Bernardino Ochino
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| Vicaire général des capucins (d) |
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Bernardino Ochino, nait en 1487 à Sienne et meurt en 1564 à Austerlitz, en Moravie (aujourd'hui Slavkov u Brna, en République tchèque). C'est un réformateur italien, frère capucin puis pasteur et théologien protestant. Son nom de naissance est Bernardo Tommasini et il tire son surnom, par lequel il est connu, du quartier d'Oca dans la ville de Sienne d'où il est originaire[1].
Très jeune[2], il entre dans l'ordre franciscain des Frères mineurs de l'Observance. Vers 1510, il quitte l'ordre pour faire des études de médecine, puis le réintègre et évolue jusqu'à devenir en 1533 le vicaire général de la partie cismontaine, c'est-à-dire italienne de l'ordre. Mais, aspirant à une règle plus stricte, il entre en 1534 dans un autre ordre franciscain, les Frères mineurs capucins.
Il se fait connaitre par son zèle et son éloquence, et chargé de lire et de réfuter les ouvrages des réformateurs protestants, et après avoir rencontré l'écrivain religieux espagnol Juan de Valdés à Naples en 1536[3], Ochino se convertit au protestantisme et devient un ami proche de l'Espagnol mais aussi de Vittoria Colonna, de Maria d’Aragona, de Giulia Gonzaga, de Pietro Martire Vermigli, de Pietro Carnesecchi, ainsi que d'autres qui, plus tard, encourent comme lui la suspicion d'hérésie, soit à cause de la modération de leur caractère soit à cause de la teinture évangélique de leur théologie.
Dans un premier temps, Ochino se tient à l'écart du mouvement des tenants de la réforme, espérant que l'Italie embrasse la cause protestante des réformes[3]. En 1538, il est élu vicaire général de l'ordre des Capucins. En 1539, sur l'invitation insistante de Pietro Bembo, il vient à Venise et y prêche une remarquable série de sermons dont la tendance délibérée vers la doctrine de la justification par la foi apparaît de manière encore plus évidente dans ses Dialogues qui sont publiés la même année. Il est suspecté et dénoncé mais il ne lui arrive rien jusqu'à l'instauration de l'Inquisition en , à l'instigation de l'austère et très zélé Carafa. Ochino reçoit, presque immédiatement, une citation à comparaître à Rome. Selon son propre récit, il est découragé de se présenter en personne à Rome par les avertissements du cardinal Contarini, qu'il retrouve à Bologne en train de mourir d'un poison administré par ses adversaires du parti réactionnaire.
Il se dirige alors vers Florence ; mais, après quelques hésitations, il traverse les Alpes pour se rendre à Genève. Il y est cordialement reçu par Calvin. Il se marie, manifestant ainsi son protestantisme[3] et publie en deux ans plusieurs volumes de prédications, plutôt des traités de controverse que des sermons, expliquant et revendiquant son changement de point de vue théologique. Il entretient aussi des correspondances avec Vittoria Colonna, Tolomei [Qui ?] et d'autres sympathisants italiens qui sont très réticents à aller aussi loin que lui théologiquement. Sa propre rupture avec l'Église catholique romaine est décisive et irrémédiable, et il décrit la doctrine de Luther de la justification par la foi seule comme l'« articulus stantis vel cadentis ecclesiae » ; cette formule latine, attribuée à Luther, signifie l'« article par lequel l'église tient ou tombe ». Elle est utilisée à propos du salut par la grâce, pour souligner à quel point il s'agit d'un article de foi essentiel et central, dont l'acceptation ou le refus entraîne tout avec lui. En 1545, il devint ministre (pasteur) de l'église protestante italienne d'Augsbourg, en Allemagne.
Il est obligé d'abandonner cette charge fuyant la ville quand, en , la cité est occupée par les forces impériales du catholique Charles Quint, lors de la guerre de Smalkalde (1546-1547). Il trouve alors asile en Angleterre, où il reçoit une nouvelle charge à Canterbury et une pension de la bourse personnelle du roi Édouard VI. Il y joue un rôle certain dans la Réforme sous le règne d'Édouard VI, louant les réformes d'Édouard et d'Henri VIII dans sa Tragédie ou Dialogue de la primauté injuste et usurpée de l'évêque de Rome (1549)[3]. Il y compose aussi son œuvre capitale La tragédie du libre arbitre. Cette œuvre, à l'origine écrite en latin, ne subsiste plus que dans sa traduction anglaise de l'évêque Ponet, exemple d'une langue anglaise remarquable. La forme de l'œuvre - très dramatisée - est celle d'une série de dialogues. Lucifer, mis en rage par l'expansion du royaume du Christ, convoque ses vassaux dans un grand conseil et résout de promouvoir le Pape au rang d'antéchrist. L'État, représenté par l'empereur Phocas est persuadé de fermer les yeux sur l'abus d'autorité spirituelle du pape. Les autres églises sont intimidées jusqu'à ce qu'elles acquiescent. Les projets de Lucifer semblent alors pleinement accomplis, jusqu'au moment où le Ciel suscite Henri VIII d'Angleterre et son fils pour les mettre à bas. La conception de l'œuvre marque une évidente ressemblance avec le Paradis Perdu de John Milton. Et il est plus que probable que Milton, dont les sympathies avec la Réforme italienne sont très fortes, a développé avec les réformateurs italiens de solides accointances. Plusieurs des prédications d'Ochino ont été traduites en anglais par Lady Ann Cooke, qui devient l'épouse de Sir Nicholas Bacon.
En 1553, l'accession au pouvoir de Marie Tudor, catholique surnommée Marie La Sanglante, le chasse d'Angleterre. Il devient pasteur de l'église italienne de Zurich, en Suisse, composée principalement de réfugiés de Locarno. Il continue à écrire et publier de nombreux traités de controverses et des livres qui montrent sa désaffection croissante pour la nouvelle orthodoxie protestante qui règne autour de lui. Le plus important de ses livres, Les labyrinthes du libre arbitre est une discussion sur le libre arbitre qui attaque, mais discrètement, la doctrine calviniste de la prédestination. Progressivement, il s'attire l'hostilité des autorités municipales par des écrits virulents contre la doctrine catholique du purgatoire et en minimisant les différences entre les conceptions calviniste et luthérienne au sujet e la Cène. Tentant d'échapper à la censure locale, il publie en 1563 à Bâle ses Dialogi XXX (Trente dialogues). La tempête qui couve depuis longtemps à Zurich se déchaîne à l'occasion de cette publication. Dans l'un de ces dialogues, Ochino discute de la polygamie avec une telle liberté de pensée, que ses adversaires croient qu'il la justifie en réalité. Ses dialogues sur le divorce et la trinité (que ses opposants qualifient d'anti-trinitaires) sont tout aussi détestables à leurs yeux. On ne l'autorise pas à s'expliquer. Il est banni de Zurich qu'il quitte en .
Après s'être vu refuser un asile dans d'autres cités protestantes, il se rend en Pologne, à cette époque l'État le plus tolérant d'Europe, au point même d'accepter sur son sol des communautés unitariennes. Il y publie ses Tragédies en polonais dans une édition adaptée au contexte local. Mais sa sulfureuse réputation arrive vite aux oreilles du clergé polonais catholique qui réussit à le chasser rapidement, par un édit qui bannit tous les dissidents étrangers. Fuyant le pays, il rencontre la peste à Pińczów, épicentre du protestantisme en Pologne à cette époque, où meurent trois de ses quatre enfants, et lui-même, à 77 ans et épuisé par tant de malheurs, meurt dans la solitude et l'anonymat à Austerlitz en Moravie, à la fin de 1564.
Postérité
Sa réputation auprès des protestants de l'époque est si mauvaise qu'il est accusé d'être l'auteur du Traité des trois imposteurs, et d'avoir mis en pratique la polygamie.
Karl Benrath, son biographe très tardif prend la défense de sa mémoire [4] en le présentant comme un évangéliste, fervent défenseur du libre examen en matière de religion, et donc défenseur des idéaux réformés du XVIe siècle, mais en même temps comme un passionné par la recherche libre, toujours en quête de connaissances et de réponses, se livrant à des dialogues intérieurs pour résoudre des questions complexes, souvent sans parvenir à une conviction absolue. De ce fait, la pensée qui le traverse est souvent à contre-courant de la tradition protestante.
Il est finalement extrêmement difficile de le classer parmi les différentes tendances du protestantisme du fait de l'évolution de sa pensée dont toutes les phases se résument dans son histoire personnelle : en effet sa pensée commence à se développer autour des thèses de Luther, mais ses derniers écrits semblent avoir influencé Socin et l'unitarisme, puisqu'il écrit à propos de la Cène comme d'un mémorial et qu'Ochino tend – du moins selon ses détracteurs – à minimiser le rôle du Christ (le socinianisme ne croit pas à la divinité du Christ).
Ochino n'a eu qu'une postérité très minime en Italie, mais il semble qu’il ait influencé en partie des puritains anglais, ce qui peut le faire considérer comme un tenant de la réforme radicale, même si ses écrits sont marqués par une certaine prudence : Ochino ne prétend pas savoir, il s’interroge perpétuellement. Il a aussi quelque retentissement en Angleterre pour une autre raison, et pas seulement pour son séjour de six ans de 1547 à 1553, mais surtout pour l'influence probable d'une ou plusieurs de ses œuvres sur John Milton.
Œuvres
- Discours sur la présence réelle dans le sacrement de la messe, Bâle, 1561
Bibliographie
- (de) Karl Benrath, Bernardino Ochino von Siena: ein Beitrag zur Geschichte der Reformation, Leipzig, Fues, (lire en ligne)
- (en) Karl Benrath (trad. Helen Zimmern, préf. Rev. W. Arthur), Bernardino Ochino, of Siena: a contribution towards the history of the reformation, Londres, J. Nisbet & Co., (lire en ligne)
