Campylobacter
genre de bactéries
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Campylobacter (du grec καμπύλος, courbe) est un genre de bactéries Gram négatif, micro aérophiles, oxydase positive, non sporulantes provoquant des intoxications alimentaires. Elles sont présentes dans l'intestin de nombreux animaux, d'élevage notamment.
Ils sont considérés comme source de zoonose dans les élevages, et comme étant la principale cause bactérienne de gastro-entérites humaine dans le monde, avec une incidence croissante dans les pays développés, qui pourrait notamment être due à la concentration du bétail[1].
Description
Exigeantes, ces bactéries peuvent se présenter sous forme de bacilles légèrement incurvés voire spiralés (cultures jeunes) ou coccobacillaires (cultures âgées). Ils sont cultivés sur gélose Columbia au sang en microaérophilie.
Taxonomie
Le nom correct complet (avec auteur) de ce taxon est Campylobacter Sebald & Véron 1963[2].
L'espèce type est Campylobacter fetus (Smith & Taylor 1919) Sebald & Véron 1963[2].
Étymologie
Le nom de ce genre Campylobacter est lié à la forme de cette bactérie et se décompose ainsi : Cam.py.lo.bac’ter. Gr. masc. adj. kampylos, incurvé; N.L. masc. n. bacter, un bâtonnet; N.L. masc. n. Campylobacter, un bâtonnet incurvé[2].
Liste des espèces
Selon LPSN (13 février 2026)[2], le genre Campylobacter contient ces espèces dont les principales sont C. jejuni, C. coli responsables d'entérites et C. fetus responsable de septicémies chez l'immunodéprimé. :
- Campylobacter anatolicus Aydin et al. 2022
- Campylobacter armoricus Boukerb et al. 2019
- Campylobacter aviculae Bryant et al. 2021
- Campylobacter avium Rossi et al. 2009
- Campylobacter bilis Phung et al. 2022
- Campylobacter blaseri Gilbert et al. 2018
- Campylobacter californiensis Miller et al. 2024
- Campylobacter canadensis Inglis et al. 2007
- Campylobacter canis Camacho-Suntaxi et al. 2025
- Campylobacter coli (Doyle 1948) Véron & Chatelain 1973
- Campylobacter concisus Tanner et al. 1981
- Campylobacter corcagiensis Koziel et al. 2014
- Campylobacter cuniculorum Zanoni et al. 2009
- Campylobacter curvus (Tanner et al. 1984) Vandamme et al. 1991
- Campylobacter devanensis Miller et al. 2024
- Campylobacter estrildidarum Bryant et al. 2021
- Campylobacter fetus (Smith & Taylor 1919) Sebald & Véron 1963
- Campylobacter geochelonis Piccirillo et al. 2016
- Campylobacter gracilis (Tanner et al. 1981) Vandamme et al. 1995
- Campylobacter helveticus Stanley et al. 1993
- Campylobacter hepaticus Van et al. 2016
- Campylobacter hominis Lawson et al. 2001
- Campylobacter hyointestinalis Gebhart et al. 1985
- Campylobacter iguaniorum Gilbert et al. 2015
- Campylobacter insulaenigrae Foster et al. 2004
- Campylobacter jejuni (Jones et al. 1931) Véron & Chatelain 1973
- Campylobacter lanienae Logan et al. 2000
- Campylobacter lari corrig. Benjamin et al. 1984
- Campylobacter magnus Gruntar et al. 2023
- Campylobacter majalis Lynch et al. 2022
- Campylobacter massiliensis Antezack et al. 2021
- Campylobacter molothri Miller et al. 2025
- Campylobacter mucosalis (Lawson et al. 1981 ex Lawson & Rowland 1974) Roop et al. 1985
- Campylobacter novaezeelandiae Bloomfield et al. 2020
- Campylobacter ornithocola Cáceres et al. 2017
- Campylobacter peloridis Debruyne et al. 2009
- Campylobacter pinnipediorum Gilbert et al. 2017
- Campylobacter porcelli Miller et al. 2024
- Campylobacter portucalensis Silva et al. 2021
- Campylobacter rectus (Tanner et al. 1981) Vandamme et al. 1991
- Campylobacter showae Etoh et al. 1993
- Campylobacter sputorum (Prévot 1940) Véron & Chatelain 1973
- Campylobacter subantarcticus Debruyne et al. 2010
- Campylobacter suis Lynch et al. 2022
- Campylobacter taeniopygiae Bryant et al. 2021
- Campylobacter troglodytis Kaur et al. 2023
- Campylobacter upsaliensis Sandstedt & Ursing 1991
- Campylobacter ureolyticus (Jackson & Goodman 1978) Vandamme et al. 2010
- Campylobacter vicugnae Miller et al. 2024
- Campylobacter volucris Debruyne et al. 2010
- Campylobacter vulpis Parisi et al. 2021
Épidémiologie
Le Centre national de référence Campylobacter et Helicobacter est situé à Bordeaux (Pr Mégraud)[3]. La proximité d'animaux d'élevages ou l'ingestion de fruits et légumes non lavés sont des facteurs de risque[4]
La campylobactériose est actuellement la zoonose la plus fréquemment signalée dans l'Union européenne. Un récent rapport indique que de 50 % à 80 % des cas de campylobactériose humaine pourrait être attribuée au poulet (espèce réservoir[5])[6]. On a récemment montré en Norvège que certains facteurs augmentent le risque de zoonose dans un élevage de poulet de chair
- Température quotidienne moyenne supérieure à 6 °C au cours de la période d'élevage (alors qu'une température inférieure à zéro réduit le risque)[5] ;
- l'approvisionnement privé en eau[5] ,
- présence d'autres élevages dans un rayon de 2 km[5],
- présence d'autres élevages dans un rayon de 4 km, positifs aux Campylobacter spp. dans les 30 jours avant l'abattage[5],
- forte pluviométrie 11-30 jours avant l'abattage[5].
L'environnement agricole est facteur de risque, le ruissellement et les mouches étant susceptibles de transporter le microbe (l'activité des mouches augmente avec la température)[5]
Infection
Les bactéries du genre Campylobacter (C. jejuni, C. coli surtout) sont à l'origine de manifestations cliniques variées, où les entérites dominent largement : diarrhée, accompagnée de fièvre et de douleurs abdominales, après une période d'incubation de deux à cinq jours. Plus rarement, des complications post-infectieuses peuvent se produire : arthrite réactionnelle, syndrome de Guillain-Barré, etc.
Campylobacter fetus donne quant à lui rarement des entérites, il provoque le plus souvent des syndromes fébriles prolongés compliqués d'atteintes focales touchant surtout l'endothélium vasculaire (endocardites, anévrismes de l'aorte, thrombophlébites). Ces infections surviennent dans la grande majorité des cas chez des malades souffrant d'une pathologie sous-jacente (cirrhose, cancer, diabète, immunodéficience). La survenue d'une infection à C. fetus durant la grossesse est toujours favorable pour la mère, alors que la mortalité fœtale est élevée.
Les autres espèces de Campylobacter donnent les infections suivantes :
- Campylobacter upsaliensis : à rapprocher de C. fetus. Il peut donner des entérites chez les patients immunocompétents, accompagnées de bactériémies chez les immunodéprimés ;
- Campylobacter lari : diarrhées aiguës chez l'enfant, septicémies chez l'immunodéprimé ;
- Campylobacter hyointestinalis : diarrhées hydriques chez l'enfant ;
- Campylobacter consisus, C. curvus, C. rectus, C. gracilis, C. showae : associés à des parodontopathies.
Le diagnostic est le plus souvent direct (coproculture) et repose sur l’isolement de la souche dans les selles, sur milieux sélectifs, incubés en microaérophilie (atmosphère appauvrie en oxygène). L'adjonction de 5 % de dioxyde de carbone à l'atmosphère d'incubation ne peut être que bénéfique à la primo-culture.
Le réservoir est surtout animal : les Campylobacter sont des bactéries commensales du tube digestif de nombreux oiseaux et mammifères (poulets, mouettes…, humains, bovins, ovins, porcins, chats, chiens, mammifères marins, hamsters). Les oiseaux, le poulet en particulier, peuvent être considérés comme réservoirs naturels de Campylobacter jejuni. Cette bactérie vit au niveau du cloaque des oiseaux où elle est présente à de fortes concentrations. Cette colonisation n'a aucune conséquence pathologique pour les oiseaux.
Dans les abattoirs européens, 87.5% des poulets entiers sont porteurs à la dose moyenne de 2.4 log10 UFC/g de peau de cou. 15.4% des poulets dépassent 1000 UFC/g (enquête de 2008 dans 58 sites)[7]
La transmission est majoritairement alimentaire après consommation d’aliments contaminés, consommés pas ou insuffisamment cuits (poulet surtout, porc, lait, etc.) ou d’eau. La transmission peut aussi être directe, interhumaine ou par contact avec des animaux infectés. Selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments (AESA), 20 à 30% des cas de campylobactériose humaine sont dus à la consommation de viande de poulet mal cuite ou après contamination croisée à la maison. "Il s'agit là de faits isolés. Dans le cas d'une épidémie, les sources principales sont le lait cru et l'eau du robinet contaminée à la suite d'un problème de traitement des eaux".
La contamination pourrait également survenir lors de rapports sexuels, en particulier lors de pratiques impliquant un contact fécal-oral direct (par exemple, l’anulingus) ou indirect (par exemple, un contact oral avec un pénis ou un doigt après une pénétration anale) [8].
La maladie apparaît de manière sporadique le plus souvent, mais peut aussi à l'origine de TIAC (toxi-infections alimentaires collectives) plus spectaculaires car épidémiques et doit dans ce cas être déclarée comme telle aux autorités sanitaires (maladie à déclaration obligatoire, DO).
Milieux de culture
Enrichissement des Campylobacter sur des milieux nutritifs : Preston 1/10 ou Park et Sanders 1/10.
Dans un second temps, isolement sur milieux gélosés sélectifs type Skirrow ou Karmali, incubés 48 heures en microaérophilie, à 25 °C, 37 °C ou 42 °C selon les espèces.
Finalement, identification à l'aide des caractères biochimiques (catalase, oxydase, hydrolyse de l'hippurate, résistance à l'acide nalidixique, résistance à la céfalotine) et d'une galerie biochimique.
Prévalence
Traitement
Le traitement de référence est l'azythromycine, ou l'érythomycine[11]
Selon une étude menée par des chercheurs de la Washington State University[12], l'ail serait cent fois plus efficace que certains antibiotiques pour venir à bout des biofilms des Campylobacter jejuni.
Voir aussi
- Fluoroquinolones : enrofloxacine (en) , sparfloxacine, ciprofloxacine
- Conservation de la viande