Chapelle San Galgano de Montesiepi
Chapelle romane circulaire du XIIe siècle en Toscane, abritant l’épée de saint Galgano enfoncée dans le roc
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La chapelle San Galgano de Montesiepi, en italien cappella di San Galgano a Montesiepi ou Rotonda di Montesiepi, est un édifice religieux situé sur la colline de Montesiepi, dans la commune de Chiusdino, en province de Sienne.
| Chapelle San Galgano de Montesiepi | |
La rotonde et les bâtiments annexes vus depuis l'abbaye. | |
| Présentation | |
|---|---|
| Nom local | Cappella di San Galgano a Montesiepi |
| Culte | Catholicisme |
| Type | Chapelle |
| Début de la construction | 1182 |
| Fin des travaux | 1185 |
| Autres campagnes de travaux | XIVe siècle (pronaos et chapelle latérale) |
| Style dominant | Roman |
| Géographie | |
| Pays | |
| Région | Toscane |
| Province | Province de Sienne |
| Ville | Chiusdino |
| Coordonnées | 43° 09′ 08,66″ nord, 11° 09′ 19,72″ est |
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Élevée dans les années qui suivent la mort de saint Galgano en 1181 et consacrée en 1185, elle abrite le rocher dans lequel est fichée l'épée associée à la conversion du chevalier. Son plan circulaire, rare en Toscane, et sa coupole aux anneaux alternés de pierre claire et de brique rouge en font un témoin singulier de l'architecture romane siennoise, antérieur de plusieurs décennies à l'abbaye de San Galgano bâtie dans la plaine voisine.
Agrandie au XIVe siècle par l'adjonction d'un pronaos et d'une chapelle latérale, celle-ci reçoit un cycle de fresques d'Ambrogio Lorenzetti dont la commande et la datation font l'objet d'un débat historiographique. La dépose des peintures dans les années 1960 a révélé un ensemble de sinopies ainsi qu'un premier état de la Maestà sensiblement différent de la version actuelle.
Situation
L'édifice occupe le sommet du mont Siepi, à quelques centaines de mètres au nord des ruines de l'abbaye de San Galgano, dans la vallée de la Merse[1]. Le site correspond, selon la tradition hagiographique, au lieu où Galgano Guidotti se retira pour mener une vie érémitique jusqu'à sa mort[2].
Histoire
Fondation
D'après la tradition, un premier édifice de bois, de plan circulaire, aurait été élevé par l'ermite lui-même à l'image d'un temple aperçu en songe[2]. Le territoire de Chiusdino relevant des évêques de Volterra, ceux-ci soutiennent le culte de Galgano dès sa mort en édifiant un sanctuaire dont la forme devait évoquer la cabane du jeune ermite[2].
L'édifice est construit entre 1182 et 1185[3]. Il est consacré en 1185 par l'évêque de Volterra Ildebrando Pannocchieschi, qui en avait commandé la construction avec l'aval du pape Lucius III, l'année même de la canonisation de l'ermite[2],[4],[1]. La chapelle est destinée à abriter à la fois le tombeau du saint et le rocher d'où émerge l'épée[4]. Elle précède de plusieurs décennies l'abbaye cistercienne de la plaine, dont le chantier ouvert en 1218 est consacrée en 1268[4].
Agrandissements et remaniements
Le pronaos est ajouté peu d'années après l'achèvement du noyau primitif[4]. Dans la première moitié du XIVe siècle, une chapelle de plan rectangulaire couverte d'une voûte d'ogives est adossée à la paroi extérieure[4] ; la même campagne exhausse le tambour d'un cylindre de brique et adjoint un atrium[2].
Vers le milieu du XVIe siècle, la toiture de plomb d'origine est vendue par le commendataire Girolamo Vitelli et remplacée par l'actuel tambour de brique[4]. Une lanterne aveugle couronne la toiture au XVIIe siècle, époque à laquelle est également élevé le clocher-mur à deux niveaux de cloches[2],[4]. Le presbytère, en dépit d'une apparence contemporaine du reste de l'édifice, date du XVIIIe siècle[1] ; la casa canonica et les bâtiments agricoles sont construits à la fin du même siècle[2].
Restaurations
Remanié au fil des siècles, l'édifice fait l'objet en 1924 d'une restauration qui lui rend son aspect d'origine[3]. Les fresques de la chapelle latérale sont déposées dans les années 1960 afin d'assurer leur conservation, opération qui met au jour les sinopies sous-jacentes et permet de récupérer un fragment peint déterminant pour l'interprétation du cycle[2],[4].
Depuis le , la gestion du patrimoine de San Galgano relève de la commune de Chiusdino. L'ermitage est ouvert tous les jours et l'entrée y est libre[4].
Architecture
Extérieur
L'édifice repose sur une base de pierre surmontée d'un cylindre de calcaire presque blanc, aux blocs taillés et jointoyés. À partir de la onzième ou douzième assise, ces rangées alternent avec des anneaux de brique rouge d'épaisseur comparable, produisant une bichromie qui se retrouve dans l'encadrement des fenêtres[2]. La partie supérieure, en brique, relève d'une campagne plus tardive et se distingue de la base ancienne par un anneau de briques appareillées de façon ornementale[2].
Vue de l'extérieur, la construction ne laisse pas deviner la présence de la voûte hémisphérique intérieure, dont la forme demeure masquée[4].
Le pronaos
La façade du pronaos est dominée par un portail à arc en plein cintre qui reprend le motif bichrome, surmonté d'un écu aux armes des Médicis. Le couronnement de la corniche porte des sculptures anthropomorphes, zoomorphes et phytomorphes : trois têtes humaines, une tête bovine et une feuille[4].
Intérieur
L'espace intérieur est circulaire, à l'exception d'une petite abside semi-circulaire ouverte à l'opposé de l'entrée[4]. Le volume reprend en creux les formes extérieures : un cylindre s'élève jusqu'à la voûte, dont l'alternance de pierre et de brique dessine un jeu de cercles concentriques, seul ornement d'un intérieur dépourvu de décor rapporté[2].
L'abside qui abrite l'autel n'est pas dans l'axe de l'entrée. Elle est flanquée de deux hautes fenêtres gothiques et de deux portes, celle de droite ouvrant sur l'extérieur par un escalier[2].
La chapelle latérale
Ajoutée dans la première moitié du XIVe siècle, la chapelle latérale présente un plan quadrangulaire irrégulier, dont l'apparence rectangulaire est trompeuse : pour que la porte d'entrée occupe le centre, les constructeurs ont dû composer avec la largeur disponible entre celle-ci et la courbe de l'abside, d'où un rétrécissement progressif[2]. On y accède par une porte typique du Trecento siennois, à linteau de pierre claire surmonté d'un arc en plein cintre[2].
Modèles
La coupole hémisphérique à anneaux concentriques relève du roman pisano-lucquois, dont elle constitue l'une des premières manifestations en terre siennoise[4]. Le plan circulaire, rare en Toscane, a été rapproché de plusieurs modèles antiques : le Panthéon de Rome, les tombes étrusques à tholos de Cerveteri, de Vetulonia ou de la région de Volterra, ainsi que des mausolées romains tels que celui de Caecilia Metella ou le château Saint-Ange, ce dernier étant consacré à l'archange Michel, protecteur de Galgano[2],[3],[4].
Le rocher et l'épée
Au centre de la rotonde, au point focal du pavement d'origine, affleure le rocher qui forme le sommet de la colline, dans lequel est fichée l'épée attribuée à saint Galgano[4]. Une enquête métallographique coordonnée en 2001 par le chimiste Luigi Garlaschelli, de l'université de Pavie, a conclu que l'arme est compatible avec une datation au XIIe siècle[4].
La lame pouvait être extraite de la fissure jusqu'en 1924, date à laquelle le curé, à la suite d'actes de vandalisme répétés, la scella définitivement en coulant du plomb fondu dans la roche ; elle est aujourd'hui protégée par une coupole de plexiglas[4]. Une chapelle latérale conserve par ailleurs des mains momifiées qu'une tradition locale attribue à un voleur ayant tenté de s'emparer de l'épée[5]. Le motif de l'épée formant une croix est repris sur le mobilier liturgique de la rotonde[5].
Le cycle de fresques d'Ambrogio Lorenzetti
Commande et datation
L'attribution du cycle à Ambrogio Lorenzetti est unanimement admise, et son exécution est située entre 1334 et 1336[4]. Les circonstances de la commande font en revanche débat.
Une première hypothèse, défendue par Frederick Mason Perkins puis par Eve Borsook et Diana Norman, l'attribue au commanditaire Vanni Salimbeni, dont le testament déposé en 1340 prévoit le financement d'une « pulcherrima cappella » pourvue de voûtes et de peintures, en échange de messes quotidiennes pour le salut de son âme[2].
Cette lecture a été contestée en 2015 par Roberto Bartalini, qui s'appuie sur un témoignage de l'abbé cistercien Antonio Libanori, publié en 1645. Celui-ci rapporte l'existence, sur l'autel-reliquaire de la chapelle, d'une inscription en lettres d'or désignant comme donateur Ristoro da Selvatella, convers rattaché à la communauté monastique, avec la date de 1336[2],[4].
Programme iconographique
Le cycle organise une figuration unitaire de l'Empyrée, déployée sur les trois lunettes. Sur la paroi nord-est trône la Gloria di Maria Regina, Vierge en majesté entourée d'anges, de saints, de la Miséricorde, de la Charité et d'Ève ; au registre inférieur figure une Annonciation[2]. La paroi nord-ouest montre un cortège d'anges et de saints au sein duquel Galgano offre un modèle du rocher où est fichée son épée ; en dessous subsiste une Veduta della città di Roma, possible allusion au pèlerinage romain du saint et seul vestige de quatre scènes consacrées à sa vie[2],[4]. La paroi sud-est présente un second cortège d'anges musiciens, de saints et de patriarches, son registre inférieur étant entièrement perdu[2].
La voûte porte quatre figures de prophètes, dont trois subsistent : Aggée, Sophonie et Habacuc[2]. Le mur d'entrée, qui épouse la courbe de la rotonde, n'a en revanche jamais reçu de décor peint[2].
La Maestà et son état premier
Aux pieds de la Vierge, Ève est représentée étendue, vêtue d'une peau de chèvre, tenant d'une main une figue et de l'autre un phylactère développant le thème de la rédemption[4].
Les restaurations ont révélé que, dans la version initialement conçue par Lorenzetti, la Vierge tenait un sceptre de la main gauche et, à droite, un globe à la place de l'Enfant, attributs de pouvoir habituellement réservés à des figures masculines ou impériales. Cette première composition fut ensuite effacée et modifiée, peut-être par Niccolò di Segna[4].
Dans l'Annonciation, l'artiste a intégré la fenêtre réelle de la chapelle comme élément architectural de la représentation. Les interventions récentes ont rendu leur lisibilité au visage et aux mains de Marie, et ont fait apparaître derrière l'archange Gabriel l'ombre d'un saint en prière, effacée par la suite[4].
Les sinopies
La dépose des peintures a mis au jour une série de sinopies, aujourd'hui présentées au registre inférieur, aux emplacements des scènes détruites par l'humidité. Elles comprennent notamment l'ange annonciateur, la Vierge de l'Annonciation et deux états de la vue de Rome[2].
Œuvres et reliques
Un panneau de Niccolò di Segna représentant une Madonna col Bambino provient de la sacristie de la chapelle ; le témoignage de Libanori en donne l'inscription, longtemps mal transcrite, ce qui a retardé l'identification du peintre[2].
Du corps de saint Galgano subsiste le chef, conservé dans un reliquaire moderne à l'église San Michele Arcangelo de Chiusdino[4].