Biais du gain de temps

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Le biais du gain de temps est un biais cognitif qui désigne la tendance des individus à mal estimer le temps susceptible d'être gagné (ou perdu) lorsqu'ils augmentent (ou diminuent) une vitesse donnée[1],[2].

De manière générale, les individus sous-estiment le temps gagné lorsqu'une augmentation de vitesse intervient à partir d'une vitesse relativement faible  par exemple, 30 ou 50 km/h  et surestiment le temps gagné lorsqu'elle intervient à partir d'une vitesse déjà relativement élevée  par exemple, 90 ou 130 km/h. Inversement, ils sous-estiment le temps perdu lors d'une décélération à partir d'une vitesse basse et surestiment le temps perdu lors d'une décélération à partir d'une vitesse élevée.

Études expérimentales

Dans une étude, des participants sont invités à déterminer lequel de deux projets d'amélioration routière permettrait de réduire le plus efficacement le temps moyen de trajet. La majorité d'entre eux privilégie un plan visant à augmenter la vitesse moyenne de 70 à 110 km/h plutôt qu'un plan augmentant la vitesse moyenne de 30 à 40 km/h, bien que ce dernier permette en réalité un gain de temps supérieur[3].

Dans une autre étude, des conducteurs sont interrogés sur le temps qu'ils estiment pouvoir gagner en augmentant leur vitesse à partir d'une vitesse basse (30 mph, soit environ 48 km/h) ou d'une vitesse élevée (60 mph, soit environ 97 km/h)[4]. Par exemple, il leur est demandé : « Vous conduisez sur une route dégagée. Combien de temps pensez-vous gagner en parcourant 10 miles [16 km] à 40 mph [64 km/h] plutôt qu'à 30 mph [48 km/h] ? »[5]. Des questions similaires portent sur une accélération à partir de 60 mph (97 km/h), ainsi que sur le temps perdu lors d'une décélération depuis 30 ou 60 mph (48 ou 97 km/h).

Les résultats confirment l'existence du biais du gain de temps : les participants sous-estiment le temps gagné lors d'une accélération à partir d'une vitesse basse et surestiment le temps gagné lors d'une accélération à partir d'une vitesse relativement élevée. De plus, ils évaluent également généralement de manière erronée le temps perdu lors d'une décélération, en le sous-estimant à partir d'une vitesse basse et en le surestimant à partir d'une vitesse relativement élevée[4].

Explication

Le gain de temps obtenu par accélération supplémentaire de 10 mph (16 km/h) diminue à mesure que la vitesse augmente.

D'un point de vue physique, le temps gagné lors d'une augmentation de la vitesse peut être calculé à partir de la formule suivante :

= × (//)

est la distance parcourue, la vitesse initiale et la vitesse augmentée. Cette formule montre que la relation entre l'augmentation de la vitesse et le temps de trajet est curvilinéaire : une augmentation similaire de la vitesse permet de gagner davantage de temps lorsqu'elle s'effectue à partir d'une vitesse faible que lorsqu'elle s'effectue à partir d'une vitesse élevée.

Par exemple, le passage de 30 à 50 km/h, réduit le temps nécessaire pour parcourir 10 km de 20 à 12 minutes, soit un gain de 8 minutes. En revanche, une augmentation identique de 20 km/h à partir d'une vitesse plus élevée, de 90 à 110 km/h, ne permet de gagner qu'un peu plus de 1 minute. La distance parcourue influence l'ampleur du gain de temps, mais pas la nature de la relation entre vitesse et temps.

Ola Svenson suggère que les estimations du gain de temps reposent sur une heuristique proportionnelle, selon laquelle le temps gagné est évalué comme une proportion de l'augmentation de vitesse par rapport à la vitesse initiale[6]. Une autre étude a proposé l'existence d'une heuristique de différence, plus simple, dans laquelle le gain de temps est estimé uniquement à partir de la différence absolue entre la vitesse initiale et la vitesse plus élevée[7]. Il apparaît toutefois que la plupart des individus supposent à tort que le temps de trajet diminue de manière assez linéaire à mesure que la vitesse de conduite augmente, indépendamment de la vitesse initiale, ce qui explique l'apparition du biais du gain de temps.

Conséquences sur la conduite automobile

Les conducteurs qui sous-estiment le temps gagné en accélérant à partir d'une vitesse basse, ou qui surestiment le temps perdu en décélérant à partir d'une vitesse élevée, tendent à surestimer la vitesse nécessaire pour arriver à une heure donnée. Ils choisissent alors des vitesses excessivement élevées, dépassant parfois les limites autorisées[2]. À l'inverse, les conducteurs qui surestiment le temps gagné en accélérant à partir d'une vitesse élevée peuvent sous-estimer la vitesse requise pour arriver à l'heure et adopter des vitesses trop faibles[8].

Applications dans d'autres domaines

Le biais du gain de temps ne se limite pas à la conduite automobile. Des erreurs d'estimation similaires ont été observées dans d'autres contextes, notamment lorsqu'il s'agit d'évaluer la réduction du temps d'attente des patients après l'ajout de médecins dans un centre de santé[9], ou d'estimer l'augmentation de la productivité d'une chaîne de production à la suite du recrutement de travailleurs supplémentaires[10].

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) R. Fuller, M. Gormley, S. Stradling, P. Broughton, N. Kinnear, C. O'Dolan et B. Hannigan, « Impact of speed change on estimated journey time : Failure of drivers to appreciate relevance of initial speed », Accident Analysis & Prevention, Elsevier BV, vol. 41, no 1, , p. 10-14 (ISSN 0001-4575, PMID 19114132, DOI 10.1016/j.aap.2008.07.013)
  • (en) Eyal Peer, « The time-saving bias, speed choices and driving behavior », Transportation Research Part F: Traffic Psychology and Behaviour, Elsevier BV, vol. 14, no 6, , p. 543-554 (ISSN 1369-8478, DOI 10.1016/j.trf.2011.06.004, Bibcode 2011TRPF...14..543P)
  • (en) Eyal Peer, « Speeding and the time-saving bias : how drivers' estimations of time saved in higher speed affects their choice of speed », Accident Analysis & Prevention, vol. 42, no 6, , p. 1978-1982 (ISSN 1879-2057, PMID 20728651, DOI 10.1016/j.aap.2010.06.003)
  • (en) Eyal Peer, « Exploring the time-saving bias : How drivers misestimate time saved when increasing speed », Judgment and Decision Making, vol. 5, no 7, , p. 477-488 (DOI 10.1017/S1930297500001649 Accès libre, S2CID 18481243)
  • (en) Ola Svenson, « Decisions among time saving options : When intuition is strong and wrong », Acta Psychologica, Elsevier BV, vol. 127, no 2, , p. 501-509 (ISSN 0001-6918, PMID 17936234, DOI 10.1016/j.actpsy.2007.09.003)
  • (en) Ola Svenson, « Biased decisions concerning productivity increase options », Journal of Economic Psychology, Elsevier BV, vol. 32, no 3, , p. 440-445 (ISSN 0167-4870, DOI 10.1016/j.joep.2011.03.005)

Articles connexes

Références

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