Boujemâa Lamali
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بوجمعة العملي |
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Boujemâa Lamali (en arabe : بوجمعة العملي), né en 1890 à Azeffoun, en Haute Kabylie dans la région de Tizi Ouzou, est un maître céramiste algérien. Installé à Safi au Maroc, il marquera profondément l’art de la céramique à l'invitation du Résident Général, Hubert Lyautey, premier Résident Général (Ambassadeur) de France au Maroc en 1918[1].
Boujemaâ Lamali est né vers 1890 dans un village de la Haute Kabylie. Très tôt, et contrairement à ses frères, l’enfant exprime son désir de s’instruire. Son père l’envoie vivre chez un oncle installé dans la banlieue d’Alger. On retrouve l’adolescent Boujemaâ apprenti dans l’atelier du maître céramiste Ernest Soupireau. Il y restera dix ans et finira chef d’atelier. C’est certainement sur le conseil de Soupireau et avec son appui que Boujemaâ Lamali s’inscrit à l’École des Beaux-Arts d’Alger.
En 1914, Lamali étudiant à l'École des Beaux-Arts d'Alger est envoyé en France (sur recommandations du résident général d'Algérie) à la Manufacture de Sèvres, une première pour un Nord-Africain. Il sera le premier « fil rouge » qui conduira plus tard le céramiste algérois Mahieddine Boutaleb sur ses traces à Sèvres[2]. Là-bas, il travaille sous la direction d’Alexandre Sandier, un décorateur renommé, et participe à des projets innovants, notamment la création de nouvelles formes de vases et de pièces de service[3],[4].
Lamali profite de son séjour en France pour étudier les faïences perses et arabes exposées aux Musée du Louvre et Musée de Cluny. Il est particulièrement impressionné par les céramiques émaillées à reflet métallique. Cette technique est une invention spécifiquement islamique, datant de la fin du VIIIe ou du début du IXe siècle, probablement découverte par des verriers de Fostat en Égypte a été rapidement mise au point par les potiers mésopotamiens de Samarra, petite ville située au nord de Bagdad dans l’actuel territoire iraquien (Terrien C & COLOMBAN P., « Secrets retrouvés du lustre abbasside ». Revue Céramique & Verre, 2004, n° 139, p. 13-19, avant de s’épanouir dans l’Espagne musulmane du XIVe siècle et XVe siècle. Son expression ultime se trouvant alors dans les fameux Azulejos de Séville, Lamali ne manque pas d’aller étudier la question sur place.
En 1919, Boujemâa Lamali s’installe définitivement à Safi, au Maroc, où la production de la poterie d’art est déliquescente. Certes, les souks de la région croulent sous les objets en poterie brute (h’rach ou souki) à usage domestique courant (m’jamer, khabiat, gh’raref, etc.), mais les rares ateliers spécialisés dans la production de poterie fine, décorée et vernissée, vivotent péniblement. Deux ans durant, Lamali fait travailler deux ouvriers, leur fournissant matière première et encadrement[5].

En 1920[1], Boujemâa Lamali crée son atelier sur les rives de la colline des potiers et de Oued Châaba, qui deviendra par la suite une école, qui fut la première au Maroc et en Afrique en général[3],[6].
Lamali demande à Rabat l’autorisation d’ouvrir un cours de dessin et de tournage. Démarré en 1920 avec une dizaine d’élèves-apprentis, l’atelier-école de Lamali en compte 42 en 1924. Entre-temps, après avoir réussi à former une équipe de tourneurs et de décorateurs suffisamment expérimentés et à créer un assez grand nombre de modèles susceptibles d’être vendus, Lamali est contractualisé, avec une subvention annuelle, via les services culturels du Protectorat de travailler à son compte et en échange de fournir aux services du Protectorat un certain nombre de pièces selon un cahier des charges imposé, à charge pour lui de continuer à former de nouveaux apprentis et à respecter les caractères traditionnels de la céramique[7].
À partir de son atelier safiot, Lamali va révolutionner la trajectoire de la poterie locale. On lui doit tout ou presque. Il apprend à ses élèves à procéder au lavage de l’argile, celle de Safi est trop riche en calcaire et oxyde de fer; à retrouver les formes berbéro-romaines, Zianides et arabo-andalouses d’origine ; à utiliser un système de canevas permettant aux apprentis de reproduire les motifs traditionnels safiots – qu’il répertorie – à main levée mais avec précision ; il améliore, enfin, la qualité de l’émail[8].
Son travail se distingue par des motifs floraux authentiques, des motifs géométriques et des décorations inspirées des tapis Zayane. Il introduit également des éléments figuratifs dans ses œuvres, une innovation pour l’époque. (Installé dans son laboratoire du quartier Ashbar, il extrait les couleurs des plantes et des minéraux, et fut le premier à découvrir la couleur bleue. Il est également considéré comme le premier à décorer ses chefs-d'œuvre avec de l'argent, de l'or du cuivre et du plomb)= ce n'est absolument pas ça du tout !!! Lamali décore ses pièces avec des émaux et couleurs qu'il importe de France et la matière première (poudres d'oxides métalliques) utilisée pour la décoration à reflets métalliques, provient de Rhône Poulenc. Il a retrouvé et maitrisé la technique de décoration à reflets métalliques des potiers du début de la période abbâsside, qui s'était perdue, fin XVIIe en Italie (voir le concept de la "Route des Lustres", développé par le laboratoire des archéomatériaux de Bordeaux 3, notamment la thèse de doctorat de Céline Ollagnier du 10/10/2010). Lamali est à ce jour le dernier artiste céramiste, à avoir maitrisé cette technique millénaire, dans sa version polychromique, réalisée dans ses ateliers de la Colline des potiers de la ville de Safi. Il participe à la première exposition franco-marocaine « d'arts indigènes » en 1922, remportant le prix de l'exposition. Il rencontrera à plusieurs reprises (à vérifier, mais sa famille proche n'est pas au courant de cette information...) le roi Mohammed V, au cours desquelles il lui décernera plusieurs distinctions[9].
Boujemâa Lamali vivra le restant de sa vie à Safi jusqu'à sa mort en 1971 où il sera inhumé[1]. Le travail de Lamali a influencé la plupart des céramistes safiotes comme Al-Sousi, Serghini Al-Taher, Abdelqader Leghrissi, Mohamed Rbati Sentil et bien d’autres[10]. Il a légué un riche répertoire de ses œuvres contenant 450 objets dont la plupart (non, la plupart des pièces de Lamali, dont le nombre dépasse largement le millier, sont conservées entre les mains de plusieurs collectionneurs privés) ont été récupérés et conservés par le Musée National de la Céramique de Safi[11].
Notes et références
- 1 2 3 (ar) « المتحف الوطني للخزف بآسفي يحتفي بمئوية معلم الخزف بوجمعة العملي | Aldar.ma » [archive du 29 سبتمبر 2022], aldar.ma, (consulté le )
- ↑ Marie-Aimée Suire, « Mahieddine Boutaleb (1918-1991) le seigneur du grand feu », Sèvres. Revue de la Société des Amis du musée national de Céramique, vol. 28, no 1, , p. 136–151 (DOI 10.3406/sevre.2019.1198, lire en ligne, consulté le )
- 1 2 (ar) « بوجمعة العملي... استعادة معلم الخزف » [archive du 6 أكتوبر 2022], العربي الجديد, الرباط, 19 أكتوبر 2020 (consulté le ).
- ↑ (ar) الفيصل, دار الفيصل الثقافية, (lire en ligne), p. 58
- ↑ « Boujemâa LAMALI (1890-1971) - Lot 239 - enchères », sur www.millon.com (consulté le ).
- ↑ (ar) المجلة, الشركة السعودية للأبحاث والنشر, (lire en ligne).
- ↑ « Un Kabyle à Safi Le fabuleux destin de Lamali Boudjemaa Maitre céramiste à Safi (Maroc) », sur LE MAROC ET SES COUTUMES, (consulté le ).
- ↑ LE MATIN, « Le centenaire du céramiste Boujemaâ Lamali célébré à partir d’aujourd’hui au Musée national de la céramique », sur Le Matin.ma, (consulté le ).
- ↑ (es) « Producteurs et acteurs des « arts indigènes » dans l’Empire françai... », sur calenda.org (consulté le ).
- ↑ (en-US) e-taqafa, « Hommage à Boujemaâ Lamali », sur www.e-taqafa.ma (consulté le ).
- ↑ « Exposition « Centenaire du maitre céramiste Boujemaâ Lamali » ».