Bombardement aérien

chute de bombes des avions contre des cibles de surface From Wikipedia, the free encyclopedia

Un bombardement aérien, appelé aussi frappe aérienne ou raid aérien, est une opération militaire consistant à attaquer, depuis les airs, un objectif à l'aide d'armements air-sol tels que par exemple des bombes, des missiles ou des drones suicide. Le viseur de bombardement fut développé à cette fin.

Un Zeppelin bombardant Anvers en 1914. Illustration faite d'après un dessin de Themistokles von Eckenbrecher (de).

Histoire

Lâcher de bombes d'un Boeing B-29 Superfortress américain durant la guerre de Corée (1950-1953).

Le premier bombardement aérien de l'histoire eut lieu le . L'Empire austro-hongrois veut attaquer la Ville de Venise qui s'est révoltée comme de nombreux lieux en Europe dans le cadre du Printemps des peuples. Les Autrichiens, dirigés par le Feld-maréchal autrichien Joseph Radetzky von Radetz, (connu pour la célèbre marche créée par Johann Strauss et qui clôture le grand bal du nouvel an, à Vienne), mènent un siège et expérimentent le bombardement par montgolfière, Franz Uchatius ayant expérimenté la technique avec des bombes de 11 kilogrammes. Toutefois le bombardement fut un échec étant donné l'imprécision liée au vent,[1].

Le premier bombardement aérien par avion de l'histoire a été effectué par l’officier italien Giulio Gavotti en Tripolitaine le lors de la guerre italo-turque. Les bombardements aériens connaîtront un réel succès lors de la première guerre balkanique[2], le premier bombardement aérien en Europe a été opéré par l'aviation bulgare le contre les Ottomans[3], durant les guerres balkaniques, sur la gare de Karaagach qui était utilisée par les troupes ottomanes[4].

La guerre aérienne s’est développée surtout parce que les armées voulaient protéger leurs propres troupes, en limitant leur exposition directe au combat. Cette approche remonte notamment aux années 1910, quand des puissances coloniales comme la France ou le Royaume-Uni ont utilisé l’aviation pour « pacifier » des territoires sans engager massivement de soldats au sol[5].

D'autres ont eu lieu durant la Première Guerre mondiale, pour notamment répondre au phénomène de guerre de tranchée : des aviateurs lâchaient des grenades à la main, puis des obus, dans un premier temps toujours à la main, au-dessus des lignes adverses, des bombardements stratégiques ont lieu, côté allemand à l'aide de Zeppelins survolant les villes ennemies[6],[7].

Le général italien Giulio Douhet, commandant d'une escadrille de l'air en 1914-1918, est le premier théoricien des bombardements stratégiques aériens[8]. Dans son traité Il Dominio dell'Aria (1921, traduit en allemand en 1935, en anglais en 1942, et intégralement en français en 2007 sous le titre La maîtrise de l'air), il affirme que sous l'effet de l'aviation, la guerre se voit profondément transformée, rendant périmée la distinction entre combattants et civils. Puisque l'usage du gaz moutarde, qui peut être diffusé par voie aérienne, représente une menace terrible, contre laquelle on ne peut se défendre, il faut prôner une attaque préventive, fondée sur le bombardement des villes et centres vitaux[9].

Les bombardements aériens ont été expérimentés par les forces de l'Axe au cours de la guerre civile espagnole, notamment lors du bombardement de Madrid (1936) et du bombardement de Guernica 1937.

Durant la Seconde Guerre mondiale, de nombreux bombardements eurent lieu, dont :

... (voir aussi : Catégorie:Bombardement)

Par la suite, de nombreux bombardements auront lieu durant la guerre froide, notamment durant la guerre de Corée et durant la guerre du Vietnam (1959-1975) et dans la grande majorité des conflits mettant en œuvre l’arme aérienne.

Liste partielle de bombardements aériens

Davantage d’informations Date, Nom ...
Date Nom Nombre de morts Lieu Commentaires
Bataille de Liègeune dizaineLiège, BelgiqueDans la nuit du 5 au 6 août 1914, la ville est bombardée par un Zeppelin de l'armée allemande[10].
Nuit du 24 au 25 août 1914Anvers12Anvers, BelgiqueDans la nuit du 24 au 25 août 1914, la ville est bombardée par un Zeppelin de l'armée allemande[11].
De 1914 à 1918Bombardements de Paris et de sa banlieuePlusieurs centainesParis et banlieue FranceParis et sa banlieue subissent plusieurs bombardements aérien, par avions et par dirigeables, durant plusieurs mois de 1914 à 1918.
1925 Bombardement de Chefchaouen inconnu Chefchaouen, Maroc La Ville est bombardée par un escadron américain au service de l'empire colonial français, dans le cadre de la guerre du Rif.
1927Bataille d'Ocotal (en)40 à 80Ocotal, NicaraguaLa garnison américaine et nicaraguayenne assiégée par les troupes d'Augusto Sandino est secourue par 5 avions de l'USMC mitraillant ceux-ci et effectuant le premier bombardement en piqué[12],[13].
1936 Bombardements de Tétouan au moins 15 Tétouan, Maroc Répression de l'insurrection militaire fasciste par la République espagnole, au début de la guerre civile.
1937Bombardement de Guernica126 à 1 654Guernica, Pays basque, EspagnePendant la guerre civile d'Espagne, l'aviation allemande et italienne alliée des franquistes rase Guernica.
1939Bombardements de Varsovie20 000Varsovie, PologneLa ville est massivement bombardée par la Luftwaffe allemande.
1940Bombardement de Rotterdam900Rotterdam, Pays-BasLa ville est bombardée par la Luftwaffe, cela entraîne la capitulation des Pays-Bas.
1940-1941Le Blitz50 000Londres, Coventry, (Angleterre)Bombardements massifs du Royaume-Uni par la Luftwaffe notamment pendant la bataille d'Angleterre.
Juillet 1941-Janvier 1944Siège de Léningrad16 470Leningrad URSSCivils tués du fait des bombardements de Leningrad par la Luftwaffe.
1942,
23 août
Bataille de Stalingrad43 000Stalingrad, URSSDes raids massifs de la Luftwaffe tuent 43 000 civils et font 50 000 blessés. La ville est pratiquement entièrement rasée (il ne reste rien du centre-ville).
1942-1945Bombardement de Cologneenv 7 000Cologne, AllemagneLa ville est totalement détruite par l'aviation alliée.
1943-1945Bombardements sur l'Allemagne305 000AllemagneLes flottes de bombardiers anglo-américains déversent 1,35 million de tonnes de bombes sur les grandes villes allemandes. 305 000 tués, 780 000 blessés.
1943, fin juilletOpération Gomorrah40 000Hambourg, AllemagneOpération alliée qui vise à détruire entièrement la ville de Hambourg.
1943,
16 et 23 Sept
Bombardements des 16 et 23 septembre 1943env 1 500Nantes, FranceLes bombardements de la 8e Air Force américaine, dont l'objectif était les installations industrielles à l'est de la ville, détruisent le centre-ville.
1944,
26 mai
Bombardement du 26 mai 1944env 2 500Sud-est et centre-est de la FranceL'aviation américaine bombarde des infrastructures allemandes, l'imprécision des tirs cause de nombreuses pertes civiles.
1944, étéOpérations aériennes pendant la bataille de Normandieenv 20 000FranceLe choix par les Alliés de bombarder massivement le centre des villes anciennes a fait plus de 20 000 victimes civiles normandes, et presque aucun soldat allemand.
1945,
14 février
Bombardement de Dresde25 000Dresde, AllemagneLa ville est presque entièrement rasée par les bombardements de la Royal Air Force britannique et des United States Army Air Forces américaines.
1945,
10 mars
Bombardement de Tokyo100 000Tôkyô, JaponLa ville est massivement bombardée par l'aviation américaine.
1945,
3 mai
Bombardement du Cap Arcona8 000AllemagneL'aviation britannique bombarde des navires allemands contenant des déportés du camp de Neuengamme.
1945,
6 août
Bombardement d'Hiroshimaenv 115 000Hiroshima, JaponLes États-Unis larguent une première bombe atomique sur Hiroshima.
1945,
9 août
Bombardement de Nagasaki75 000Nagasaki, JaponUne deuxième bombe est larguée sur Nagasaki.
Opération MenuDizaines de milliersCambodge orientalLes États-Unis, à la demande de Nixon et Kissinger, bombardent massivement le Cambodge, avec 3 875 sorties et 108 000 tonnes de bombes.
1988, 16 mars - 19 marsMassacre de Halabja5 000IrakL'armée irakienne emploie du gaz moutarde dans le cadre de la guerre Iran-Irak et d'une campagne contre les Kurdes[14].
1994-1996 et 1999-2000Bombardements de Grozny-TchétchénieDurant la première et la seconde guerre de Tchétchénie, l'aviation russe transforme la capitale tchétchène en un vaste champ de ruines.
2014-2015Opérations aériennes de la coalition internationale en Syrie10 000 civils tuésSyrieÉtat islamique (organisation).
Depuis 2023 Guerre de Gaza 71 000 morts au moins Palestine La bande de Gaza est entièrement détruite. Au moins 71 000 personnes sont tuées, en grande majorité des civils.
Depuis 2023 Guerre entre Israël et le Hezbollah 4 000 morts au moins Liban L'armée israélienne bombarde le Liban, souvent au moyen de drones.
2025 Guerre d'Iran de 2025 1 000 morts au moins Iran L'armée israélienne et l'armée américaine bombardent l'Iran, notamment ses infrastructures nucléaires.
2026 Guerre d'Iran de 2026 Iran L'armée israélienne et l'armée américaine bombardent l'Iran. Les forces iraniennes bombardant la grande majorité pays du Proche-Orient en représailles.
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Approche éthique du bombardement aérien

Bombardements aériens conventionnels

Le choix de mener une guerre aux moyens de bombardements aériens plutôt que par le déploiement de troupes au sol vise généralement à ne pas exposer ses propres soldats. Cependant, les bombardements aériens font plus de morts parmi la population civile que les déploiements de troupes au sol. Ils constituent ainsi un « transfert de risques » des militaires vers les civils[5].

Dans l'article "Robots on the ground" : à quand l'atterrissage des robots ?"[15], le spécialiste en éthique de la guerre Ariel Colonomos considère que le problème des pertes humaines lors des campagnes et opérations aériennes de bombardement se pose en ces termes : d'un côté, les technologies d'armement (avions, missiles…) devenant plus précises au cours du temps, les bombardements d'aujourd'hui sont (selon lui) plus précis, ce qui devrait limiter les pertes civiles par frappe ; d'un autre côté, les gouvernements et leurs armées veulent préserver la vie de leurs pilotes, donc les font voler à haute altitude ; or cela limite la précision des frappes et donc accroît le risque des victimes civiles, alors que voler à basse altitude ferait décroître ce risque[15].

La question des drones

Selon Ariel Colonomos, la technologie des drones militaires (des engins volants pilotés à distance, sans pilote à l'intérieur) pose deux problèmes : la question de la souveraineté nationale des États dont le territoire est frappé, et la pratique américaine des « signature strikes », c'est-à-dire l'établissement de cibles à partir d'algorithmes de probabilité, sans même être certain de qui sont les individus ciblés et tués ou s'ils sont vraiment des ennemis - ainsi les drones « diluent le principe de responsabilité dans la guerre »[15].

Les frappes de drones posent aussi question en cas de renseignements défaillants, dans différents pays[16].

La question des armes autonomes dans les airs

Ariel Colonomos considère par ailleurs que l'emploi, dans un futur plus ou moins proche, d'armes autonomes (c'est-à-dire de robots) dans les airs (comme sur le sol), pose la question de la responsabilité en cas d'erreurs de ciblage, ou de frappe disproportionnée. Il en détaille les conséquences qui en découleront selon lui : la diminution des pertes humaines dans les armées ; la révolution de la culture militaire (notamment concernant les valeurs du courage et du sacrifice) ; la multiplication d'opérations militaires qui auraient été auparavant considérées trop coûteuses en pertes humaines ; la prolifération de ces armes et leur emploi par des groupes armés non-étatiques, voire des groupes terroristes. Par conséquent, pour Colonomos, la question pressante des drones et des armes autonomes qui poussera l'humanité devant des faits accomplis doit la conduire à repenser la responsabilité administratives des forces armées[15]. En 2020, la première utilisation au combat de systèmes d’armes létales autonomes tels que le Kargu-2 de STM et d’autres munitions rôdeuses d'origine turque à lieu durant la guerre civile libyenne[17].

Questionnements sur leur efficacité

Quand l'objectif est d'inciter une population à ne pas soutenir un groupe ou un régime ennemi ou à se révolter contre lui, les bombardements aériens sont souvent peu efficaces, voire contre-productifs. Le psychologue Eric Benjamin Strauss constatait, après avoir étudié les réactions des populations aux raids italo-allemands sur Barcelone en mars 1938 et les attaques allemandes sur le Royaume-Uni pendant la Seconde Guerre mondiale, que les « bombardés s'unissent automatiquement dans une haine et une terreur commune de l'ennemi invisible ». De même, en 1943, des universitaires américains jugent dans un rapport qu' « aucun élément ne permet de conclure que les bombardements britanniques et américains des villes allemandes ont effectivement affaibli l'emprise du gouvernement nazi sur la population ». Ces observations n'ont cependant pas été prises en compte par le commandement allié, qui choisit d’intensifier les bombardements sur la population allemande. L'économiste John K. Galbraith, auteur d'une expertise sur le sujet en 1945, conclut que « les attaques aériennes ont aidé [le ministre de l'armement] Albert Speer. Le stress généré par les raids aériens lui a permis de mobiliser les énergies de la population. » Les bombardements américains en Corée dans les années 1950, puis au Vietnam, au Cambodge et au Laos dans les années 1960 et 1970, ont tué des millions de civils sans faire chuter les gouvernements communistes[5].

Les guerres aériennes des années 1990-2010 ont occasionné une moindre létalité pour les populations civiles. L'association Airwars estime à environ dix mille le nombre de civils irakiens et syriens tués par les bombardements américains, britanniques et français contre l'État islamique (OEI) entre 2014 et 2018, alors qu'en 1944-1945, les raids alliés contre des villes moyennes produisaient ce bilan humain en deux jours. Néanmoins, l'intelligence artificielle pourrait conduire à un retour en arrière : Israël s'est considérablement appuyé sur cette technologie pour identifier les militants présumés du Hamas palestinien pendant la guerre de Gaza. Le commandement militaire a ensuite avancé l'argument juridique selon lequel il était acceptable de tuer des dizaines de civils pour neutraliser un militant[5].

Notes et références

Voir aussi

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