Camp de concentration de Melk
camp annexe du camp de concentration de Mauthausen (1944-1945)
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Le camp de concentration de Melk (A.K.Me[1].) est une unité de travail forcé pour homme (Außenlager), dépendante du camp de concentration de Mauthausen. Les prisonniers esclaves devaient creuser d’immenses tunnels dans la montagne près de Roggendorf pour la construction d’une usine souterraine de roulements à billes pour le compte de l’entreprise Steyr-Daimler-Puch AG[2]. Les prisonniers ont également servi à construire divers quartiers de caserne dans la région et la « colonie de la Luftwaffe » à Loosdorf. D’autres victimes durent effectuer leur service dans la scierie Hopferwieser ST & A (aujourd’hui Umdasch) à Amstetten, qui produisait des Pölzholz pour les installations souterraines. Ouvert le [3], il a accueilli environ 14 390[4] détenus, dont au moins 4 896[5] y perdirent la vie[6]. Il fut libéré par les troupes américaines le [3].
| Kommando de travail de Melk | ||
Les nouveaux arrivants à Melk, un sous-camp de Mauthausen, sont comptés, 1944 | ||
| Présentation | ||
|---|---|---|
| Type | Camp de concentration - commando de travail forcé | |
| Gestion | ||
| Date de création | 11 janvier 1944 | |
| Géré par | Anton Streitwieser | |
| Date de fermeture | 5 mai 1945 | |
| Fermé par | armée soviétique | |
| Victimes | ||
| Nombre de détenus | 14 390 détenus | |
| Morts | 4 896 morts | |
| Géographie | ||
| Pays | ||
| Région | Haute-Autriche | |
| Commune d'Autriche | Melk | |
| Coordonnées | 48° 13′ 35″ nord, 15° 21′ 00″ est | |
| Géolocalisation sur la carte : Autriche
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| modifier |
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En , un commando du camp de concentration de Mauthausen est établi à Melk, en Basse-Autriche. Il occupe les anciens baraquements de pionniers de la Wehrmacht Freiherr von Birago, alors situés dans le Reichsgau Niederdonau, à une centaine de kilomètres à l'est de Linz. Un premier détachement d’environ 500 prisonniers arrive le afin de préparer les installations destinées à recevoir jusqu’à 10000 détenus (bien que l'effectif moyen se soit stabilisé autour de 7 000 détenus). Le camp entre officiellement en service les 20 et [7].
Les prisonniers étaient hébergés dans 18 blocs, partiellement équipés de matériel militaire récupéré de la Wehrmacht. L’entreprise Quarz GmbH[8], responsable de l’exploitation du travail forcé, fournit les lits, les sacs de paille et les couvertures. Mieux équipé à l'ouverture que la plupart des camps de concentration, le camp de Melk voit ses conditions matérielles et sanitaires[7] se dégrader rapidement avec la surpopulation.
Au total, 14 390 prisonniers originaires d’au moins 26 pays furent détenus dans le Kommando de Melk. La capacité initiale de 7 000 détenus ne fut atteinte qu’à la mi-. À partir de , des prisonniers évacués du camp principal de Natzweiler y furent transférés, suivis, dès , de déportés en provenance d’Auschwitz. Selon l’historien Hans Maršálek, le camp atteignit son effectif maximal le avec 10 352 détenus[7].
Les principaux groupes nationaux sont Polonais, Hongrois, Français, ressortissants soviétiques, Allemands, Italiens, Grecs et Yougoslaves. Des prisonniers originaires d’autres pays, notamment d’Albanie, d’Égypte, du Danemark, du Portugal, de Turquie et des États-Unis, y sont également internés. Environ 30 % des détenus sont juifs[7].
Le dernier convoi de 2 000 déportés en provenance d'Auschwitz arrive le ; il comprend 119 enfants âgés de 9 à 15 ans. Un four crématoire fut construit à l’automne 1944. Entre et , plus de 3 500 corps y furent incinérés[7].
Les documents de transport indiquent que 1 440 prisonniers malades ou blessés furent renvoyés au camp principal de Mauthausen comme inaptes au travail (arbeitsunfähig). Le registre des décès tenu par le médecin du camp recense 4 802 morts, dont 1 019 pour le seul mois de janvier 1945, soit une moyenne de plus de trente décès par jour. Environ un tiers des prisonniers transférés à Melk moururent dans les six premiers mois d’existence du camp[7].

Les statistiques SS indiquent les nationalités des morts : 1 575 Polonais ; 1 432 Hongrois ; 546 Français ; 388 citoyens soviétiques ; 302 Italiens ; 174 Yougoslaves ; 150 Allemands et Autrichiens ; 101 Grecs ; 36 Estoniens, Lettons et Lituaniens ; 26 Néerlandais ; 22 Tchèques ; 17 Norvégiens ; 12 Espagnols ; 9 Belges ; 3 Suisses ; 4 Luxembourgeois ; 2 Turcs ; 1 Portugais ; 1 Albanais ; et 1 apatride[7].
Camp de Mauthausen
Le camp de concentration de Mauthausen est ouvert en sur les hauteurs de la ville de Mauthausen (Autriche). En , un camp annexe est ouvert à Gusen, à quelques kilomètres. Le complexe concentrationnaire ne cesse de grandir, à mesure qu’il devient centre de tri et de transfert vers les camps extérieurs (Liste des 46 kommandos de Mauthausen).
Avec l'évolution du conflit, l'exploitation de la main-d’œuvre concentrationnaire devient en effet une priorité, qui se traduit par la multiplication des Kommandos dépendant du camp principal. Pour soutenir l'effort de guerre du Reich, les détenus sont loués par la SS aux usines Steyr-Daimler-Puch AG, Reichswerke Hermann Goering, Heinkel Flugzeugwerke, Porsche GmbH, Solvay GmbH, etc.[9],[10]
À partir de la fin 1943, les bombardements stratégiques alliés obligent les autorités allemandes à mettre en œuvre un vaste plan de transfert des activités stratégiques et de l'industrie d'armement. Ces industries sont relocalisées dans des sites camouflés (mines, bunkers, tunnels) dont l'aménagement mobilise des milliers de déportés dans des conditions de vie et de travail inhumaines. Les dommages infligés par les raids alliés mobilisent également de nombreux Kommandos, chargés de travaux de déblaiement, de réparation des infrastructures et de construction d'hébergements d'urgence[9],[11].
Le « projet Quartz »
Le , Josef Stini (de) présenta un « rapport géologique concernant la construction de pièces alternatives dans la Wachberge près de Melk »[12]. En , un camp annexe du camp de concentration de Mauthausen est établi à Melk, dans une caserne militaire évacuée en raison de l'avancée des forces soviétiques et de la menace des bombardements alliés depuis l'Italie. Ce camp est destiné à fournir de la main-d'œuvre esclave[13] pour la construction d'une usine souterraine de production de roulements à billes pour l'entreprise Steyr-Daimler-Puch AG. Bien que le projet initial ait prévu l'utilisation de vingt mille détenus, quatorze mille quatre cents (14400) prisonniers sont effectivement affectés à Melk au cours de l'année suivante, dont environ sept mille (7000) travaillent en permanence sur le chantier à partir de . Les déportés, loués par les SS aux entreprises industrielles, constituent la main-d'œuvre principale affectée aux travaux de terrassement et de construction, tandis qu'un flux constant de nouveaux arrivants compense les pertes humaines causées par les conditions de travail et de détention extrêmement difficiles[14],[15],[16].
Hiérarchies du camp

Deux hiérarchies dirigeaient le camp : celle des SS et des gardes et celle des détenus. La première appliquait les directives nazies. La seconde les faisait respecter parmi les prisonniers avec la dureté et l'inhumanité d'un SS.
Les SS
Il n'y avait pas moins d'une dizaine de SS au camp[7],[17]. Cela suffisait pour maintenir la terreur. Ils y étaient aidés par les nazis de la Luftwaffe et aussi par les faibles et les poltrons.
Le premier Lagerführer se nommait Anton Streitwieser. C'était un jeune Hauptsturmführer (capitaine SS) cruel et vicieux[1]. Il pensait davantage à s'amuser, même avec la vie des détenus, qu'à faire travailler[1]. Il fut condamné à la prison à vie en 1967 et mourut en prison en 1972[7].
Il fut remplacé par un autre capitaine SS en : Julius Ludolf (en), qui avait été jugé trop dur au Loibl-Pass par les ingénieurs et les chefs de firmes[1]. Il resta en poste jusqu'à la fin. Il fut jugé, condamné à mort et pendu en [3],[7]. Il n'était pas très intelligent[1]. Hermann Hofstädt[18] et Pichon eurent vite compris la manière de le manœuvrer et ils y réussirent souvent, au péril de leur vie. Antonin Pichon reçut une mémorable « raclée » lors d'un certain appel.
Le Rapportführer, chargé à chaque appel de « présenter » les effectifs, était l'Oberscharführer (Feldwebel = Adjudant SS) Curt Jansen.
Le Arbeitdienstführer était le Feldwebel SS Ernst Schindler. Il était chargé du travail en liaison avec Antonin Pichon[2].
L'Hauptscharführer Otto Striegel était chargé de surveiller le ravitaillement du camp de la gare à la cuisine. Il fut condamné et pendu en . En juin-juillet, un autre SS, chargé spécialement des sorties de la cuisine, prénommé Willy, un ancien séminariste, fut affecté au camp.
Au Revier, l'Unterscharführer (sergent-chef SS) Gottlieb Muzikant sévissait[19] auprès des malades de manière fort peu médicale. C'était un peintre en bâtiment, infirmier SS. Il fut condamné en 1960 à 21 peines de prison à vie par le tribunal régional de Fulda pour le meurtre de 90 prisonniers gravement malades par injection de phénol et pour l'étranglement d'au moins 100 autres prisonniers[7],[20],[21].
Chaque block avait son Blockführer, chaque kommando son Kommandoführer. Parmi eux, il y avait quelques SS, mais ils étaient surtout pris dans la troupe et certains, surtout ceux qui surveillaient les travaux des kommandos du camp, étaient de belles brutes.
Les gardes
500 soldats de la Luftwaffe (Wehrmacht), l'armée de l'air nazie, étaient chargés de la surveillance extérieure du camp. Ils furent repris par la Waffen-SS à l’automne 1944[22]. Officiellement, ils n'étaient pas autorisés à y pénétrer. Les soldats de la Luftwaffe assuraient leur service de garde dans les miradors situés autour du camp, le long du cordon de sentinelles et auprès des différents détachements de travail. Ils accompagnaient également les détachements de travail du camp à leurs lieux de travail et inversement. Le travail des gardiens consistait souvent à agresser physiquement les prisonniers ou à abattre ceux qui « tentaient de s’évader » – il s’agissait en réalité souvent de meurtres délibérés[23].
Franz Höger, un ancien commandant de peloton de la Wehrmacht qui avait commandé une unité de garde de prisonniers (dix ans d’emprisonnement)[20].
Lagerälteste
Les détenus étaient dirigés et commandés par des « droits communs », pour qui la vie d'un homme n'avait que peu de valeur[1]. Au cours des mois, les « politiques » apprirent à contrer les « droits communs »[1].
Le premier Lagerälteste — Doyen du camp — était prénommé Tony, un triangle noir qui n'était sans doute pas assez brutal : dès le mois de juin, il fut remplacé par Herbert Wernig, dit Bertl, qui avait la réputation d'avoir été un tueur de la carrière de Mauthausen. Il avait été jusque-là chef de la police. C'était un « droit commun » que Ludolph respectait parce qu'il était un vieux soldat. Il mena le camp durement, mais pas très intelligemment[1].
En décembre, il devint chef du block XIV et fut remplacé par Henri Scherrer, « politique français », sous-officier de chasseurs, qui resta Lagerälteste jusqu'à la fin du camp. Antonin Pichon l'avait fait d'abord nommer chef du block XVII, peuplé de Russes qui n'admettaient pas l'injustice et le trafic des chefs de blocks allemands. Il dirigea ce block avec justice, intelligence et fermeté, avec toutes les qualités d'un bon chef. Cela suffit pour ramener le calme dans ce block. Antonin Pichon le proposa à Ludolph comme doyen du camp et il fut accepté. Ce fut une grande victoire des « Politiques »[1],[2].
Chaque block avait un Blockälteste, chaque kommando, un Kapo[24].
Fidel Balbas et Uli Schmidt, tous deux anciens kapos, furent condamnés à mort par un tribunal militaire français réuni à Rastatt, après avoir été reconnus coupables du meurtre de plusieurs de leurs codétenus, commis au cours de sévices d'une extrême brutalité[20],[21].
Résistance
La Schreibstube, le secrétariat, était un contre-pouvoir clandestin très efficace. Il était dirigé par deux hommes intelligents et courageux : l'avocat berlinois Hermann Hofstädt[18] et le journaliste français André Ulmann dit "Antonin Pichon"[25]. Hermann était grand chef du secrétariat, « Tonin » secrétaire du service du travail : ils répartissaient les places dans les blocks et les kommandos. Ludolph ne pouvait rien contre eux : ils tenaient sa comptabilité secrète[2], car, comme tout SS, il trafiquait l'or, la nourriture, les vêtements, et les deux « lascars » savaient tout. Ils en profitaient pour gérer la Résistance tant économique que militaire et servir ainsi la solidarité[1].
C'est ainsi que plusieurs chefs de blocks, secrétaires ou kapo furent nommés pour contrer les « droits communs ». Parmi les chefs de block : Henri Scherrer au block V, puis XVII ; Paul Scherrer, au block VIII. Parmi les secrétaires : Charles Meyer au block II, Metty Dockendorf au block IV, André Fougerousse au block XIV. Ce n'était pas sans danger : Tony, le premier chef de camp, fut reconverti dans la distribution des vêtements, et Otto Baumgartner, secrétaire du Revier, fut envoyé à la compagnie disciplinaire[1],[26].
Les détenus
Le 21 avril 1944[27], un premier groupe de cinq cents prisonniers est arrivé : quatre cent vingt Français, trente Espagnols et trente Allemands. Deux jours plus tard, le 23 avril, cinq cent trente-deux Français en provenance de Mauthausen les ont rejoints. Par la suite, des prisonniers venus de toute l'Europe (Allemagne, Autriche, Espagne, Pologne, Grèce, Roumanie, Italie, Yougoslavie, Union Soviétique, etc.) sont arrivés chaque semaine, dont un premier groupe de Juifs hongrois transférés d'Auschwitz le 28 mai 1944[14].
Le , mille quatre-vingts déportés français, russes et polonais, évacués de Natzweiler (situé en Alsace annexée) vers Dachau, sont parvenus à Melk. Le dernier convoi – une partie d'un transport parti d'Auschwitz lors de son évacuation le 27 janvier 1945 – comprenait des Juifs « capables de travailler » accompagnés de leurs gardiens, ainsi qu'une centaine d'enfants de moins de quinze ans ayant survécu aux camps polonais[14].
Le camp comptait en moyenne dix mille détenus représentant vingt-cinq nationalités différentes. Sur les quatorze mille quatre cents hommes déportés à Melk, quatre mille huit cent un y ont péri, dont six cent soixante-trois Français[14].
Travail forcé
Les prisonniers, tous masculins étaient contraints de creuser d'immenses tunnels dans la montagne près de Roggendorf pour la production d'armements de Steyr Daimler Puch AG. Les prisonniers étaient également employés à la construction de baraquements dans les environs et du « camp de la Luftwaffe » à Loosdorf. D'autres victimes travaillaient dans une grande scierie à Amstetten, qui fournissait le bois nécessaire aux installations souterraines[28].
Le percement des galeries, 24 heures sur 24[7], et le coulage du béton des voûtes comptaient parmi les tâches les plus périlleuses et les plus éprouvantes. Pourtant, la vie quotidienne dans l’ancienne caserne surpeuplée était tout aussi insupportable pour l’ensemble des détenus. La vallée du Danube subissait durant tout l’hiver des vents violents, la pluie et la neige, tandis que l’été, très bref, était accablant de chaleur. La sous-alimentation, inhérente au fonctionnement du camp, était encore aggravée par les détournements opérés par les SS. Les bagnards étaient perpétuellement affamés[29]. Aux deux appels journaliers s’ajoutaient d’innombrables rassemblements supplémentaires, longs et imprévisibles, à toute heure du jour et de la nuit. Les violences étaient constantes : coups de gummi et exécutions sanctionnaient la moindre faute, réelle ou supposée. L’élimination systématique des plus faibles constituait une règle intangible[30],[15],[16].
À l’aube, dans le froid ou la neige, la sortie par la porte d’une colonne de plusieurs centaines d’hommes, alignés par rangs de cinq et comptés méthodiquement par les responsables, impressionnait déjà par son ampleur. Mais le soir, à la tombée de la nuit, ou pire encore à dix heures lors du retour de l’équipe de l’après-midi, la scène devenait véritablement effrayante. Les plus fragiles, les malades ou ceux bénéficiant d’une protection redoutaient instinctivement le jour où ils devraient rejoindre ces rangs. Les sabots de bois frappaient le sol à un rythme irrégulier, sans aucune discipline militaire. Les corps étaient raides, les gestes saccadés, et les tenues rayées donnaient à la masse humaine l’aspect d’un bloc compact en mouvement. Les visages, lorsqu’ils étaient visibles, portaient les marques de l’épuisement : traits creusés, pommettes saillantes, regards vides. L’éclairage électrique renforçait le caractère presque irréel de ce défilé interminable. Les détenus défilaient par centaines. Les derniers rangs concentraient les corps brisés par huit heures de labeur exténuant et deux heures de trajet. Dans chaque rangée de cinq, deux hommes devaient souvent être soutenus, voire portés, par les trois autres. Certains étaient traînés au sol, sans que le rythme puisse ralentir. Dans les cas les plus graves, fréquents en décembre, le dernier rang n’était plus composé de cinq hommes marchant ensemble, mais de quatre porteurs transportant sur une planche un cinquième détenu, à bout de forces, inconscient, blessé, agonisant ou déjà mort. L’essentiel était que le compte soit respecté : toujours « en rangs par cinq »[30].
Infirmerie
L’infirmerie, appelée « Revier », contribuait à rendre la survie toujours plus incertaine. Prévue pour trois cents malades et dépourvue de moyens médicaux, elle en accueillit jusqu’à mille sept cents, entassés dans deux baraques, avec de faibles perspectives de guérison, sous la surveillance de Gottlieb Muzikant. Les détenus les plus gravement atteints ou blessés étaient transférés à Mauthausen, où, jusqu’en novembre 1944, les corps des morts étaient également acheminés[30].
Gottlieb Musikant qui passait chaque matin la revue des malades, en vrai SS… Le kapo était Zenon Michalak donna quelques médicaments pour soigner au block XIV. Les docteurs Guy Lemordan, Then Sprunk et Hirsch, le chirurgien Wassilis Rakopoulos, les hommes de peine Lucien Roth, Louis Jolivet, Jean Polak, le « grilleur de pain ? » Raymond Hallery, le pharmacien Jacques Gander, le dentiste René Perrier, entre autres, cherchaient à sauver ceux et ce qui pouvaient l'être[1]. Ils furent aidés, en 1945, par Josef Sora[1],[19], médecin officier de la Luftwaffe, adjoint de Muzikant…
Four crématoire
Le bombardement du 8 juillet 1944
À onze heures le 8 juillet 1944, l’aviation anglo-américaine bombarda le camp, pris à tort pour une caserne allemande. Entre deux cents[30],[1] et mille[2] détenus trouvèrent la mort, pour la plupart des Juifs hongrois appartenant aux équipes de nuit, piégés par l’incendie dans l’unique baraque restée verrouillée. Le raid fit également deux cents blessés parmi les détenus, ainsi que plusieurs victimes au sein de la population de Melk. En revanche, les abords du chantier souterrain de Roggendorf, pourtant très apparents, furent épargnés[30].
Évacuation
La liquidation du camp annexe de Melk débuta au début d’avril 1945. Après l’évacuation, les 1er et 2 avril, des camps annexes situés à l’est de la Basse-Autriche et à Vienne, Melk devint le camp le plus oriental du complexe concentrationnaire de Mauthausen. À ce moment-là, les travaux de construction y furent interrompus. Environ 500 détenus furent alors transférés vers le camp annexe d’Amstetten, encore à peine achevé.
L’évacuation totale du camp se déroula en cinq convois entre le 11 et le 15 avril. Le premier convoi quitta Melk le 11 avril 1945 par train à destination du camp central de Mauthausen, sous la direction du Hauptsturmführer Klein. Il transportait 1 500 détenus, composés de malades issus de l’infirmerie et d’enfants ainsi que d’adolescents arrivés fin janvier d’Auschwitz. Quinze détenus moururent au cours de ce transport.
Lors du deuxième convoi, 2 402 détenus furent embarqués sur des péniches au port de Melk, puis acheminés jusqu’à Linz par le Danube. Ils furent ensuite contraints de rejoindre Ebensee à pied, qu’ils atteignirent le 20 avril. Vingt-et-un détenus périrent en route et seize réussirent à s’évader. Le même jour, un troisième convoi de 2 000 détenus partit en train et arriva à Ebensee le lendemain, sans qu’aucun décès ni aucune évasion ne soient signalés[6].
Deux jours plus tard, un quatrième convoi de 1 444 détenus quitta Melk par train et atteignit Ebensee le 17 avril ; vingt-cinq détenus s’en échappèrent, sans qu’aucune mort ne soit recensée. Le cinquième et dernier convoi concernait 55 détenus, transportés par camions ou par voitures à cheval, qui arrivèrent tous à destination[6].
À l’origine, il était prévu de pousser tous les prisonniers dans le système de tunnels « Quarz » puis de le faire sauter. Bien que les chambres de dynamitage aient été préparées pour cela, ce plan ne fut pas réalisé. Pour Jean Varnoux, il est probable que le médecin de la Luftwaffe Josef Sora[1], ait convaincu la direction du camp d’abandonner ce projet. Tous les prisonniers non aptes au transport furent « arrosés » dans « l’infirmerie du camp de concentration » par un service médical SS, c’est-à-dire assassinés par injection de poison dans le cœur. On suppose que la plupart des prisonniers amenés à Mauthausen moururent dans les chambres à gaz de la région. Certains prisonniers d’Ebensee, quant à eux, vécurent assez longtemps pour voir leur libération par les troupes américaines le 6 mai 1945. Le camp de concentration de Melk lui-même fut atteint par l’Armée rouge deux jours plus tard, le 8 mai 1945, complètement déserté.
Mémorial
Dès 1946, l’ancien four crématoire de Melk fut reconverti en lieu de recueillement pour les survivants et les familles des victimes du camp. Séparé du site de l’ancien camp en 1950, il obtint le statut de monument public en 1962, avant d’être inauguré en mars 1963[32].
Placée sous l’administration du Mémorial de Mauthausen, cette structure a pour vocation de préserver la mémoire du camp de Melk, d’honorer les victimes et de rappeler la responsabilité des auteurs et des témoins, tout en nourrissant la réflexion historique pour le présent et l’avenir. Le mémorial est ouvert gratuitement à la visite individuelle dans l’ancien four crématoire, situé Schießstattweg 2 à Melk[32].
Les casernes en pierre des gardes, nouvellement construites en 1944, furent détruites et des immeubles d’appartements furent érigés à leur place. De plus, au « Kupferschmiedkreuz » de l’autre côté de l’autoroute, la citerne du camp de concentration, qui existe toujours aujourd’hui et a été construite par des prisonniers, commémore l’histoire de ce site d’extermination.
L’Appellplatz a conservé son apparence d’origine, mais les baraquements du camp ont entièrement disparu. Du chantier de Roggendorf, seules demeurent quelques traces, notamment un amas de sable rappelant le déblaiement des galeries effectué par les détenus. Les six tunnels principaux ainsi que les centaines de mètres de galeries creusées dans les collines sableuses du Wachberg sont aujourd’hui difficilement accessibles, leurs entrées ayant été condamnées[30].
Depuis le 8 mai 1992, le « Monument public de Melk » abrite une exposition permanente sur le camp de concentration de Melk, qui remonte à l’initiative de Bertrand Perz (en). Une nouvelle exposition a été installée dans le mémorial, l’ancien crématorium, qui utilise des photos, des documents et des objets pour fournir des informations sur le contexte économique ayant conduit à la construction du camp ainsi que sur la vie, la souffrance et la mort des prisonniers[33].
Le 6 septembre 2008, l’initiative « Viertelfestival Niederösterreich Niederösterreich » (Festival du quartier de Basse-Autriche Basse-Autriche) a installé une cabine téléphonique sur la place principale de Melk, où les noms des anciens prisonniers survivants peuvent être prononcés via un « annuaire téléphonique » et une interview de témoins contemporains peut être écoutée par eux. De plus, les premiers indices sur le camp de concentration de Melk peuvent être obtenus dans cette cellule. L’objet a été placé le 8 novembre 2008 près de l’entrée du mémorial[34].
Le mémorial est visité par des groupes et des initiatives qui s’informent sur les événements sur place, organisent des cérémonies commémoratives et des conférences. Un exemple est la soirée de réflexion de l’Action catholique du diocèse de Saint-Pölten, organisée par le Comité de coordination pour la coopération chrétienne-juive le 7 juin 2008 avec un service et une discussion[35].
La caserne Birago (de) est maintenant utilisée par les forces armées autrichiennes. La caserne porte le nom du technicien militaire Karl von Birago et abritent le 3e bataillon des pionniers des forces armées autrichiennes.
Annexes
Bibliographie
- Christian Bernadac, Déportation. T. 3 : le 9è cercle, ch. 5 : Melk. Témoignages de René Gille, Robert Monin, Raymond Hallery, André Laithier, André Ulmann, Pierre Pradalès. France Empire, 1993.
- Jean-Claude Dumoulin, Du côté des vainqueurs, Editions Tirésias, 1999.
- Gordon J. Horwvitz, Mauthausen, ville d’Autriche. Ch. 5 : Autour du monastère. Le Seuil, Paris, 1992.
- Adeline Lee, Les Français de Mauthausen, Par-delà la foule de leurs noms (thèse de doctorat en histoire), Paris, Tallandier, , 736 p. (ISBN 979-1-021-04791-4)
- Bertrand Perz (en), Projekt Quarz, Steyr-Daimler-Puch und das Konzentrationslager Melk, Verlag für Gesellschaffskritik, Vienne, 1991[36],[37].
- Daniel Piquée-Audrain[38], Mauthausen, plus jamais ça. 22 dessins à la plume. Amicale de Mauthausen, Paris, 1967.
- André Ulmann, Souvenir de voyage, « Europe », juin 1946.
- André Ulmann, Poèmes du camp[39].
- André Ulmann, L'humanisme du XXe siècle, 1946
- Pierre Saint Macary, Mauthausen : percer l’oubli. L’Harmattan, coll. « Mémoires du XXe siècle », 2004.
- Jean Varnoux[40], Clartés dans la nuit: La Résistance de l'Esprit : journal d'un prêtre déporté. Editions de la Veytizou, Amicale de Mauthausen, 1995.
- Jean Varnoux[40], Monographie du camp de travail de Melk (Basse-Autriche), camp de concentration de Mauthausen, Limoges, imprimerie A. Bontemps, 1991.
- Louis Varnoux, Jean Varnoux[40], l’homme et le prêtre : "vivre dans la joie et mourir avec le sourire", Limoges, Flanant, 2001, 145 p.
- Ernest Vinurel, Rive de cendre. Transylvanie, Auschwitz, Mauthausen. L’Harmattan, Coll. Mémoires du XXe siècle, 2003.
