque menacée[19].

En Allemagne

R. ololeucos est en danger critique d'extinction en Allemagne où en 1988 elle n'était plus connue que de 4 stations[20].

Au Royaume-Uni

R. tripartitus est en danger d'extinction en Grande-Bretagne et en danger critique d'extinction en Irlande[21].

Bibliographie

Monographies d'envergure internationale

  • (en) C.D.K. Cook, « A monographic study of Ranunculus subgenus Batrachium (DC.) A. Gray », Mitt. Bot. München, vol. V, , p. 47-237 (lire en ligne [PDF])
  • (es) José Pizarro, « Contribución al estudio taxonómico de Ranunculus L. sugen. Batrachium (DC.) A. Gray (Ranunculaceae) », Lazaroa, vol. 15, , p. 21-113 (lire en ligne [PDF])
  • Gerhard Wiegleb, Alexander A. Bobrov et Joanna Zalewska-GałOsz, « A taxonomic account of Ranunculus section Batrachium (Ranunculaceae) », Phytotaxa, vol. 319, no 1, (ISSN 1179-3163 et 1179-3155, DOI 10.11646/phytotaxa.319.1.1, lire en ligne, consulté le )

Monographies d'envergure locale

  • B.-C. Du Mortier, « Monographie du genre Batrachium », Bulletin de la Société Royale de Botanique de Belgique, vol. 2, no 3, , p. 207-219 (lire en ligne Accès libre [PDF])
  • M. Armand Félix, « Études monographiques sur les Renoncules françaises de la section Batrachium », Bulletin de la Société Botanique de France, 1910-1916

Références

Liens externes

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