Camp de protestation Ćaciland
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| Ćaciland | |
Tentes dressées lors de l'occupation du parc en mai 2025. | |
| Type | Campement de protestation |
|---|---|
| Pays | Serbie |
| Localisation | Parc de Pionirski, Belgrade |
| Organisateur | Partisans du Parti progressiste serbe |
| Cause | Manifestations en Serbie depuis 2024 |
| Date | depuis le |
| Revendications | Opposition aux blocages étudiants et volonté de retour aux universités |
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Ćaciland (en cyrillique serbe : Ћациленд) est le nom familier donné à un campement installé dans le parc de Pionirski à Belgrade, en Serbie. Ce rassemblement a été initié par des partisans du Parti progressiste serbe (SNS) — se faisant appeler « Étudiants 2.0 » ou « les étudiants qui veulent étudier » — en réaction aux manifestations étudiantes anticorruption. Le camp a été érigé en , quelques jours avant la tenue de la plus grande manifestation de l'histoire récente du pays[1],[2],[3].
L'appellation ćaciland tire son origine d'une erreur d'orthographe. Un individu non identifié a tagué l'entrée du Lycée Jovan Jovanović Zmaj avec l'inscription « Ćaci u školu », au lieu de la formulation correcte « Đaci u školu » (qui signifie « Les élèves à l'école », ou dans ce contexte, un appel à retourner en classe). L'expression est rapidement devenue virale sur les réseaux sociaux. Les manifestants de l'opposition ont alors commencé à utiliser le terme ćaci pour désigner l'ensemble des partisans du gouvernement, s'en servant pour moquer un manque supposé d'éducation ou d'esprit critique. Par extension, ćaciland se traduit littéralement par « le pays des ćaci », c'est-à-dire le bastion des partisans du pouvoir[4].
Historique

Le mouvement trouve ses racines indirectes dans la tragédie du , lorsque la marquise en béton de la gare de Novi Sad s'est effondrée, coûtant la vie à 16 personnes, dont plusieurs enfants. Cet événement a agi comme un déclencheur, provoquant une vague de manifestations de grande ampleur à travers le pays. Celles-ci ont été largement menées par des étudiants universitaires qui ont procédé au blocage des facultés et au boycott des cours et des examens, rapidement rejoints par des lycéens[5].
En prévision d'une manifestation majeure de l'opposition prévue le à Belgrade, le parti au pouvoir a mobilisé des individus pour se présenter comme des étudiants opposés aux blocages. Bien que certains participants fussent d'un âge avancé, le groupe, emmené par Miloš Pavlović, un étudiant de la Faculté de médecine de l'université de Belgrade, a investi le parc de Pionirski, un espace vert pourtant classé monument protégé par l'État[3],[6].

Bien que la présence des militants du SNS s'y soit raréfiée, le campement de tentes a été maintenu. Il s'est même étendu en direction de la Place Nikola-Pašić, débordant sur la rue faisant face à la représentation nationale[7].
La résolution 2025/2917(RSP) du Parlement européen, adoptée le , a fermement condamné l'existence de Ćaciland, le qualifiant de « campement illégal dans le parc de Pionirski ». Le texte souligne de graves inquiétudes concernant la mobilisation par le parti au pouvoir d'individus ayant des antécédents criminels pour mener des contre-manifestations et attaquer les protestataires à l'aide d'engins pyrotechniques, exacerbant ainsi les tensions et la violence dans le pays[8].
Controverses
Poursuites-bâillons et menaces envers la presse
En , le collectif « Étudiants 2.0 » a envoyé des courriers de mise en demeure à plusieurs médias indépendants, brandissant la menace de poursuites-bâillons (SLAPP) et de plaintes au pénal[9],[10]. Ils accusaient ces médias de diffuser des commentaires « infondés, tendancieux et offensants » relevant de la diffamation à l'encontre du président Aleksandar Vučić, du SNS et de leur propre organisation[10].
Ces avertissements citaient les noms de trois influenceurs (Aleksandar « Cile ST » Leštarić, Danica Manojlović et Luka Lekić), présentés à tort comme des « conseillers META » qui prévoiraient de suspendre illégalement les comptes sociaux des médias ciblés[11],[12]. Les influenceurs concernés ont formellement démenti ces allégations, affirmant que leur identité avait été usurpée en représailles de leur soutien aux manifestations anticorruption[12],[9]. Les experts juridiques ont également pointé du doigt l'utilisation illégale de symboles d'État sur ces courriers, ainsi que le flou juridique des accusations, les lettres ne précisant jamais quels articles spécifiques étaient visés[9].
Violences physiques
Le campement a été le théâtre de nombreuses agressions contre des journalistes, souvent perpétrées sous les yeux des forces de l'ordre, accusées de passivité[13]. Des reporters de KTV, Fonet, Insajder, N1, ainsi que le vidéaste Neven, ont rapporté avoir été menacés, physiquement pris à partie ou empêchés de travailler. Cette inaction des autorités a été vivement dénoncée par des juristes et d'anciens cadres de la police, qui y voient l'instauration d'un climat d'impunité visant à intimider la presse[13].
Incidents et accès

Bien qu'il s'agisse d'un espace public, le parc a été entouré de barrières et, lors des événements du , barricadé par des tracteurs. L'accès en est strictement interdit à toute personne non enregistrée. La sécurité du périmètre est assurée conjointement par les « résidents » du camp et par la police[14].
Les tentatives de pénétration dans le parc par des citoyens extérieurs se sont souvent soldées par des expulsions violentes et des passages à tabac par les militants du SNS, sans intervention des forces de l'ordre présentes sur place[15]. L'incident le plus documenté reste l'arrestation de Nemanja Starović, reporter pour la chaîne KTV, alors qu'il tentait de recueillir les témoignages des occupants du campement.
Réactions publiques
L'existence de ce camp a suscité l'indignation des étudiants contestataires, de nombreux citoyens et des assemblées de quartier belgradoises. Sur les réseaux sociaux, les images de Ćaciland sont souvent partagées comme le symbole d'une défaite pour la démocratie en Serbie. Des manifestations spécifiques ont d'ailleurs été organisées avec pour unique revendication le démantèlement du campement[16].
De son côté, le gouvernement et ses relais médiatiques considèrent la démarche des « Étudiants 2.0 » comme légitime. Le président Aleksandar Vučić a publiquement qualifié Ćaciland de « symbole de résistance » et de « lieu unique dans le pays où se rassemblent ceux qui pensent différemment »[17].
