Bragoù braz
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Le bragoù-braz (en breton: bragoù, « pantalon », et braz, « grand ») est un pantalon traditionnel bouffant, pièce maîtresse du costume masculin breton. Grande culotte s'arrêtant au genou, portée avec des guêtres de laine, il est confectionné dans un drap épais de laine ou de chanvre et caractérise en particulier les costumes de Cornouaille, du pays Glazik et du pays Bigouden. Il ne doit pas être confondu avec le bragoù-moan (pantalon étroit) ni avec le bragoù-hir (pantalon long)[1].
Le bragoù-braz est maintenant principalement porté lors des fêtes traditionnelles, des fest-noz et des pardons religieux, ainsi qu'à l'occasion des festivals bretons tels le Festival Interceltique de Lorient.
Le terme « bragoù-braz » est composé de deux mots bretons : bragoù, qui signifie « braies » ou « pantalon », et braz (ou bras selon les variantes dialectales), qui signifie « grand ». On peut donc le traduire littéralement par « grand pantalon » ou « grandes braies »[1].
Le mot breton bragoù est lui-même apparenté au vieux français "braies", désignant un vêtement de jambes ample, hérité du latin médieval braca, lui-même emprunté aux langues gauloises ou germaniques. La forme bretonne témoigne ainsi d'une continuité lexicale avec les traditions vestimentaires des peuples celtiques de l'Antiquité.
Les attestations écrites du terme remontent au moins au XIXe siècle : on en trouve une trace dès 1872 dans le dictionnaire de langue bretonne de Dom Jean-Louis, sous la forme bragou-bras ha bragou-moan (littéralement « grand pantalon et pantalon mince »)[2].
Description
Coupe et forme
Le bragoù-braz est une culotte bouffante volumineuse s'arrêtant juste en dessous du genou. Selon le conservateur René-Yves Creston, il s'agit d'une « grande culotte bouffante s'arrêtant au genou, portée avec des guêtres de laine ». Son ampleur est obtenue par de nombreux plis ou fronces à la taille et aux genoux. Le vêtement est maintenu à la ceinture par un cordon ou une bande de tissu, ainsi que par des boutons appelés en breton boten-bragou (littéralement « boutons à braies »).
La partie supérieure s'ouvre par un système de boutonnage frontal. Les dessins de Jean-Marie Cambry (pays de Quimper, 1794) montrent la présence d'une poche de chaque côté, tandis que les illustrations d'Olivier Perrin (Quimper, 1836) révèlent un cordon passant à la ceinture pour maintenir le vêtement sur les hanches.
Matières et couleurs
Le bragoù-braz est confectionné en drap de laine épaisse, parfois en chanvre ou en lin. La couleur la plus répandue est le noir, couleur dominante dans la majorité des costumes masculins bretons. Dans le pays Glazik (région de Quimper, dont le nom signifie « petit bleu »), le costume masculin se distingue par l'usage du bleu, couleur qui s'est répandue notamment après les guerres de l'Empire : des colporteurs avaient racheté des stocks de drap d'uniforme militaire bleu auprès des magasins de Brest, trouvant à Quimper de nombreux acquéreurs.
Accessoires associés
Le bragoù-braz est porté avec plusieurs accessoires qui complètent le costume masculin breton :
- Des guêtres de laine couvrant le bas de la jambe jusqu'à la cheville ;
- Un large ceinturon de cuir naturel, souvent orné d'une boucle en laiton ou en cuivre gravée, particulièrement en pays Glazik et en Cornouaille Sud ;
- Un gouriz, large ceinture de tissu enroulée à la taille, portée notamment en Cornouaille Nord et dans le Haut-Léon ;
- Des sabots (botez koad) ou des souliers en cuir.
Histoire
Origines
L'origine du bragoù-braz est sujette à controverses. Jean Markale, dans Traditions de Bretagne, évoque une double filiation : d'une part le kilt irlando-écossais cousu entre les jambes — dont l'usage aurait été encouragé par le clergé puritain de la Contre-Réforme — et d'autre part le pantalon large des Gaulois, héritage de la culture celtique commune. On retrouve effectivement des représentations de bragoù-braz sur des statues de Saint-Isidore datant des XVIIe et XVIIIe siècles, ce qui en confirme l'ancienneté dans le costume paysan breton[3].
Développement au XIXe siècle
Si le bragoù-braz existait déjà sous l'Ancien Régime, c'est principalement au cours du XIXe siècle que le costume breton connaît son âge d'or, à la faveur de l'abrogation des lois somptuaires après la Révolution française. Libérés des contraintes légales qui réservaient aux élites l'usage des tissus et ornements de luxe, les paysans bretons peuvent désormais enrichir et diversifier leur tenue. Chaque paroisse, chaque canton tend alors à surenchérir sur ses voisins en matière de décoration et de qualité des étoffes[3].
Le costume breton de cette époque obéit à un code rigoureux : il permet aux Bretons d'identifier rapidement l'origine géographique du porteur, sa condition sociale et parfois même sa situation familiale. Le bragoù-braz en est l'un des marqueurs les plus distinctifs pour les hommes.
Déclin et abandon
Dès la fin du XIXe siècle et surtout au début du XXee siècle, le bragoù-braz tombe progressivement en désuétude, remplacé par le pantalon long à la française. Ce déclin s'accélère au lendemain de la Première Guerre mondiale, qui homogénéise les pratiques vestimentaires à travers toute la France. Depuis lors, son usage quotidien a entièrement disparu.
Répartition géographique
Le bragoù-braz n'est pas uniformément répandu dans toute la Bretagne. Il est présent en Cornouaille, principalement :
- Le pays de Cornouaille (région de Quimper), dont les représentations les plus anciennes datent de la fin du XVIIIe siècle ;
- Le pays Glazik, à l'ouest de Quimper, dont les costumes à dominante bleue sont parmi les plus représentatifs ;
- Le pays Bigouden, autour de Pont-l'Abbé, où le bragoù-braz accompagne le célèbre costume bigouden féminin.
Dans l'imaginaire collectif, le bragoù-braz est souvent perçu comme le pantalon breton par excellence — tout comme la coiffe bigoudène est assimilée à la coiffure bretonne — bien que ces pièces soient en réalité propres à des zones géographiques spécifiques. La Bretagne compte en réalité plusieurs dizaines de modes vestimentaires, fragmentées en près de 1 200 variantes avec les coiffes.
Variantes
Le bragoù-braz connaît notamment 2 variantes régionales et stylistiques :
- Bragoù-berr: culotte courte s'arrêtant sous le genou, plus étroite, équivalente aux braies de Haute-Bretagne[4] ;
- Bragoù-hir: pantalon long à la coupe proche du pantalon occidental moderne, qui supplanta progressivement le bragoù-braz au cours du XIXe siècle.
Le linguiste Mikael Madeg signale également le surnom Bragez dirouvenn (« pantalon sans pli ») donné à certains hommes du Léon, ce qui souligne l'importance des plis dans la définition même du bragoù-braz et l'élégance vestimentaire particulière de la ville de Saint-Pol-de-Léon.
Costume masculin breton : contexte
Le bragoù-braz ne constitue qu'une pièce du costume masculin breton. Il s'associe notamment à :
- La chupenn: veste courte, généralement brodée au niveau de la large encolure;
- Le jiletenn: gilet sans manches porté sous la veste;
- Un chapeau, dont la forme et l'orientation des bords pouvaient indiquer le statut matrimonial du porteur (ex : le chapeau à pic du paludier);
- Des broderies dont les motifs différaient selon la région, le rang et les circonstances.
