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Cabane de résinier

type d'habitat des Landes de Gascogne From Wikipedia, the free encyclopedia

Une cabane de résinier est un type d'habitat traditionnel des Landes de Gascogne, associé à la pratique du gemmage[1].

Destination initiale
Habitat intermittent pour le résinier et sa famille
Destination actuelle
Habitat d'agrément
Style
Cabane en bois ou en briques
Construction
1860-1960
Faits en bref Destination initiale, Destination actuelle ...
Cabane de résinier
Cabane de résinier restaurée sur l'airial de Galiane, à Lüe.
Présentation
Destination initiale
Habitat intermittent pour le résinier et sa famille
Destination actuelle
Habitat d'agrément
Style
Cabane en bois ou en briques
Construction
1860-1960
Localisation
Pays
Région
Région naturelle
Coordonnées
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Présentation

Si le gemmage est attesté dans la région depuis l'Antiquité[n 1] — les Romains venaient déjà chercher la résine dans le port de Segosa (probablement près de Mimizan) pour le calfatage de leurs bateaux[2] — c'est avec la généralisation du procédé à partir de la seconde moitié du XIXe siècle sous l'impulsion de la loi du 19 juin 1857 que les cabanes de résiniers se multiplient dans la forêt des Landes[1].

Le gemmage, pratiqué de février à octobre, est une opération qui consiste à blesser le pin maritime pour en récolter la résine, riche en colophane et en essence de térébenthine, en respectant les étapes suivantes[3] :

  • le pelage : début février, avec les premières remontées des température, le résinier commence à râcler l'écorce du pin grâce au sarcle à peler ;
  • le cramponnage : opération qui consiste à fixer un pot de résine sur l'arbre pour en récolter la résine, entre un crampon (lame de zinc incurvée) placée en haut du pot et un clou en-dessous ;
  • la pique : avec le hapchot, le résinier pique l'arbre pour en extraire la résine. Chaque semaine, il pratique une nouvelle entaille juste au-dessus de la précédente (la profondeur ne devant pas excéder 1 centimètre) ;
  • l'amasse : quand les pots (contenance de 50 cl) sont pleins, la femme du résinier en vide le contenu dans les escouartes (récipients de 16 litres) à l'aide d'une palinette (petite spatule). Ces barriques sont ensuite transportées dans les distilleries de résine[3].

Description architecturale

Bien qu'il en existe certaines en brique, les cabanes de résiniers sont pour la plupart en bois de pin. Le bâti est rudimentaire, constitué le plus souvent d'une à deux chambres. Certaines ne comportent parfois qu'une pièce unique organisée autour du seul élément maçonné en dur du bâtiment : la cheminée. La forme du bâtiment est parallélépipédique : les murs gouttereaux regardent au nord et au sud, tandis que les pignons sont tournés vers l'est et l'ouest. L'entrée principale est orientée vers le sud. Le toit est à deux pans, de faible pente, constitué de tuiles canal ou parfois de tuiles à emboîtement. Le bardage en bois extérieur est de couleur noire, à quelques exceptions près, constitué soit de planches verticales à couvre-joints étroits à la façon des cabanes d'ostréiculteurs du bassin d'Arcachon, soit de planches horizontales montées à clin. Dotées de peu d'ouvertures, ces cabanes sont souvent très sombres à l'intérieur. Les plus aisés disposaient d'un four à pain, d'un puits, de quelques pieds de vigne et d'animaux domestiques dans une clairière attenante[4].

Organisation dans la forêt

On peut rencontrer aussi bien des cabanes isolées dans la forêt qu'un groupement de quelques cabanes avec des cabanons servant de dépendances pour ranger du matériel, un four à pain, un puits et quelques pieds de vigne, le tout dans un petit airial. Les habitations sont réparties dans la forêt suivant les différentes parcelles exploitées et sont reliées entre elles par des chemins de sable, parfois recouverts de coquilles d'huîtres ou de grépin[1], [4]. Au début du XXe siècle, on compte autant de cabanes que de familles de gemmeurs, autant de familles que de « pièces » de pins à résiner[4]. À son apogée, dans les années 1930, on estime à près de 30 000 le nombre de gemmeurs actifs dans la région[5].

Statut des occupants

Témoignages anciens

Au début du XVIIIe siècle, l'ingénieur cartographe Claude Masse (1652-1737), chargé par le roi Louis XIV de dresser la carte du littoral atlantique de la Gironde aux Pyrénées, est l'un des premiers observateurs à décrire les résiniers des Landes dans ses mémoires. Son portrait est sévère :

« Comme ils sont toujours dans les bois, ils sont peu civilisés et à demi sauvages, et font peur en les voyant tant à cause de leur noirceur que par leurs mauvais habits. Ils font peine à voir, tant par leurs habits que par leur langage rustique et sauvage, parlant un mauvais gascon ; ils sont ordinairement jambes et pieds nus, et ont sur la tête une toque ou béret, n'ayant ni cravate ni collet. »[1].

Masse note également que ces familles habitent « dans de petites maisons ou cabanes en planches ou colombage avec de la terre »[1].

Un logement de fonction contraint

Les résiniers ne sont pas propriétaires des cabanes, mais de simples exploitants souvent amenés à déménager en fonction de l'évolution de leur contrat[4]. Selon un contrat proche du métayage, le gemmeur est associé à moitié au revenu de son travail et non payé à la journée comme un ouvrier. Le propriétaire fournit le matériel — pots de résine, crampons, pointes — ainsi qu'une cabane pour héberger le gemmeur et sa famille en pleine forêt. La cabane constitue donc un logement de fonction lié au contrat d'exploitation, non une propriété personnelle. Les cabanes sont habitées en semaine, et généralement la famille se rend dans le bourg voisin le dimanche, pour aller à l'office et se retrouver au bistrot. Le gemmeur quitte sa cabane pour porter les fûts de résine sur les lieux d'embarquement afin qu'ils soient acheminés à la distillerie. Le reste du temps, la famille vit au rythme des campagnes de gemmage, en forêt[4].

Luttes sociales et obtention du statut salarié

La condition des résiniers, précaire sous l'Ancien Régime, s'améliore progressivement à la suite de luttes sociales répétées. On peut citer les émeutes de Sabres en 1863, les grèves dures de 1919 et de 1937, la célèbre manifestation de Mont-de-Marsan du 18 mars 1934 qui réunit plus de 30 000 gemmeurs et petits propriétaires, et le rassemblement de 12 000 gemmeurs aux arènes de Bordeaux en avril 1935 pour réclamer un prix minimum du cours de la barrique de gemme. Même s'ils sont toujours légalement considérés comme des métayers, leur activité tend à les assimiler à des ouvriers, puisqu'ils ne partagent pas la récolte mais le fruit de la vente. En 1968, les gemmeurs obtiennent le statut de salariés. Cette évolution juridique modifie profondément leur rapport à la cabane : celle-ci perd sa fonction de logement de fonction contraint pour devenir un simple abri de travail, accélérant le mouvement d'abandon des habitations forestières au profit du village ou de l'airial[1].

Déclin et état actuel

Avec la démocratisation des transports individuels — automobiles, mobylettes —, les cabanes sont peu à peu abandonnées au cours du XXe siècle, la plupart ne servent plus qu'à remiser le matériel[1]. C'est finalement avec la disparition du gemmage que les cabanes perdent leurs occupants. L'activité cesse en 1993 avec la hausse des charges sociales ; la France importe désormais sa résine du Portugal, de la Grèce et surtout du Vietnam et de la Chine[1]. Certains propriétaires forestiers maintiennent néanmoins les cabanes en état et se rendent en forêt occasionnellement. Des communes comme Escource ou Luë engagent des programmes de restauration bénévole. Certaines cabanes sont encore habitées par d'anciens gemmeurs ou leur famille, comme à La Teste-de-Buch[4] D'autres servent d lieux d'agrément ou de points d'interprétation du patrimoine, comme la Cabane du Résinier à Lège-Cap-Ferret, ouverte à l'année[6]

Exemple de la cabane de résinier de Galiane, à Luë

Équivalents dans d'autres pays

La pratique du gemmage est loin d'être une spécificité gasconne : elle est attestée en Allemagne, en Autriche, en Europe centrale et orientale ainsi qu'aux États-Unis. Dans chacun de ces pays, un besoin d'abri temporaire en forêt pour les résiniers et leur matériel a produit des solutions comparables, quoique différentes dans leur forme architecturale et leur organisation sociale.

Allemagne et Autriche : la Pechhütte

En Allemagne et en Autriche, le résinier porte les noms de Harzer, Pecher, Pechler ou Pechsieder selon les régions. Son abri forestier est la Pechhütte. Ces résiniers vivant de façon isolée dans leurs Pechhütten, à l'écart des villages, où ils faisaient cuire la résine récoltée pour en produire de la poix (Pech), de l'essence de térébenthine et de la colophane. La fumée âcre qui s'en dégageait trahissait leur présence. Les gardes forestiers les surveillaient avec méfiance, car ils abîmaient parfois des arbres sains. Le calendrier saisonnier était rigoureusement défini : les Pecher disposaient d'un privilège seigneurial les autorisant à entailler les arbres de mai à juillet dans des forêts désignées (Pechwaide ou Picherei), puis à distiller la résine d'août à septembre. Cette présence prolongée en forêt impliquait un besoin d'abri analogue à celui des résiniers landais. Un exemple subsiste dans le Pfälzerwald (Palatinat) : le Ritterstein n° 149, pierre commémorative portant l'inscription « Pechhütte », marque l'emplacement d'une ancienne Pechhütte avec son four à résine (Harzofen). Face à ce marqueur subsiste encore aujourd'hui l'Ungerhäuschen, un petit bâtiment en maçonnerie avec ouverture fenêtre, construit en 1903 comme logement temporaire pour la récolte de résine de pins — l'un des rares exemples conservés et datés d'un abri de résinier hors de France. Contrairement à la cabane landaise en bois de pin sur poteaux, la Pechhütte allemande était généralement construite en matériaux locaux — pierre, torchis — reflétant les ressources disponibles en zone montagneuse. Elle combinait souvent l'abri d'habitation et l'atelier de transformation, contrairement à la séparation plus nette qui existait dans les Landes entre la cabane d'habitation et les ateliers de transformation[7].

Europe centrale et orientale : la buda et le smolarstwo

En Pologne et dans les forêts de Ruthénie et de Lituanie, le smolarstwo — production de goudron et de poix par carbonisation de bois résineux, activité cousine du gemmage — a généré un habitat forestier comparable. Les installations étaient appelées budy (singulier : buda), terme qui a donné leur nom aux praticiens eux-mêmes : les smolarze de Mazurie étaient désignés budnicy. Ces smolarnie étaient installées dans des clairières forestières à l'écart des habitations, à la fois pour éviter les risques d'incendie et pour réduire les coûts de transport du bois résineux. L'activité a perduré dans les Bory Tucholskie (forêts de Tuchola, au nord de la Pologne) jusqu'à la Seconde Guerre mondiale. La buda diffère cependant de la cabane landaise en ce qu'elle constituait davantage un atelier collectif qu'un logement familial individuel[8].

Russie et URSS : la подсочка et l'organisation collective

En Russie et dans l'espace soviétique, le résinier porte le nom de вздымщик (vzdy'mchtchik, littéralement « celui qui lève »). Il pratique la подсочка (podsotchka), équivalent du gemmage, en entaillant les pins pour en extraire la живица (zhivitsa), résine des conifères. Son outil principal est le хак (hak). La récolte ne se pratique que pendant les mois chauds, la résine ne s'écoulant qu'à partir de 7°C environ. La principale différence avec le modèle landais tient à l'organisation du travail : en URSS, la production industrielle de résine, structurée à partir de 1925 dans le cadre d'artels puis de khimleskhozy (entreprises forestières chimiques d'État), s'appuyait sur des villages entiers créés spécifiquement pour les travailleurs de la filière, peuplés en partie de déportés spéciaux et en partie de travailleurs volontaires. L'habitat était donc collectif et villageois, sans équivalent de la cabane familiale isolée dans sa parcelle propre à la tradition gasconne[9].

États-Unis : les turpentine camps

Dans le Sud des États-Unis — Carolines, Géorgie, Floride, Alabama, Louisiane, Texas —, la production de térébenthine à partir de forêts de pins des marais) constituait au XIXe siècle et au début du XXe siècle une industrie majeure désignée sous le nom de naval stores. Les travailleurs vivaient dans des camps de térébenthine (turpentine camps), petites communautés autonomes comprenant des baraques rudimentaires (rough shanties) pour les ouvriers, des logements pour les contremaîtres, et un magasin de la compagnie (commissary). Ces camps se déplaçaient au fil de l'épuisement des pinèdes, suivant ce que l'historien Robert B. Outland décrit comme le « turpentine trail » — de la côte médio-atlantique au milieu du XIXe siècle jusqu'à la Floride à la fin du siècle. Les conditions de travail y étaient souvent contraintes, recourant au travail forcé[n 2] de détenus et à un système d'endettement au magasin de la compagnie. Le turpentine camp constitue un équivalent fonctionnel de la cabane de résinier — logement temporaire en forêt de pins pendant la campagne de récolte —, mais sous une forme collective et industrielle radicalement différente de la cabane familiale gasconne[10].

Bibliographie

  • Document utilisé pour la rédaction de l’article Yannis Suire, Le Médoc, Arcachon, les Landes et le Pays basque vers 1700 : cartes, plans et mémoires de Claude Masse, ingénieur du roi, Geste Éditions, 2017.

Notes et références

Voir aussi

Lien externe

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