Bernard de Trèves
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Activité | |
|---|---|
| Période d'activité |
XIVe siècle |
Bernard de Trèves est un alchimiste allemand du XIVe siècle.
Il ne faut pas le confondre avec un prétendu Bernard le Trévisan (ou Bernard de La Marche Trévisane).
Alchimiste allemand du XIVe siècle, il est l'auteur d'une Responsio ad Thomam de Bolonia (Réponse à Thomas de Bologne) (1385). Une étude récente (Rodriguez Guerrero) a trouvé une chronique de la mort en 1387 d'un "Magnus Bernhardus" qui, pour Rodríguez Guerrero, ne fait qu'un avec Bernard de Trèves. Rodríguez Guerrero l'identifie à Eberhard von der Marck-Aremberg (1305-1387), diplômé en droit et membre du clergé, devenu chorévêque de Cologne[1].
“[anno 1387] ...eodem anno decessit in Alemannia, in Civitate Treveris, Magnus Bernardus, qui in dicta Civitate magnam vitam tenebit, et tenebat circa famulos XX, et equos VIII, et facievat magna convivia, et omni die forentes comedebant cum eo, et faciebat magnas elemosynas, et quotidie dabat comedere pluribus pauperibus, aliquando usque in centum, et aliquando usque ducentum. Et erat mirabilier fucitus in domo sua arnisiorum, et habeat in dicta domo sua unam Capellam cum altare mirabiliter ornatam, et paratam cum multis Reliquiis mirabiliter ornatis. Et dicitus et creditus, quod dicta Capella cum dicto altare valebat magnam summam Florenorum. Et continue habeat scriptores et scribebat optime, et quibus dictabat. Tamen nondum potuit sciri quid faceret scibere, nec scitur unde haberet pecuniam unde posset facere tot et tantas expensas, tamen suspicitur et creditur quod haceret Archimiam. Finaliter dictum fuit quod fuerat filius Regis Norvegiae”.
Ce personnage démissionna de ses fonctions dans l'Église pour se marier en 1346 avec Maria de Looz-Agimont (vers 1333-1410), dont les titres et les territoires étaient des points essentiels dans les conflits féodaux impliquant la famille Von der Marck. À partir de 1366, il était étroitement lié à Kuno von Falkenstein (env.1320-1388), archevêque de Trèves.
José Rodríguez a trouvé d'autres informations dans la correspondance des rois d'Aragon, Pierre IV et son fils Jean Ier, qui étaient de grands passionnés et mécènes de l'alchimie[2].
Tous deux s'intéressaient aux activités de l'alchimiste Bernardus Magnus de Trèves. Nous disposons d'une lettre envoyée en 1385 au roi Charles II de Navarre (1349-1387), dans laquelle Pedro demande une copie de certaines informations à l'évêque de Strasbourg, Frédéric de Blankenheim.
“Sigilli secreti: Rey hermano muy caro: Entendido havemos que recibiestes una letra del vispe d’Argentina, por la qual vos faze saber cómo en la Ciutat de Traves yes venido un hombre apellado Maestre Bernat, el qual en semble con xxxvj. companyeros o [rupture dans le document] suyos son tan savios que a toda question que les sea fecha dan siempre laguia alguno buena solución. E otras cosas que fazen las quales por lur estranyeza e grandeza quei son vistas passan humanal poder e saber. E como Rey hermano muy caro por la maravella delas ditas cosas cobdiciemos seyer aplen certificados daquellas, rogamos vos carament que al mas antes que podredes nos enbiedes copia dela dita letra trametida a vos por el desusdito vispe. E faredes nos desto plazer el qual vos agradeceremos muyto. E si algunas cosas podemos por honra vuestra fazer Rey hermano, enbiat nos lo dezir e compliremos lo de grado E sea la santa trinidat vuestra guarda. Dada a figueras, dins nuestro sellyo secreto, a . xxvij. dias de agosto del anyo McccLxxxv. Lo Rey. El rey d’Aragó vuestro hermano”.
Bernardo s'installa au château de Stolzenfels, propriété de l'archevêque de Trèves, Kuno II von Falkenstein, et situé sur les rives du Rhin, à quelques kilomètres du comté d'Aremberg, dont il était le seigneur titulaire. Selon la chronique de sa mort, il disposait dans ce lieu luxueux d'un scriptorium et y réunissait des alchimistes de toute l'Europe. La lettre de Pierre IV confirme cette information selon laquelle Bernardo vivait dans l'électorat de Trèves avec 26 autres alchimistes. Les nouvelles concernant Bernardo parvinrent à la cour d'Aragon par l'intermédiaire de la cour qui accompagnait la nouvelle épouse du roi Pierre, Violante de Bar (1365-1431). Le duché de Bar était un État du Saint-Empire romain germanique limitrophe des territoires et des évêchés contrôlés par la Grafschaft Mark. La cour aragonaise a soudainement vu affluer des orfèvres et des argentiers allemands provenant de la même région nord-ouest du Saint-Empire romain germanique, tels que Colí de Namur, Teodoric de la Vort, Consolí Blanc et Hans Tramer. Beaucoup travaillaient également pour Charles II de Navarre. Nous avons également des personnes occupant d'autres fonctions à la cour, concentrées dans la même période, telles que Daniel de Bruyn, Johan de Constança, Huynquí d'Estrasburg et Renaquí d'Alamanya. En 1387, le nouveau roi Jean envoya à son beau-père Robert, duc de Bar, une autre demande d'informations, ayant entendu des rumeurs sur la mort de ce Bernard, que lui et son père essayaient depuis longtemps de faire venir à leur cour:
“…entés que en Alamanya ha vengut dies ha un hom quis apella Maestre Bernart, qui té fort gran stat e fa moltes e grans maravelles e fa sa aturada en la Ciutat de Trebes, o de Mayenca, pregantuos car pare quens en scrivats lo fet de la veritat largament si es ver o no e que es dell ne de sos afers con en moltes e diverses maneres se compte”.
Bernard le Trévisan
Sous ce nom est écrit un traité en français de la fin du XVe siècle, qui circule sous forme de manuscrits avant d'être publié dans l’Opuscule tres-excellent de la vraye philosophie naturelle des métaulx, traictant de l’augmentation et perfection d’iceux... par Maistre D. Zecaire,... Avec le traicté de vénérable docteur allemant Messire Bernard, conte de la Marche Trevisane, sur le mesme subject. (Anvers, Willem Silvius, 1567).
Selon la légende qui s'est développée postérieurement à ce texte, Bernard, comte de la Marche Trévisane, petit comté des États vénitiens, serait né à Padoue en 1406. Il aurait commencé ses travaux d'alchimie à quatorze ans et il aurait trouvé la pierre philosophale à quatre-vingt-deux ans, à Rhodes, où il serait mort en 1490[3].
Bibliographie
Œuvres de Bernard de Trèves
- Bernard de Trèves, Responsio ad Thomam de Bolonia (1385). On trouve une traduction française de cette Responsio dans le manuscrit de 1533 MS. Français 2018 de la Bibliothèque Nationale, avec des traités pseudo-lulliens : Ung Traicté responsif envoyé à maistre Thomas de Boulongne, phisicien du roy de France, tres saige Phelippe, et conte palatin, par Bernard de Treves, en l'an 1385.
- Bernard de Trèves, La branchette : revue ANAGROM no 2, 1973. 62 pp., p. 5-30, "‘La branchette’, texte alchimique du XIVe siècle attribué à Bernard de Trèves, édité et transposé par Dominique Lesourd et Maxime Préaud, d’après le Manuscrit de la Bibliothèque de l’Arsenal".
Œuvres attribuées à Bernard le Trévisan
- Opuscule tres-excellent de la vraye philosophie naturelle des métaulx (fin du XVe siècle) in : Claude d'Ygé, Nouvelle assemblée des philosophes chymiques, Dervy-Livres, 1954.
- Le Livre de la philosophie naturelle des métaux in : J. Mangin de Richebourg, Bibliothèque des philosophes chimiques, t. I, p. 465 à 503, Éditions Beya, 2003 (XIV + 600 p.) (ISBN 2-9600364-2-5)
- La Parole délaissée, par Bernard, comte de la Marche Trévisanne. Trois traités de la philosophie naturelle (Verbum dimissum). Contient l'Allégorie de la fontaine.
- La Parole délaissée in : J. Mangin de Richebourg, Bibliothèque des philosophes chimiques, t. I, p. 505 à 524, Éditions Beya, 2003 (XIV + 600 p.) (ISBN 2-9600364-2-5)
- La Parole délaissée, transcrit d’après l’édition : Divers traitez de la philosophie naturelle. Sçavoir, La turbe des philosophes, ou le code de vérité en l’art. La parole delaissée, de Bernard Trevisan. Les deux traitez de Corneille Drebel Flaman. Avec Le tres-ancien duel de chevaliers, Paris, Jean d’Houry, 1672. Lire en ligne : BNAM
- Le Songe Verd
- Le Songe vert, véridique et véritable parce qu'il contient vérité in : J. Mangin de Richebourg, Bibliothèque des philosophes chimiques, t. I, p. 525 à 530, Éditions Beya, 2003 (XIV + 600 p.) (ISBN 2-9600364-2-5)
- Traité de l'œuf des philosophes, composé par Bernard, comte de Trèves, Allemand
- Œuvre chimique de Bernard le Trévisan. Le livre de la philosophie naturelle des métaux. - La parole délaissée. - Le songe verd. - Traité de la nature de l'œuf des philosophes, Guy Trédaniel, 1976, 166 p.
Études
- Jacques Sadoul, Le Trésor des alchimistes, J'ai lu, coll. « L'aventure mystérieuse », 1970, p. 113-123.
- Didier Kahn, « Recherches sur le ‘Livre’ attribué au prétendu Bernard le Trévisan » (fin du XVe siècle), dans L’Alchimia e medicina nel Medioevo, Micrologus Library IX, Ed. del Galluzzo (2003)
- José Rodríguez Guerrero, (2014-2018), « El Correctorium alchimiae (ca. 1352-1362) de Ricardus Anglicus y la versión de Bernardus Magnus de Tréveris », Azogue, 8, pp. 216-270.