Bibliothèque féministe

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Bibliothèque Marguerite-Durand, dans le 13e arrondissement de Paris.

Les bibliothèques féministes sont des bibliothèques diffusant de l'information et des services aux personnes et communautés féministes.

Europe

France

En 1901, Marguerite Belmant, connue sous le pseudonyme Marbel, crée une bibliothèque féministe itinérante, les livres peuvent également être empruntés par correspondance[1].

Le , à la mort d'Eliska Vincent, ses archives constituées avec sa sœur Florestine Mauriceau sont léguées au Musée social dans l'objectif de fonder un Institut féministe. Le musée finit par créer une section pour les études féminines en 1916, mais malgré les efforts des exécuteurs testamentaires d'Eliska Vincent, Marguerite Durand et Maria Vérone, le musée n'accepte finalement pas de prendre en charge les archives[2]. Les documents disparaissent et sont probablement détruits[1],[3].

En 1924, une bibliothèque féminine et féministe est créée par Eugénie Chulliat dans la bibliothèque de son mari Paul Ducrocq. Cette bibliothèque possède 3000 ouvrages. La bibliothèque de Chulliat disparaît en 1936 pour des raisons économiques[1].

En 1926, Marie-Louise Bouglé fonde une bibliothèque ouverte au public, dans une chambre du 10e arrondissement de Paris, contenant 10 000 ouvrages et des centaines de dossiers thématiques regroupant des articles de presse. La bibliothèque est déplacée rue du Moulin-de-la-Pointe (13e arrondissement de Paris), à la suite du mariage de Marie-Louise Bouglé avec André Mariani, plusieurs féministes radicales font des dons. En 1936, après la mort de Bouglé, la collection est transférée à la Bibliothèque historique de la ville de Paris[1].

En 1932 est créée la bibliothèque Marguerite-Durand, bibliothèque sur l'histoire des femmes, du féminisme et du genre, faisant partie du réseau des bibliothèques patrimoniales et spécialisées de la ville de Paris[4].

Royaume-Uni

Une bibliothèque féministe, Feminist Library, est fondée en 1975 dans la banlieue de Londres par un groupe de femmes pour que l'histoire du mouvement de libération ne tombe pas dans l'oubli[5].

Amérique du Nord

Québec

Au XIXe siècle, très peu de femmes travaillent dans les bibliothèques québécoises, à l’exception des bibliothèques paroissiales et celles des communautés religieuses. Elles s’y impliquent généralement en tant que bénévoles[6]. Une autre exception est celle des bibliothèques ambulantes, dont le but est de rendre la lecture accessible à la population. La journaliste et écrivaine Joséphine Marchand crée une bibliothèque ambulante, c’est-à-dire une Œuvre de livres gratuits en réponse aux problèmes d’alphabétisation chez les jeunes et dans la société[7]. La bibliothécaire, journaliste et écrivaine Éva Circé-Côté réclame que les bibliothèques soient présentes dans les écoles et accessibles au grand public. Elle défend entre autres une éducation des filles égale aux garçons. En 1903, elle est engagée à la Bibliothèque technique de Montréal (du Monument-National) qui fournit des livres scientifiques ou pratiques pour les personnes souhaitent compléter leur formation professionnelle. En 1914, l’institution devient une bibliothèque publique et un lieu de savoir ouvert à toute la population grâce aux efforts de Circé-Côté. En 1926, Hélène Grenier se joint à l'établissement. En 1931, elle est recrutée par Victor Doré (président de la CECM) pour établir la Bibliothèque des instituteurs, dédiée au personnel enseignant et aux élèves et ouverte en 1932[6].

Au XXe siècle, les bibliothèques accueillent de plus en plus de femmes qui sont au bas de l’échelle avant d’accéder aux postes de direction. Ces travailleuses ont un salaire beaucoup moins élevé que les hommes, qui sont bibliothécaires en chef sans avoir reçu une formation dans ce domaine. Elles sont plus nombreuses, ce qui contribue à faire de la bibliothéconomie un milieu féminisé. Les bibliothèques québécoises évoluent grâce à l’apport de plusieurs femmes. En 1901, Mary Sollace Saxe fonde la Bibliothèque publique de Westmount et y travaille pendant trente ans. En 1937, Marie-Claire Daveluy cofonde l’École de bibliothécaires qui devient l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal en 1961. De 1978 à 1988, Céline Robitaille-Cartier est directrice des Bibliothèques de l’Université Laval et milite pour l’égalité salariale. Ses valeurs de justice et d'équité se reflètent dans son travail[6].

En 2002, Louise Guillemette-Labory est la première directrice des Bibliothèques de Montréal et presse le Gouvernement du Québec de placer les bibliothèques publiques montréalaises en priorité. Une analyse d’experts, appelée le Diagnostic, évalue alors que ces bibliothèques, comparé aux autres grandes villes canadiennes, sont beaucoup moins avancées au niveau de la justice sociale et du développement durable. Les bibliothèques canadiennes sont toutefois considérées en avance par rapport au reste du monde. Le leadership de Guillemette-Labory contribue à améliorer le rôle social et féministe des Bibliothèques de Montréal[6]. Le XXIe siècle marque l’arrivée d’un nouveau modèle pour la société québécoise : la bibliothèque tiers lieu. L’objectif est de placer les citoyens et les citoyennes au centre de l’action institutionnelle. La Bibliothèque Marc-Favreau, située à Montréal, répond à l’idée d’une bibliothèque citoyenne qui considère les enjeux sociaux et identitaires. Elle cherche à être accessible sur les plans intellectuel et physique pour que chaque personne ait accès aux ressources[8].

Peu de bibliothèques portent un nom de femmes au Québec. Dans les plus grandes villes de la province, le taux de ces institutions est de 19%. À Montréal, il est de 7%[9]. En 2025, la Bibliothèque d’Ahuntsic est renommée Bibliothèque Hélène-Charbonneau. Pour l’instant, elle est la seule de la métropole qui revêt le nom d’une travailleuse des bibliothèques. En 2027, la Bibliothèque Saint-Charles devrait porter celui d’Éva Circé-Côté[10]. En 2030, la Ville de Montréal prévoit l’inauguration d’une nouvelle bibliothèque qui remplacera celle du Prévost et qui rendra hommage à l’écrivaine et sociologue Caroline Dawson[11].

En 2018, le comité féministe de l’Université du Québec à Rimouski lance L’Ananas, une bibliothèque féministe accessible au grand public[12]. Certains centres de femmes au Québec ont des bibliothèques féministes, par exemple à Longueuil[13] et au Témiscamingue[14]. Les livres offerts s’inscrivent généralement dans une perspective féministe, queer, antiraciste et anticoloniale.

En 2023, le collectif La Mandragore fonde une bibliothèque transféministe queer du même nom[15]. Autogérée, elle souhaite rendre accessible une littérature féministe solidaire des luttes queers, antiracistes et anticoloniales à Montréal. Elle offre des ouvrages francophones ou traduits en français[16].

En 2025, la Bibliothèque Gabrielle-Roy, dont le nom rend honneur à l’écrivaine, est nommée « bibliothèque publique de l’année » par la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques (IFLA)[17]. L’établissement a été rénové en 2020 et a rouvert ses portes en 2024. La bibliothèque accueille les populations vulnérables et sa mission met de l’avant l’inclusion ainsi que l’égalité[18].

Bibliographie

Références

Articles connexes

Liens externes

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