Bernard Conein

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Nom de naissance
Bernard Laurent ConeinVoir et modifier les données sur Wikidata
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Bernard Conein
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Nom de naissance
Bernard Laurent ConeinVoir et modifier les données sur Wikidata
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Bernard Conein, né le à Neuilly-sur-Seine et mort le à Paris[1], est un sociologue français et américain. Professeur émérite à l'université Nice-Sophia-Antipolis, c'est un spécialiste de l'ethnométhodologie et de la cognition sociale. Il est l'époux de la linguiste Françoise Gadet.

Famille et jeunesse

Né en 1945, Bernard Conein est le fils de Lucien Conein, lieutenant-colonel de l'armée américaine, et de Monique Veber, petit fils de l'auteur dramatique Serge Veber.

Il obtient son doctorat en sociologie en 1978 à l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS)[2].

Pendant les événements de 1968, il fut membre du Mouvement du 22 Mars.[réf. nécessaire]

Carrière académique

Bernard Conein, Terre-neuve (Canada), 2013

Bernard Conein est recruté comme maître de conférences en 1987 à l'université Paris VIII. Il devient ensuite professeur à l'université Lille-III en 1998, puis à l'université Nice-Sophia-Antipolis en 2005[2].

Membre du Groupe de recherche en droit, économie et gestion (GREDEG), il fut également responsable de l'axe « usages, communautés, réseaux » au sein de la Maison des Sciences de l'Homme et de la Société (MSHS) de Nice. Il a été membre associé du Groupe de sociologie politique et morale (GSPM) de l'École des hautes études en sciences sociales (EHESS) et directeur du Laboratoire des Usages des TIC de Sophia Antipolis.

Ses principaux intérêts de recherches sont la cognition distribuée, la sociologie cognitive et l'épistémologie sociale.

Bernard Conein meurt le , à l'âge de 76 ans. Il est incinéré le au crématorium du Père-Lachaise (Paris)[3],[2].

Œuvre

Les recherches de Bernard Conein traversent plusieurs décennies et plusieurs disciplines — sociologie, histoire, philosophie, linguistique, sciences cognitives, éthologie. Ces disciplines constituent autant de prismes par lesquels il aborde une même ligne d'investigation : comprendre comment les êtres humains pensent, agissent et se coordonnent, et ainsi coopèrent ou s'affrontent, notamment au moyen du langage. L'interaction sociale y constitue le point d'entrée privilégié pour aborder aussi bien la connaissance que la formation des collectifs[4].

Du langage politique à l'ethnométhodologie

Formé à Nanterre, puis à l'EHESS sous la direction de Robert Mandrou, Conein soutient en 1978 une thèse intitulée Langage politique et mode d'affrontement : le jacobinisme et les massacres de septembre, consacrée au statut du porte-parole pendant la Révolution française. Il y montre comment la parole du peuple, pour acquérir une portée politique, doit être relayée par des porte-paroles dont l'existence même instaure une distance entre la demande populaire et le discours institutionnel. Cette attention aux effets pratiques des noms de groupe et des catégorisations sociales va traverser l'ensemble de son œuvre[4].

Dans les années 1980, Conein découvre les travaux de Harvey Sacks et se rend en Californie pour rencontrer Harold Garfinkel et Aaron Cicourel, puis à Manchester, où il noue des liens durables avec Christian Heath, Wes Sharrock et Rod Watson[5]. Avec Louis Quéré, Michel de Fornel et Jean Widmer, il contribue à l'introduction de l'ethnométhodologie et de l'analyse de conversation en France et, plus largement, en Europe francophone[5]. Il publie alors des travaux sur les objets canoniques de ce courant, telles les invitations ou les salutations dans les conversations téléphoniques, tout en maintenant un intérêt parallèle pour l'éthologie et l'œuvre d'Erving Goffman. Ce triple ancrage — ethnométhodologie, étude du langage et sciences du vivant — le conduit à défendre le « principe ethnométhodologique d'indifférence » pour étudier la prise de parole politique : les discours politiques, aussi solennels soient-ils, relèvent des mêmes formes d'analyse que n'importe quelle autre activité pratique ordinaire[4].

Conversation, catégorisation et commérage

S'appuyant sur les travaux de Sacks et Garfinkel, Conein analyse les formes ordinaires de la conversation en insistant sur le rôle des tiers absents. La conversation ne se réduit pas à l'échange entre individus présents : elle permet de tisser un réseau reliant les partenaires en co-présence aux tiers en «co-absence», c'est-à-dire des personnes avec lesquelles chacun pourrait interagir en d'autres circonstances et qui constituent le réseau partagé d'agents. Dans ces réseaux circulent des informations sur les individus, mais aussi sur les relations — rang, parenté, affinités — qui impliquent des «catégories relationnelles». En rapprochant cette fonction du commérage humain de l'épouillage chez les primates, Conein propose une lecture du lien social qui combine naturalisme et sociologie[4].

Ces réflexions sur la catégorisation font l'objet de son Habilitation à diriger des recherches, soutenue en 1994, à l'EHESS, sous le parrainage de Laurent Thévenot, et intitulée La représentation des catégories sociales : taxinomie et classification. À la différence de la classification des espèces naturelles, les catégorisations des personnes — femme, jeune, socialiste — n'ont pas une visée épistémique mais pragmatique : elles orientent le mode de description approprié au contexte[4]. Dans les années 2010, s'inspirant des travaux d'Axel Honneth, Conein ajoute une nouvelle dimension à cette analyse : celle de la reconnaissance morale, soit l'appréciation de la personne en tant que sujet particulier et irremplaçable[4].

Cognition distribuée et action située

Au cours d'un séjour à l'Université de Californie à San Diego, entre 1989 et 1990, Conein rencontre Edwin Hutchins, Jim Hollan et David Kirsh, et s'approprie la perspective de la cognition distribuée, dont il sera l'un des pionniers en France[5]. Les objets, les dispositifs techniques et les environnements y sont analysés comme des composantes de l'activité cognitive au même titre que les capacités individuelles des agents. Il illustre cette approche en filmant des cuisinières en train de réaliser une recette, et démontre ainsi que l'arrangement spatial des ustensiles et des ingrédients constitue une ressource cognitive pour l'action[4],[5]. Il co-édite plusieurs numéros de revues devenus des références dans le champ francophone: Les objets dans l'action et Cognition et information en société pour Raisons pratiques, ainsi que Travail et cognition pour Sociologie du travail[5].

Épistémologie sociale et communautés en ligne

Dans les années 2000, Conein déplace ses intérêts des artefacts matériels vers les modalités collectives de construction de la connaissance. En co-éditant avec Alban Bouvier un volume sur l'épistémologie sociale dans la collection ''Raisons pratiques'', il définit celle-ci comme l'étude des sources indirectes de la connaissance — celles qui reposent sur la confiance ou l'autorité accordée à autrui[4],[5]. En collaboration avec le mathématicien Mathieu Latapy et le chercheur Alexandre Delanoë, il trouve un terrain empirique dans les fils de discussion de développeurs en communautés open source, distinguant deux régimes de construction collaborative : la transmission hiérarchique d'information et la coproduction émergente de connaissances entre pairs[5]. Ces travaux s'inscrivent dans une réflexion de longue durée sur les relations entre groupe social, langage et interaction, nourrie notamment par l'éthologie de Robin Dunbar. Avec le philosophe Pierre Livet, il cherche enfin à formaliser les différentes formes d'interaction — y compris les interactions indirectes et virtuelles — dans un ouvrage publié en 2020, Processus sociaux et types d'interactions [4],[5].

Publications

Références

Liens externes

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