Capteur de brouillard
From Wikipedia, the free encyclopedia

Un capteur de brouillard est un collecteur composé de filets ou de grillages, qui recueille de l'eau par la coalescence des gouttelettes du brouillard. De tels capteurs d'eau atmosphérique utilisant le processus d'interception horizontale des précipitations sont notamment installés dans les régions arides qui ne bénéficient pas de ressources en eau mais qui sont baignées par d’épais brouillards pendant la majeure partie de l’année (désert du Néguev en Israël, désert d'Atacama au Chili, etc.).
L'eau potable est une ressource essentielle à la survie de l'être humain mais elle est épuisable, c'est pourquoi les scientifiques recherchent de nouvelles techniques pour obtenir de l'eau potable.
Depuis plusieurs décennies la production d'eau potable à partir de l'eau contenue dans le brouillard et les nuages a été à la source de projets de recherches. Ainsi, l'effet d'interception horizontale a été mis en évidence expérimentalement en 1956[1].
L'étude de la géographie et du climat du Chili a permis à ces recherches de progresser. En effet, connu pour ses nombreuses régions montagneuses désertiques, le Chili est un lieu où le brouillard est stable tout au long de l'année. Le premier projet expérimental moderne de ce procédé a lieu en 1989 au mont El Tofo au nord du Chili[2] près duquel le village de Chungungo (es) fut le premier à installer des filets à brouillard, dans le cadre du projet « Camanchaca ». Reconnu comme l'un des endroits les plus secs du monde, Chungungo ne possédait aucune source d’eau douce. Puisée à une distance de 40 km du village, l'eau était livrée par camions-citerne, ce qui engendrait des coûts élevés. Seulement 14 litres d'eau étaient disponibles quotidiennement pour la consommation d'une famille standard, et en période sèche ce volume était réduit à 3 litres. Grâce au financement du CRDI (Centre de Recherche pour le Développement International) et de l’ambassade canadienne à Santiago, ce village dispose de cent panneaux de polypropylène mesurant 4 mètres de haut sur 12 mètres de large. Cette installation permet de récupérer 15 000 litres d'eau en moyenne par jour, ce qui satisfait non seulement les besoins ménagers des 500 habitants de Chungungo mais aussi les besoins d’une agriculture restreinte. Le volume d'eau disponible est à présent d'environ 30 litres d'eau par personne et par jour.
Par un processus de biomimétisme, les ingénieurs cherchent à améliorer le rendement des dispositifs récolteurs d'eau en s'inspirant de la technique de captage d'eau de brouillard du scarabée du désert du Namib Stenocara gracilipes (en). Cet insecte, pour se désaltérer, se place au lever du jour sur le sommet des dunes face aux vents marins, se penche en avant et fait glisser les gouttes d’eau dans des micro-rainures jusqu’à son orifice buccal[3].
L'efficacité de cette collecte est accrue par une adaptation comportementale : les élytres du scarabée sont couvertes de petites bosses qui, au microscope, présentent deux types de surface : à leur sommet, une zone hydrophile, où les microgouttelettes s'accumulent jusqu'à former une goutte ; sur leurs flancs et dans les creux, un enduit de cire hydrophobe, qui sert de canalisation à la goutte, une fois qu'elle a atteint une certaine masse critique[4].
Dans les années 2010, des associations installent des capteurs de brouillard à Lima (Pérou) afin de subvenir aux besoins de nombreux habitants des quartiers populaires, exclus du réseau de distribution d’eau qui approvisionne le reste de la ville[5], ou encore à Sidi Ifni, village marocain éloignés du puits le plus proche[6].