Bombus affinis
espèces d'insectes
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Bombus affinis, communément appelé le Bourdon à tache rousse ou Rusty-patched Bumble Bee en anglais, est une espèce de bourdons vivant en Amérique du Nord. C'est une des premières espèces de bourdons à sortir au printemps[1]. Le bourdon à tache rousse vit en colonies de 200 à 1341 individus[2].On le reconnaît principalement par la présence de taches de couleur orangé au niveau de l'abdomen[1]. On retrouvait autrefois B. affinis au Canada, plus précisément en Ontario, au Québec et au Nouveau-Brunswick, et aux États-Unis dans plusieurieurs États. Selon les derniers inventaires effectués, l'aire de répartition de l'espèce a grandement diminuée. Aujourd'hui, on ne la retrouve qu'aux États-Unis ou elle a été désigné en voie de disparition en 2017[3],[4].
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CR A2b :
En danger critique
Taxonomie
L'espèce Bombus affinis a été créée par Ezra Townsend Cresson (d) en 1863 sous le taxon actuel. Elle fait partie du sous genre Bombus sensu stricto. Ce sous-genre est constitué de 12 espèces retrouvées en Europe, en Asie et en Amérique du Nord. Les cinq espèces de ce sous-genre présentes en Amérique du Nord sont B. affinis, B. moderatus, B.franklini, B. occidentalis et B.terricola[3]. Parmi ces espèces, le bourdon à tache rousse est plus étroitement apparenté à B.franklini [5].
Anatomie et identification

Comme tous les bourdons, B. affinis possède un corps recouvert de poils[6]. Le corps est divisé en 3 sections : la tête, le thorax, auquel les six pattes sont attachées, et l'abdomen. Les pattes, tout comme la tête, sont noirs. Le thorax est principalement jaune avec parfois une tache noire entre les ailes. L'abdomen est composé de plusieurs segments numérotés de T1 à T6 ou T7 dépendemment du sexe de l'individu: les femelles possèdent 6 segments alors que les mâles en possèdent 7[7]. Le segment T1 correspond à celui qui est le plus près du thorax tandis que les segments T6 et T7 sont ceux situés au niveau du dard. En effet, certains individus (les femelles) de bourdons possèdent un dard.
Les bourdons femelles sont soit ouvrières, soit reines. Les ouvrières ne se reproduisent pas, elles s'occupent des oeufs et des larvres pondus par la reine et sont responsables de collecter le pollen et le nectar pour nourrir la colonie. L'anatomie du bourdon varie selon le sexe (mâle ou femelle) et son rôle dans la colonie (ouvrière ou reine). Entre autres, la taille du corps, sa forme ainsi que la coloration varient en fonction de s'il s'agit d'un mâle, d'une ouvrière ou d'une reine. Il est donc très important lors de l'identification des bourdons de prendre en considération ces variations morphologiques.
Chez les mâles et les ouvrières, les segments T6 (ou T7) à T3 sont complètement noirs. Le segment T1 est complètement jaune et le segment T2 est jaune avec deux taches bruns-orangés recouvrant presque l'entièreté du segment[1]. L'abdomen du mâle est plus allongé que celui des reines et des ouvrières. Les mâles mesurent entre 13 et 17 mm tandis que les ouvrières mesurent entre 11 et 15 mm.
La reine possède une apparence légèrement différente des mâles et des ouvrières. Les segments T3 à T6 sont noirs tout comme les mâles et les ouvrières. Toutefois, les reines n'ont pas de taches brunes sur l'abdomen au niveau du segment T2. Celui-ci est entièrement jaune. Aussi, les reines sont de plus grande taille que les ouvrières et les mâles, elles mesurent entre 18 et 28 mm[8].
Espèces similaires

Les ouvrières et les mâles de bourdon à tache rousse peut être confondue avec Bombus griseocollis en raison de leur coloration orangée similaire au niveau du segment T2. On les différencie cette dernière par la tache noire du thorax qui est de plus petite taille et par l'absence de coloration jaune au segment T2 chez B. griseocollis[9].
Une autre espèce pouvant être confondu avec B. affinis est Bombus vagans. Celle-ci, bien qu'elle ne possède pas de tache orangée au niveau du segment T2, peut toutefois être confondues avec les reines de B. affinis. On les distingue notamment par la présence de quelques poils jaunes sur les côtés des segments 3 à 5 chez B. vagans[9].

Répartition géographique
Répartition historique
B. affinis est une espèce de bourdon retrouvée uniquement en Amérique du Nord. Historiquement, on retrouvait B. affinis dans toute la partie Est de l'Amérique du Nord. Son aire de répartition allait du sud de l'Ontario et atteignait presque l'état de la Géorgie[3] pour un total de 2 621 644 km2[1]. Au Canada, sa distribution allait du sud de l'Ontario et du Québec jusqu'à l'ouest du Nouveau-Brunswick, représentant 7,76% de son aire de répartition totale[1].
Dans la plus récente évaluation de cette espèce pour la Liste rouge des espèces en péril effectué en 2014, on estime que son aire de répartition actuelle représententait 54,68% de son aire de répartition historique. De 2004 à 2014, on estime que l'abonddance relative de cette espèce a chuté de 92,54% par rapport à son abondance relative historique[4].
Répartition actuelle
Canada
Des inventaires effectués de 2004 à 2006 dans le sud de l'Ontario par Colla et Packer (2008) ont permis de confirmer le déclin de cette espèce[10]. En comparant les abondances relatives de plusieurs espèces de Bombus avec des données d'inventaires effectués entre 1971 et 1973 dans la même région[11], ils ont été en mesure de prouver quantitativement le déclin de Bombus affinis et d'autres espèces du genre Bombus (B. franklini, B. occidentalis et B. terricola)[10]. Aucun individu de B. affinis n'a été recensé lors de l'inventaire de 2004 à 2006[10].
De 2000 à 2010, seulement 3 individus de bourdons à taches rousse ont été capturé au Canada, plus précisément au parc provincial Pinery en Ontario : un individu en 2005 et deux individus en 2009[12]. De 2010 à 2022, aucun individu n'a été trouvé[1].
États-Unis
Bien que son aire de répartition ait diminué, le bourdon à tache rousse est toujours présent aux États-Unis. On le retrouve dans les États suivants : Illinois, Iowa, Minnesota, Virginie, Virginie de l'Ouest, Wisconsin[13].
Des inventaires effectués de 2014 à 2022 dans les Appalaches ont permis de confirmer la présence de cette espèce à cet endroit. Au total, 274 observations de B. affinis ont eu lieu pour les 147 inventaires effectués. La majorité (151) étaient des ouvrières. Les 111 restants étaient des mâles ou des reines[14]. La présence de B. affinis a aussi été confirmé dans la région plus à l'ouest de son aire de répartition, plus précisément dans le Minnesota, par des inventaires effectués de 2011 à 2021[15].
Cycle de vie
Le bourdon à tache rousse est une espèce eusociale[1],vivant dans des colonies de 200 à 1341 individus[2]. Les reines vivent environ un an. Au printemps, elles cherchent un endroit convenable pour établir un nid et elles y pondent plusieurs oeufs d'ouvrières femelles. Elle peut produire une moyenne de 1081 ouvrières et 181 reines en une seule saison de reproduction[3]. Avant d'atteindre le stade adulte, les ouvrières passe par le stage de larve puis celui de nymphe.
La colonie atteint sa taille maximale vers la fin de l'été et le début de l'automne. À ce moment, la reine se met à pondre des oeufs de mâles et de femelles pouvant devenir elles-mêmes reines de leur propre colonie (gynes). Après s'être acouplées avec les mâles, les gynes survivent à l'hiver en diapause dans le sol[1]. Elles creusent le sol et s'y enfouisse ce qui leur permettent de survivre à la baisse de température de l'hiver. Elles entrent en état de torpeur contrôlé par des hormones sécrétées en fonction de la photopériode[16]. Elles arrivent ainsi à survivre pendant plusieurs mois sans manger quoi que ce soit et émergent au printemps pour fonder leur propre nid. La durée de la diapause varie en fonction des espèces de bourdon. On sait toutefois que le bourdon à tache rousse est une des premières espèces de bourdons à émerger au printemps[11].
Les mâles naissent uniquement pour s'accoupler avec les futures reines et meurent avant l'hiver. Ils ne vivent que quelques semaines. Les ouvrières (c'est-à-dire les femelles ne pouvant pas devenir reines) meurent elles aussi avant l'hiver[1].
Habitat
Compte tenu de son cycle de vie, le bourdon à tache rousse nécessitent des sites d'hibernation pour les reines et des sites de nidification pour les colonies (en plus d'avoir besoin besoin de certaines fleurs, abordées dans la section Alimentation)[1].
On retrouve les nids du bourdon à tache rousse dans des zones résidentielles et industrielles, ainsi que dans des régions boisées. En effet, dans certaines régions de son aire de répartition on observe que le bourdon à tache rousse préfère les milieux urbains tandis que dans d'autres régions, on observe la tendance inverse. Une étude au Minnesota, située dans la partie plus à l'ouest de l'aire de répartition de l'espèce, a montré une association positive entre la présence de ce bourdon et les milieux urbains, suggérant que l'espèce occupe davantage ce type de milieu que les milieux naturels (forêts et milieux humides) ou agricoles[15]. À l'opposé, des inventaires effectués dans la partie centrale des Appalaches ont montré que le bourdon préférait les régions boisés composées de chênes et de pins[14].
Description de nids
Il existe très peu de descriptions détaillés de nids pour cette espèce dans la littérature scientifique, ce qui rend l'information disponible sur sa nidification relativement limitée. Toutefois, parmi les observations publiées, on observe que le bourdon à tache rousse a parfois recours à des cavités déjà présentes dans son environnement telles des tunnels de rongeurs abandonnés[2].
Boone et al. (2023) ont décrit 3 nids de B. affinis. Leurs observations font partie des rares descriptions de nids de cette espèce. Ils y décrivent leurs caractéristiques ainsi que le leur localisation[2].
Le premier nid se situait dans le sous-sol d'une propriété privé de Red Wing au Minnesota. L'entrée du nid était un trou de 3 cm par 6 cm situé 50 cm au dessus de la surface du sol. Le type d'occupation de sol dans un rayon de 1km était à 90,1% des milieux aménagés, 8,0% de la forêt, 1,2% de la végétation herbacée et 0,5% de plans d'eau[2].
Le deuxième nid décrit par les auteurs se situe au Minneapolis, dans l'état du Minnesota. Le trou à l'entrée du nid mesurait 2 cm par 1 cm. La cavité du nid, mesurant 18 cm de long, 11 cm de large et 6 cm de haut, était relié à l'entrée par un tunnel de 1,2 m de longueur. À un rayon d'un kilomètre, le type d'occupation du sol était à 100% des milieux aménagés résidentiels et commercials[2].
Le troisième nid était situé dans un parc de Milwaukee, au Wisconsin. L'ouverture du nid mesurait 4 cm de diamètre. Le type d'occupation de sol dans un rayon de un kilomètre était à 75,2% des milieux aménagés, 5,1% de forêt, 5,0% de végétation herbacée, 14,4% de marécage et 0,3% de plans d'eau[2].
Alimentation
Les bourdons se nourrissent de pollen qu'ils collectent dans leur corbeille à pollen (un creux sur leur patte arrière). Certains bourdons, dont B. affinis, font également du vol de nectar sur des plantes possédant de longues corolles telles que l'impatiente du cap (Impatiens capensis), la linaire commune (Linaria vulgaris) et Vicia cracca [10]. Le vol de nectar a lieu lorsque le bourdon perfore la fleur à l'aide de sa bouche et consomme le nectar directement, sans faire de pollinisation[17].
B. affinis est un bourdon généraliste[3] ce qui signifie qu'il se nourrit d'une grande variété de fleurs.Comme cette espèce possède une langue courte, on la trouve typiquement sur des fleurs ouvertes ayant une corolle courte. Parmi les espèces sur lesquelles elles se nourrit on compte notamment les agastaches, les Dalea, les eupatoires, les héliantes, les impatientes, les chèvrefeuilles, la monarde, les Prunus, les solidages et les Vaccinium. La monarde fistuleuse est particulièrement utilisée par l’espèce[18],[15] .
Parasitisme
Le bourdon à tache rousse est un hôte de Bombus ashtoni (aussi appelé B. bohemicus), un parasite social[10]. La femelle de B. ashtoni s'introduit dans le nid de B. affinis, y demeure pendant un certains temps pour s'assurer que la colonie est composée d'un nombre suffisant d'ouvrières hôtes, et y pond des oeufs. Comme B. ashtoni est incapable de produire elles-mêmes des ouvrières, la survie de sa progéniture dépend entièrement des ouvrières de l'espèce hôte. Ce sont donc les ouvrières du bourdons à tache rousse qui s'occupe des oeufs et des larves de B. ashtoni. Ce parasite profite donc des ressources en pollen et des soins des ouvrières d'une autre espèces. Cela étant dit, la présence du parasite n'entraîne pas la perte du nid ou des larves du bourdons à tache rousse. Son impact est relativement minime. On reconnaît les oeufs du parasite de ceux de B. affinis par leur apparence plutôt rugueuse[19]. Comme la survie de B. ashtoni dépend entièrement d'espèces comme B. affinis, une diminution des populations de bourdon à tache rousse (ou des autres espèces hôtes de B. ashtoni) entraînera forcément une diminution des populations de B. ashtoni, qui est indigène en Amérique du Nord et en voie de disparition au Canada.
Contrairement à B. ashtoni, il arrive que certains parasites nuisent grandement au bourdon à tache rousse. C'est le cas de Melittobia acasta, une guêpe parasitoïde[2]. On retrouve cette guêpe en Europe, au Japon, en Amérique du Nord et du Sud ainsi qu'en Nouvelle-Zélande. Celle-ci se reproduit très rapidement (6 à 8 générations par an), les femelles ne vivent que quelques semaines (51 à 103 jours). Les larves sont en mesure de détruire complètement le nid de son hôte lorsqu'elles s'y installent. M. acasta possède une très petite taille, mais lorsqu'elle s'installe dans un nid, il devient pratiquement impossible de s'en débarrasser. La majorité (95%) des individus de M. acasta sont des femelles capables de pondre des centaines d'oeufs sur les larves de bourdons, d'abeilles ou d'autres guêpes. Les femelles de M. acasta sont en mesure de gruger les parois des nids de bourdons pour s'en prendre à tout le nid[20]. L'augmentation de la densité de cette guêpe dans l'aire de répartition du bourdon à tache rousse pourrait donc sérieusement nuire aux efforts de conservation de cette espèce.
Statut, menaces et conservation
Statut
Le rang de précarité pour cette espèce au Québec est S1, ce qui signifie que l'espèce est à risques très élevés d'extinction ou d'extirpation à l'échelle de la province[21]. En Ontario elle a été désignée comme espèce en voie de disparition en 2010. Elle a été ajoutée à la liste des espèces en voie de disparition en 2012 en vertu de la Loi sur les espèces en péril du Canada[1].
Elle a été désignée en voie de disparition par le Fish et Wildlife Service des Étarts-Unis en 2017[9]. Il s'agit de la première espèce de bourdon à être déclarée menacée via le US Endangered Species Act[22].
La plus récente évaluation de B. affinis pour la Liste rouge des espèces en péril de l'UICN a eu lieu en 2014. L'espèce a été classée comme étant en danger critique d'extinction[4].
Menaces
Selon un article de Simanonok et al. (2021), un changement dans la composition florale n'est pas la cause du déclin de B.affinis[23]. Les menaces possibles pour le bourdon à tache rousse sont les suivantes: la transmission d'agents pathogènes par les abeilles domestiquées, la compétition pour les ressources florales avec les abeilles domestiquées, la pollution (insecticides, herbicides, fongicides), les changements climatiques, la diminution des ressources florales en raison de l'agriculture, le développement résidentiel et commercial, les routes et la diminution de sites d'hibernation[1],[14].
Conservation
Comme on retrouve les nids de cette espèce en milieux urbanisés, les mesures de conservation devraient inclure des actions adaptées à ces milieux. La plantation d'espèces indigènes en milieux urbains via des programmes comme le Lawn to Legumes Program[24] permettrait de créer des habitats pour ce pollinisateur[15]. La science citoyenne, via des programmes comme le Bumble Bee Brigade, est une bonne méthode pour recueillir des données sur les espèces en situation précaire comme le bourdon à tache rousse[18].
La disponibilité de ressources florales est un élément essentielle à la conservation des pollinisateurs. Plus précisément pour le bourdon à tache rousse, il est nécessaire d’inclure des ressources florales (à la fois de nectar et de pollen) pour le début du printemps et la fin de l’été. Le début du printemps est un moment critique pour le bourdon à tache rousse puisque c’est à ce moment que la reine commence à créer son nid et la fin de l’été est également important puisque c'est à ce moment qu'a lieu la reproduction avec les mâles. Toutefois, les fleurs de début de printemps et de fin d'été peuvent parfois être plutôt rares. Parmi les plantes qui fleurissent au printemps ou au début de l’été et qui sont utilisées par le B. affinis on compte notamment Dicentra cucullaria, hydrpophyllum virginianum, amélanchier, Prunus, Tilia, Salix et Rhododendron. Pour la fin de l’été, des espèces du genre Eutrochium pourraient être utilesées par l'espèce[18].
Un autre aspect important en lien avec la conservation de l'espèce est la gestion des milieux forestiers. En effet, en plus d'être associée aux milieux urbains, le bourdon à tache rousse est galement asssocié au milieu forestier notamment dans la région des Appalaches. L'utilisation de brûlage contrôlé et de bonnes pratiques d'exploitation forestière peuvent avoir un impact important sur le bourdon à tache rousse de cette région. Cela dit, il existe un manque d'informations quant aux bonnes pratiques à adopter afin de favoriser la présence de l'espèce. Des chercheurs suggèrent que d'éviter la fauche à la fin de l'été en bordure de forêt pourrait constituer une bonne méthode de conservation[14].
Articles connexes
Liens externes
- Ressources relatives au vivant :
- (en) Catalogue of Life : Bombus affinis Cresson, 1863 (consulté le )
- (fr + en) ITIS : Bombus affinis Cresson, 1863 (consulté le )
- (en) NCBI : Bombus affinis (taxons inclus)
- (en) UICN : espèce Bombus affinis