Le graphe d'une fonction arbitraire (bleu). Graphiquement, la dérivée de en est le coefficient directeur de la pente (la droite orange, représentant la tangente à la courbe en ).
En mathématiques, le calcul différentiel est un sous-domaine de l'analyse qui étudie les variations locales des fonctions. C'est l'un des deux domaines traditionnels de l'analyse, l'autre étant le calcul intégral, utilisé notamment pour calculer l'aire sous une courbe[1].
Le calcul de la dérivée d'une fonction est, avec des notions connexes telles que la différentielle et leurs applications (équations différentielles,etc.) l'un des principaux objets d'étude du calcul différentiel. Géométriquement, la dérivée en un point d'une fonction à valeurs réelles est la pente de la tangente au graphe de la fonction en ce point. Pour certaines fonctions et en certains points, la dérivée peut ne pas exister ou ne pas être définie.
Le calcul différentiel a des applications dans de nombreuses disciplines quantitatives.
L'utilisation des infinitésimaux pour étudier un taux de variation en un point est déjà développée par Bhāskara II. Beaucoup de résultats de calcul différentiel ont été retrouvés dans son travail (comme le théorème de Rolle)[5].
Le calcul différentiel moderne a été créé, suivant deux voies différentes, par Leibniz et Newton[6]. On devrait y ajouter une troisième voie, contemporaine et indépendante de l'occident, celle de Seki Kōwa, au Japon.[pasclair]
Le graphe de , avec une droite tangente à . La pente de la droite tangente est égale à . (les axes du graphique ne sont pas à l'échelle 1:1.)
La dérivée d'une fonction d'une variable réelle mesure l'ampleur du changement de l’image de la fonction (valeur de sortie) par rapport à un petit changement de son argument (valeur d'entrée). Le calcul de dérivées est un outil fondamental du calcul infinitésimal.
Si est dérivable en , sa dérivée en est égale à la limite du taux d'accroissement. On la note alors ou . Enfin, si est dérivable en tous points de , on définit la fonction dérivée de comme l'application:
L'application est appelée différentielle de en et se note [N 1].
La dérivée partielle d'une fonction de plusieurs variables est sa dérivée par rapport à l'une de ses variables en gardant les autres constantes. Formellement, la dérivée partielle de en par rapport à ème coordonnée est la dérivée de . Elle est notée ou simplement [8].
La dérivation a des applications dans presque tous les domaines quantitatifs. Par exemple, les dérivées sont fréquemment utilisées pour trouver les extremums (maximums et minimums, ou maxima et minima en français latin) d'une fonction.
Les équations impliquant des dérivées sont appelées équations différentielles. Elles sont fondamentales pour décrire les phénomènes naturels et utilisées dans de nombreuses disciplines scientifiques.
En mécanique, la vitesse d'un objet est définie par la dérivée de la position de l'objet par rapport au temps. L'accélération est la dérivée de la vitesse par rapport au temps. D'après la deuxième loi de Newton, appelée principe fondamental de la dynamique, la masse, supposée constante, d'un objet multipliée par la dérivée du vecteur vitesse de cet objet par rapport au temps est égale à la somme vectorielle des forces appliquées à cet objet, ce qui s'écrit mathématiquement par l'équation différentielle:
En dynamique des populations
En dynamique des populations, on modélise l'évolution de la taille d'une population. Le nombre d'individus est modélisé par une fonction qui dépend du temps. La vitesse d'évolution est la dérivée de cette fonction: .
Un modèle simple est celui donné par Thomas Malthus. On considère que la vitesse d'évolution de la population est proportionnelle à la population elle-même:
où est une valeur réelle liée à la natalité et la mortalité de la population. La fonction est connue et donnée par où est la population initiale. On parle de croissance exponentielle.
Dans un circuit électrique, les grandeurs telles que l'intensité et la tension varient en fonction du temps et sont liées entre elles dans des équations différentielles.
Si f est une fonction différentiable sur ℝ (ou un intervalleouvert) et x est un extremum local de f, alors la dérivée de f s'annule en x. Les points où f'(x) = 0 sont appelés points critiques ou points stationnaires (et la valeur de f en x est une valeur critique). Si f n'est pas supposée dérivable partout, alors les points où f n'est pas dérivable sont aussi appelés points critiques.
Si f est dérivable deux fois, alors inversement, un point critique x de f peut être analysé en étudiant la dérivée seconde de f en x:
si cette valeur est positive, x est un minimum local;
si cette valeur est négative, x est un maximum local;
si elle s'annule, alors x peut être un minimum local, un maximum local ou aucun des deux. (Par exemple, f(x) = x3 a un point critique en x = 0, qui est un point d'inflexion, donc ni un minimum ni un maximum, alors que f(x) = x4 a un minimum en x = 0, et f(x) = – x4 a maximum en x = 0).
La dérivation et la résolution des points critiques constituent donc souvent un moyen simple de trouver des minima ou des maxima locaux, ce qui peut s'avérer utile en optimisation. En vertu du théorème des valeurs extrêmes, une fonction continue sur un intervalle fermé doit atteindre ses valeurs minimales et maximales au moins une fois. Si la fonction est dérivable, les minima et maxima ne peuvent se produire qu'aux points critiques ou aux extrémités.
Ceci a également des applications pour la représentation graphique des fonctions: une fois que les minima et maxima locaux d'une fonction dérivable ont été trouvés, un tracé approximatif du graphique peut être obtenu à partir de l'observation sur la croissance ou la décroissance de la fonction entre les points critiques.
Dans les dimensions supérieures, un point critique d'une fonction à valeurs scalaires est un point où le gradient de la fonction s'annule. Le test de la dérivée seconde peut encore être utilisé pour analyser les points critiques en considérant les valeurs propres de la matrice hessienne des dérivées partielles secondes de la fonction au point critique. Si toutes les valeurs propres sont positives, le point est un minimum local; si elles sont toutes négatives, il s'agit d'un maximum local. S'il existe quelques valeurs propres positives et quelques valeurs propres négatives, le point critique est appelé «point selle», et si aucun de ces cas ne se présente (c'est-à-dire si certaines des valeurs propres sont nulles), le test est considéré comme non concluant.
Un exemple de problème d'optimisation consiste à trouver la courbe la plus courte entre deux points d'une surface, en supposant que la courbe doit également se trouver sur la surface. Si la surface est un plan, la courbe la plus courte est une ligne droite. Mais si la surface est, par exemple, en forme d'œuf, le plus court chemin n'est pas immédiatement clair. Ces chemins sont appelés géodésiques, et l'un des problèmes les plus fondamentaux du calcul des variations consiste à trouver des géodésiques. Un autre exemple consiste à trouver la plus petite surface remplissant une courbe fermée dans l'espace. Cette surface est appelée surface minimale et peut également être trouvée à l'aide du calcul des variations.
François Rouvière, Petit guide de calcul différentiel à l'usage de la licence et de l'agrégation, Cassini, coll.«Enseignement des mathématiques», (ISBN978-2-84225-008-9)