Kadyanda
ancienne cité antique de Lycie
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Cadyanda ou Kadyanda (en grec ancien : Καδύανδα) était une cité antique de Lycie. Les ruines de la cité se trouvent près de l'actuel village d'Üzümlü, dans le district de Fethiye, province de Muğla, dans le sud-ouest de la Turquie. Le décret du satrape Pixodaros, au IVe siècle av. J.-C., nous fait connaître son nom lycien : Xadawãti (en écriture lycienne : 𐊜𐊀𐊅𐊀𐊇𐊙𐊗𐊆).
Histoire


Le site se trouve dans l'ouest de la Lycie, à 12 km à l'est de la baie de Fethiye et à peu près autant à l'ouest du fleuve Xanthos (Eşen Çayı) dont un affluent a sa source sur le versant oriental de Kadyanda. La cité est bâtie sur une hauteur en bordure d'un bassin de 5 km sur 9 dominé au nord par le massif du Kirat Dağ (1454 m). Les fonds de vallée sont fertiles et les hauteurs recouvertes de forêts. Une borne milliaire à Üzümlü indique le tracé d'une ancienne voie romaine qui allait au nord-est vers Araxa et Boubôn ; une autre route, au nord-ouest, la reliait à Fethiye, l'antique Telmessos, à 25 km[1].
Le choix du site correspond à une pratique lycienne connue par ailleurs mais son urbanisme rappelle surtout Halicarnasse et a peut-être connu son développement à la même époque, au IVe siècle av. J.-C.[2]. Kadyanda a fait partie de la Confédération lycienne. Des monnaies frappées au IIe ou Ier siècle av. J.-C. portent la légende KAΔY. Des inscriptions mentionnent « le Conseil (Boulè) et le peuple des Kadyandéens[3] ».
Une stèle trouvée au temple de la déesse Léto, sanctuaire commun de la Ligue lycienne, probablement postérieure à la fin de la domination rhodienne en 167 av. J.-C., garde le souvenir d'un accord conclu entre la cité d'Oinoanda et la Ligue pour la perception des péages et l'exploitation des hautes terres limitrophes d'Oinoanda et des cités lyciennes de Tlôs et Kadyanda. La montagne appelée « Masa » est reconnue comme un territoire inaliénable de Tlôs mais les gens d'Oinoanda y obtiennent un droit de pâturage et d'exploitation du bois à condition de s'abstenir de labours et de constructions permanentes. Kadyanda est comprise dans le traité, sans doute comme la principale voie de passage terrestre, donc de douane, entre le port de Telmessos et les villes de l'intérieur dont Oinoanda[4].
Aucun texte littéraire antique ne mentionne Kadyanda, à l'exception possible de Pline l'Ancien (H.N., V.101) bien que ses monuments attestent une cité assez importante[5].
Le site est identifié par l'archéologue britannique Charles Fellows en 1840 puis étudié par plusieurs chercheurs dont le plus récent est Wolfgang W. Wurster (en)[1]. Les ruines sont assez difficiles d'accès à cause du relief, des arbres morts et des nombreuses cavités laissées par des citernes ou des fouilles clandestines[3]. Sa fréquentation touristique est assez modeste avec 3 300 visiteurs en 2024[6].
Urbanisme
L'enceinte de la cité occupe un rectangle de 370 m sur 400, culminant au nord à 945 m et descendant au sud-ouest à 845 m. Les murailles, refaites à différentes époques, sont en blocs cyclopéens ou en opus quadratum et donnent par endroits sur des à-pics. Deux bastions avancés s'étendent au-delà des remparts, l'un archaïque, d'appareil cyclopéen, l'autre probablement post-romain[7]. Plusieurs terrasses ont été aménagées pour compenser la forte pente du terrain et installer les principaux bâtiments publics, le « stade », les thermes et probablement l'agora et le théâtre[8]. Une inscription permet de dater les thermes du règne de Vespasien[9],[5]. Une étroite sous-enceinte triangulaire, à la pointe sud de la ville, enserre la terrasse du théâtre[8]. Le théâtre, d'époque hellénistique ou romaine, comptait au moins 19 gradins partiellement conservés plus une rangée de sièges à dossier ; l’orchestra mesure 16,15 m de diamètre[10]. L'agora est une place rectangulaire de 72 m sur 29, bordée de portiques[11].
Faute d'aqueduc ou de source intra-muros, l'eau était stockée dans de nombreuses citernes, certaines de bonne taille (10 m sur 5) avec parfois un revêtement en mosaïque[7].
Les fondations de deux portes monumentales ont été identifiés, l'une à la sortie sud de la ville, vers la nécropole, l'autre vers l'est[7]. Un hérôon est bâti à l'intérieur du rempart, près de la porte sud. La nécropole, de part et d'autre d'une route qui domine un à-pic à l'ouest, compte au moins 150 tombes faites d'une chambre carrée, parfois munie de niches, avec divers ornements, bas-reliefs, chapiteaux, colonnes cannelées, en calcaire, en brèche rose ou en marbre[12]. Certaines tombes sont voûtées dans le style d'Olympos. Deux tombes monumentales se dressent au pied de la colline, respectivement à 2 et 1,6 km du village d'Üzümlü, l'une de type pilier, très érodée, la chambre supérieure manquante, avec des inscriptions en lycien presque illisible, l'autre de type maison, taillée dans la roche avec des bas-reliefs mieux conservés marqués de noms en lycien et en grec; un sarcophage brisé, orné aussi de bas-reliefs, occupe le toit plat de la chambre. Une troisième grande tombe, ornée de bas-reliefs, est creusée dans un grand bloc rocheux à flanc de colline au-dessus du village[5].
- Montagnes autour de Kadyanda en mars 2016.
- Mur cyclopéen au-dessus d'une pente abrupte
- Partie d'une stoa (portique).
- Citerne.
Habitants
Une inscription d'époque romaine nous fait connaître une dame Ioulia Memmè, rattachée à la prestigieuse Gens Iulia, affichant une double citoyenneté romaine et kadyandéenne, « descendante d'ancêtres illustres et remarquables » qui ont peut-être été récompensés pour services rendus à Rome à l'époque de Jules César ou d'Auguste[13]. Elle n'est pas la seule femme à recevoir les honneurs de la cité, probablement comme évergète ou gymnasiarque (directrice de gymnase)[14].
La longue inscription généalogique de Licinia Flavilla, citoyenne d'Oinoanda, montre le réseau serré d'intermariages entre les élites d'Oinoanda et des cités voisines : Pinara, Kadyanda, Xanthos et, dans une moindre mesure, Kibyra, Choma, Balboura, Patara et Rhodiapolis. Dans cet ensemble, Marcus Claudius Flavianus de Kadyanda apparaît comme le second mari de Licinnia Ge, dite Lykia, native d'Oinoanda ; celle-ci se fixe apparemment à Kadyanda où, devenue veuve, une autre inscription la montre honorant la mémoire de son époux. Flavianus Diogenes d'Oinoanda épouse Claudia Androbiane dite Lykia, de Kadyanda ; Claudius Longus, de Kadyanda, épouse Mettia Kleonis, de Xanthos ; Claudius Eiranaios, de Kadyanda, épouse Mettia Androbiane de Xanthos, parente maternelle de Mettia Kleonis ; et Claudius Titanus, de Kadyanda, épouse Claudia Helene, de Patara. Cette dernière est issue, en lignée paternelle et maternelle, de maisons qui ont donné des lyciarques (présidents de la Ligue lycienne) et un consul de Rome[15].
Une inscription de Kadyanda, peut-être du Ier siècle avant ou après J.-C., nous fait connaître un prêtre d'Isis et Sérapis[16]. La pratique de ce culte à Kadyanda est confirmée par une liste des offrandes des fêtes en l'honneur d'Artémis et des Nymphes, de Létô, de Dionysos, Hélios, d'Isis et Sérapis, de Déméter[17]. Des monnaies de Kadyanda portent les noms des principales divinités civiques : Apollon, Artémis, Athéna, Hermès[18].